le mot
blasphème a été forgé
dans un univers polytheiste, le monde grec.
—Blasphemô est formé de deux parties.
Il commence
comme d'autres mots
grecs connotés négativement :
blaberôs(= nuisible), blabê(= le dommage),
et surtout blaptô(= endommager).
—La deuxième
partie de blasphemô
évoque le verbe phêmi,
déclarer, prétendre, dire avec emphase.
Dans cette même famille nous trouvons profphêmi"
, répandre un bruit, et d'où nous vient le nom prophêtes,
prophète, et eufphêmi d'où fut tiré le mot
euphémisme, manière de “parler bien”
et de décrire les chose bien
mieux qu'elles ne sont.
A l'opposé,
et en recourant à une
racine latine dérivée du même
verbe grec, on trouve l'infamie, mauvaise parole
et même la fable (latin fabula), fausse parole.
Comme toutes ces réalités la blasphème
relève de la parole,
parole
solennelle (-phême)
dont son auteur pense qu'elle
possède une capacité de nuisance (blas-).
En grec classique
, le verbe blasphêmôse construit
avec une complément d'objet direct ou indirect
: on blasphème quelqu'un ou contre
quelqu'un. Dans la Bible
ce verbe
peut être employé
sans complément et prend
le sens de blasphémer,sans qu'il
soit nécessaire de spécifier qu'il s'agit de Dieu, les Juifs
se gardant dans ce cas d'écrire le nom sacré
à côté d'un verbe si négatif.
Les emplois de
blasphêmô
renvoient à des
situations de conflit et notamment
à deux conflits majeurs :
l'invasion de la Judée
par
les troupes
assyriennes à la fin
du 8ème siècle avant notre ère
et la persécution sous le roi séleucide
Antiochus ,au 2ème siècle avant notre ère.
Un peu avant 700, une expédition militaire
assyrienne menée par Sancherib
est aux portes de Jérusalem.
Les envoyés
du roi d'Assyrie provoquent
le peuple en prétendant que la victoire
leur a déjà été donnée par YHWH lui-même.
Les autres dieux des peuples déjà vaincus
et incorporés à l'empire n'ont-ils pas
agi de même ?
Il ne s'agit
donc pas à proprement
parler d'une injure proférée
à l'encontre d'Israël ou de son dieu mais
d'un mensonge attribuant à YHWH la victoire
qui semble revenir au roi assyrien Cette parole est de
nature à ébranler les certitudes du peuple
comme du roi Ezéchias qui les
qualifie de blasphème
“Peut-être
le Seigneur ton Dieu,
entendra-t-il toutes les paroles de Rapsake,
que le roi d'Assyrie, son maître, a envoyé pour outrager
Dieu vivant et blasphémer par
des paroles que le Seigneur,
ton Dieu, a entendues...”
Esaïe 37,4
Mais
cette fois-là
,Jérusalem résista
et ne fut pas prise ! Il reste que
si nous devions, à partir de cet exemple
définir le sens du verbe blasphêmô, il faudrait
d'abord y voir l'expression d'une proposition
erronée sur Dieu dans le contexte d'un
conflit militaire mais aussi
idéologique.
un
blasphémateur
provoque Jérusalem,
son temple et son dieu. ON ne trouvera
pas dans sa bouche de propos ordurier visant la divinité
mais l'expression de la certitude que YHWH
est de leur côté, celui des
vainqueurs.
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