Vient un jour
la décision de se mettre en marche.
C'est le moment où le fils cadet de la parabole de Lc 15
«vient en lui-même» (v. 17).
On avait des oreilles ? On décide d'écouter.
Des yeux ? On veut bien les ouvrir.
De l'eau vive ? On consent à en boire.
Une nouvelle naissance s'annonce ?
On se laisse aller à la vivre.
Seul le Maître de la moisson a l'initiative de la joie,
mais il revient à l'humain de moissonner.
Travail de longue haleine :
accueillir et intégrer tout ce qui vient, même le douloureux,
le désagréable, l'insupportable ;
empoigner tous les événements et les sentiments
qui semblent faire obstacle à la joie,
les travailler comme autant d'ingrédients à incorporer
dans une pâte humaine que le Souffle saint
fera lever, l'heure venue.
Par exemple, comme le fils cadet de la parabole de Lc 15,
accueillir les affects d'échec, de faute, d'indignité,
et prendre un tournant
-
tel que l'on est —
en direction d'une relation dont on ne sait pas encore
qu'elle sera porteuse de joie.
Ou bien, comme le fils aîné, rester solidaire
de la colère, de la frustration,
de l'exclusion qui montent du tréfonds de soi et partager
avec autruila douleur de n'avoir jamais
pu accéder à la joie
Ou encore, comme père, descendre dans le vide béant
de la mort relationnelle, croire autrui mort parce
qu'on s'est soi-même senti mourir de son absence...
et voir arriver sa joie comme une aube
: «II était mort et il est venu à la vie !» (v. 32).
«Je vous ai dit ces choses
pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite»
Jn 15,11
On dirait qu'en ces dernières heures avant
la brutale séparation d'avec ses amis
Jésus résume le désir brûlant de toute sa vie :
que chacun-e de nous accède peu à peu à sa joie propre,
à la fois unique en son genre et commune à celle des autres
par son caractère imprenable — une joie
«que nul ne vous ravira»
16,22
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