A quoi
sert une échelle ?
À monter ? À descendre ?
Ici, l'échelle que voit Jacob est d'abord un signe,
comme un panneau indicateur.
En effet, est-ce que Jacob connaît Dieu à ce moment ?
La Bible n'en dit rien ou plutôt, elle nous dit que YHVH se présente à Jacob.
Ce qui nous laisse penser que Jacob ne connaît de YHVH
que ce que ses parents lui en ont dit.
Bref, pour lui YHVH, c'est au mieux quelqu'un qui est loin,dont on parle
mais qu'on ne voit pas, qu'on prie mais
qui reste silencieux.
Et voilà que cette nuit là, lui apparaît une échelle.
Cette échelle qui est la première chose que Jacob voit , c'est un pont,
un trait d'union.
Et le songe se précise, l'échelle n'est pas vide : des anges,
des messagers y montent et descendent.
Que font-ils ? Combien sont-ils ? Quelle est leur fonction ?
Le texte n'en dit rien. Tout ce qu'il nous dit c'est que sur ce trait d'union,
il y a du mouvement, du va et vient.
Quand je m'imagine l'échelle de Jacob,
j'y vois une multitude d'anges, une foule innombrables.
Ainsi, il y a un lien entre ciel et terre et ce lien n'est pas désert,
abandonné, mais il est dynamique, vivant.
Par cette échelle, Jacob peut voir que Dieu n'est pas inaccessible,
très loin du monde dans lequel nous vivons mais qu'il s'intéresse
à nous et qu'il est à l'œuvre dans
notre monde.

Jacob se réveille donc au pied d'une échelle,
une échelle qui monte jusqu'au ciel.
On pourrait s'attendre à ce qu'ici, Jacob escalade cette échelle
qui monte jusqu'au ciel.
Après tout, dans une échelle on vise le sommet.
Il faut gravir les échelons, s'élever sur l'échelle sociale.
Et Jacob qui a commencé sa carrière en extorquant son droit d'aînesse
à son frère puis en lui volant son droit d'aînesse semblait
très désireux de monter, prêt à tout pour atteindre le sommet
de l'échelle sociale.
Mais non, Jacob ne montera pas à l'échelle, il restera en bas…
Et vous savez pourquoi ?
Eh bien, moi, je crois que c'est parce que c'est une échelle qui descend.
D'abord le texte biblique nous dit que la tête de l'échelle
touche le ciel,
or en hébreu, le mot tête veut dire « commencement ».
Le commencement de l'échelle touche le ciel…
Vous voyez, ce n'est pas une échelle qui monte de la terre vers les cieux,
une échelle que l'homme devrait monter pour atteindre le ciel,
c'est une échelle qui descend du ciel.
Il y a un autre indice… l'échelle, Jacob, et Bethel !
Ou est Dieu ?
En fait, le texte est ambigu.
Il nous dit que Dieu se tient au-dessus de lui
ce qu'on peut comprendre par
au dessus de l'escalier
ou au dessus de Jacob, c'est à dire à son chevet.
Or, c'est plutôt cette deuxième lecture que j'aurais tendance à faire.
peut-être Dieu est-il tout en haut de l'échelle
mais il est surtout aux côtés de Jacob comme le montre la suite :
en effet, non seulement Dieu est à ses côtés mais Dieu lui parle,
Dieu lui adresse une promesse :
« Je serai toujours avec toi ».
Le songe de Jacob lui révèle qu'il y a un trait d'union
entre le ciel et la terre, que c'est un lien actif,
il lui révèle également que Dieu est avec lui.
Cette échelle est le signe d'un lien entre le ciel et la terre,
elle est aussi le signe d'un lien direct entre Dieu et Jacob.
Et ce lien s'étend à la descendance de Jacob.
Plus tard le nom de Jacob deviendra Israël, le nom de tout un peuple.
Ainsi cette promesse de Dieu à Jacob s'étend à toute sa descendance,
à tout Israël.
Si bien que cette révélation faite à Jacob :
« il y a un lien entre dieu et toi »
ne s'adresse pas à lui seul.
Mais Jacob comprend-il cette révélation ?
On peut s'interroger à la lecture du texte.
Tout d'abord il reste sur l'idée d'un Dieu local.
Il marque l'endroit où il a vu l'échelle, c'est là et pas ailleurs
qu'est pour lui le pont.
En fait, Jacob reste dans la mentalité de son époque,
Dieu est pris dans une géographie,
attaché à un pays, à des lieux.
Il reste aussi dans l'idée d'un marchandage avec Dieu :
"si tu es avec moi alors je te donnerai".
Peut-être Jacob a-t-il tort de poser ses conditions à Dieu...
Mais surtout, Jacob prétend se placer dans le
donnant-donnant avec Dieu,
alors que Dieu lui a déjà tout promis sans demander de contrepartie.
Un Jacob exemplaire aurait répondu
"puisque Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage que je fais,
puisqu'il me donne du pain à manger
et des habits pour me vêtir,
et puisque je retournerai en paix à la maison de mon père,
alors l'Éternel sera mon Dieu"
et non pas
"Si Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage...".
Mais ce n'est pas grave, cette stèle que pose Jacob c'est un point de départ,
un point de départ pour son voyage, un point de départ
pour son apprentissage de Dieu.
Il en va de même pour nous.
En effet, nous avons nous aussi notre échelle de Jacob.
Et cette échelle n'est pas un rêve mais un évènement de notre histoire.
Cette échelle qui nous dit que Dieu est venu à nous,
qu'il est avec nous, c'est la croix de Jésus Christ.
Bien sur, comme Jacob, nous avons souvent un peu de mal à comprendre,
cette révélation est trop radicale,
trop surprenante, trop éloignée de nos images de Dieu.
Mais ce n'est pas grave :
comme l'échelle de Jacob, la croix est signe,
promesse et mise
en route...
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