Le livre
de l'Apocalypse
sépare les humains en deux groupes :
d’un côté, ceux qui ont reçu “le sceau de Dieu”
7,1-8 ; 9,4
ou “le nom de l'Agneau”
14,1 ; 22,4
de l’autre, ceux qui portent
“la marque”, “le chiffre” ou “le nom de la bête”
13,17.18 ; 14,9.11 ; 16,2 ...
Que représente ce signe ?
Un signe de soumission
De cette marque,
il est dit qu'elle est imposée à tous, sur la main droite
ou sur le front (13,16).
Si l'on cherche à quoi peut renvoyer cette image,
on trouve plusieurs analogies éclairantes et convergentes
dans l'Antiquité :
°
on connaît le marquage au fer rouge de l'esclave
signalant l'appartenance à son maître ;
°
il y a aussi la marque de l'empereur
portée par les légionnaires sur la main droite,
signifiant qu'ils manient le glaive au nom de celui-ci.
°
Dans certains cultes païens, on trouve aussi
un marquage des adeptes.
°
Enfin, utilisant le même mot que l'Apocalypse,
il y a les scellés validant les documents officiels
de l'autorité de l'empereur.
°
°Que l’image des deux bêtes d'Apocalypse 13
renvoient l’une au pouvoir impérial
dans sa dimension coercitive (13,1-10),
et l’autre à sa propagande idéologique (13,11-16),
cela apparaît clairement dans ce chapitre et ailleurs.
Et la bible fait appel au discernement de ceux
qui ne l'auraient pas compris :
“C'est ici qu'intervient la sagesse.
Que celui qui a de l'intelligence calcule le chiffre de la bête.
Car c'est un chiffre humain : son chiffre est 666”
(13,18)
Le lecteur est invité à interpréter
le chiffre de la bête, qui équivaut à sa marque ou à son nom.
Certes, dans l'histoire de l'interprétation de ce texte,
de nombreuses explications
plus ou moins farfelues ont été données
de ce chiffre que craignent les plus superstitieux,
et dont s'emparent aujourd'hui les adeptes du satanisme.
Cependant, l'interprétation la plus vraisemblable
est sans doute celle qui voit dans ce chiffre
l'addition des valeurs numériques des lettres composant,
en hébreu, le nom de
“César Néron” ;
en hébreu, il n'y a pas de signe particulier pour écrire
les chiffres,
ceux-ci sont marqués par des lettres de l'alphabet.
Si l'on transcrit le nom
“César Néron” en hébreu
(NÔReN RaSeQ, à lire de droite à gauche),
la somme des valeurs numériques de ces lettres
se trouve être 666 :
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Noun(50)...Waw(6).....Resh(200)..Noun(50)..
Resh(200)-Samek(60)-Qoph(100)
—50(N)—+—6(W)—+—200(R)—+—50(N)—+—
200(R)—+—60(S)—+—100(Q)-
=666
Quoi qu'il en soit,
ce chiffre est la personnification d’une entité politique
concentrant en elle le mal figuré par le nombre 6,
chiffre de l'homme
“Porter la marque” ou “le
chiffre” de la bête,
renverrait donc à la sujétion à l'état impérial.
Pourtant nous savons qu'en dehors des esclaves et soldats,
tous les habitants de l’empire n'étaient pas
ainsi marqués dans leur chair.
C'est là que la précision de l’auteur est importante :
il nous dit que nul ne peut acheter ni vendre
sans avoir cette marque (13,17) ...
De quelle marque fallait-il être doté
dans l'empire romain pour pouvoir commercer,
si ce n'est de monnaie à l'effigie de l'empereur ?
voir Marc 12,15-17
l’Apocalypse comprend l’idéologie de l’empire
comme une pensée unique et totalitaire sous les trois aspects
que sont la propagande, l'économie
et la coercition.
Dans la perspective radicale de l'Apocalypse,
il faut donc se décider : placer sa vie sous le sceau
de “l'Agneau immolé”,
ou bien “se prosterner devant la bête” multiforme.
C’est pour cela que Jean
souligne l'importance du discernement.
Loin de nous entraîner dans des élucubrations ésotériques
sur la fin des temps,
c'est à discerner nos soumissions volontaires
ou contraintes aux systèmes de domination de notre temps,
à leurs valeurs réelles ou symboliques
, que nous invite aujourd'hui
le Seigneur
°°°
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