les sages dans les évangiles
Il y a encore moins de place
pour les sages dans les évangiles que dans les lettres de Paul.
Leur mention y est aussi négativement connotée dans une parole de Jésus
qu’on trouve quasiment à l’identique dans les évangiles de Matthieu et de Luc.
Matthieu la situe à la suite d’une lamentation de Jésus sur les villes de Galilée
qui ne se convertissent pas et Luc insère l’ensemble
dans le passage de l’envoi en mission des 72 disciples et leur retour.
“A l’instant même,
Jésus exulta sous l’action de l’Esprit Saint et dit :
« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d’avoir caché celaaux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé
aux tout petits.
Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père,
et nul ne connaît qui est le Fils, si ce n’est le Père,
ni qui est le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils
veut bien le révéler.»”
Luc 10,21-2
Deux versets qui témoignent,
comme le passage de la lettre aux Corinthiens, d’un renversement radical de
compréhension et de valeur.
La révélation de Dieu n’est plus réservée à des sages, ni à des intelligents,
ou pour le dire autrement, à une élite religieuse ou intellectuelle.
Et les disciples de Jésus ne revendiqueront pas d’être sages,
mais d’être des tout petits
. Certainement y a-t-il là une polémique vis à vis des tenants d’une captation
de la révélation par des initiés,
comme cela se passe dans d’autres religions,
mais aussi comme cela pouvait être compris dans le versant apocalyptique du judaïsme
où la révélation du dessein de Dieu est réservée à quelques uns
à des « sages », des sophos.
Ceux qui revendiquent d’être sophos, sages,
ne se reconnaissent pas comme des petits, ces petits qui eux, sont dépendants.
Si l’on pense “enfant” en entendant l’expression “tout petit",
c’est bien parce que la qualité d’enfance du croyant caractérise
une attitude existentielle particulière :
celle de recevoir, la conscience d’avoir besoin de recevoir, une aptitude
à une juste relation avec le Père.
Certes, les plus jeunes, les plus pauvres, les moins savants font partie
de ces tout petits destinataires de la révélation,
mais se reconnaître enfant, pas sage, est ouvert à tous ceux qui se rendent réceptifs
à l’attention de Dieu pour les pauvres,
les faibles, les petits.
—Le sage, est alors celui qui porte en lui
une certitude d’auto-suffisance,
de supériorité due à ses connaissances, et l’on n’est pas loin, là,
de l’orgueil dénoncé par l’apôtre Paul.
— Alors, on voudrait bien ne pas
être sage …
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