• A quoi donc mesurer
le chemin parcouru par Jésus de Nazareth ?
Peut-être aux frontières franchies, passées, dépassées
et elles ne sont pas seulementgéographiques,
mais aussi culturelles, sociales, religieuses,
et même naturelles,
et même la mort.
Passage d’un lieu à un autre, passer d’un point de vue à un autre,
passer d’un état à un autre,
le chemin est par excellence un lieu de passage et donc la métaphore,
l’image d’une transformation,
d’un changement.
—Le chemin organise l’espace :
le bout du chemin, le bord du chemin inscrit la différence
entre le connu et l’inconnu,
entre la sécurité et le danger,
entre la culture et le sauvage,
entre l’inclusion et l’exclusion.
Ainsi l’aveugle Bartimée est-il assis au bord du chemin,
au bord du chemin, c’est-à-dire à l’écart du flot des gens qui passent, s’activent, se rencontrent, se parlent
, vivent quoi !
Bartimée est assis au bord du chemin où coule la vie,
il est assis au bord de la vie,
comme s’il n’était pas vraiment vivant, aveugle et mendiant qu’il est,
figure habituelle aux passants comme un élément du décor mais
qui ne doit pas déranger.
Alors il se fera rabrouer quand, entendant Jésus passer sur le chemin,
il l’appelle, il l’interpelle avec toute la force de son désespoir
et de son espérance.
Et Jésus interrompt sa marche, s’arrête sur son chemin,
un arrêt pour permettre à Bartimée de se lever, d’être guéri
et de prendre enfin sa place dans le flot des passants,
dans le courant de la vie, et Bartimée suit Jésus sur son chemin,
figure du disciple qui ne s’est pas résigné,
disciple par obstination
(lire Marc 10,46-52).
• A quoi donc mesurer le chemin parcouru par Jésus de Nazareth ?
Peut-être aux questions posées, aux réponses risquées,
car on parle beaucoup en marchant.
En chemin, Jésus interroge ses disciples :
« Que disent les gens à mon sujet ? » ;
« Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
De ce que disent les autres à ce que l’on dit soi-même,
de la parole entendue, reprise, évaluée, contestée, confrontée
jusqu’au témoignage personnel, habité, investi par la confiance,
le chemin peut être long.
• En chemin toujours, les disciples discutent entre eux,
de choses et d’autres,
et puis d’une question importante n’est-ce pas
: savoir qui est le plus grand d’entre eux … (lire Marc 9,33-37).
Car il est des chemins qui tournent en rond,
et des chemins qui se perdent dans des marécages
couverts de brouillard ;
et c’est par un renversement de la perspective
que Jésus invite les disciples à quitter les chemins vains
pour s’engager sur le seul qui vaille :
« si quelqu’un veut être le premier,
qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous.»
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