En grec,
sophos désigne en premier lieu celui qui est habile et d’abord dans les arts manuels,
la mécanique, ensuite seulement, le poète, le devin,
le médecin pourra être qualifié de sophos.
En second lieu, lorsqu’il est question d’intelligence ou de caractère,
sophos implique alors la prudence, l’instruction, parfois aussi l’ingéniosité
et même la ruse de celui qui est reconnu
comme sophos.
Dans le Nouveau Testament,
le mot est peu présent.
Dans une traduction comme celle de la TOB on ne le rencontre
que 19 fois, c’est très peu.
Le sage n’est pas une figure emblématique ni des évangiles, ni des épîtres.
Etre sage n’est pas une exhortation du Nouveau testament.
Paul écrit même aux Romains (12,16) dans une longue liste d’exhortations :
“ne vous prenez pas pour des sages …”
Sa conviction profonde,
il l’expose au début de la première lettre aux Corinthiens :
“...Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent,
mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous,
il est puissance de Dieu.
Car il est écrit
« je détruirai la sagesse des sages,
et j’anéantirai l’intelligence des intelligents »
(Esaïe 29,14).
Où est le sage ? Où est le docteur de la loi ? où est le raisonneur de ce siècle ?
Dieu n’a –t-il pas rendu folle la sagesse du monde ?
En effet, puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu
dans la sagesse de Dieu,
c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient.
Les Juifs demandent des miracles et les grecs recherchent la sagesse ;
mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs,
folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs,
il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.
Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu :
il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille.
Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ;
ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ;
ce qui dans le monde est méprisé, ce qui n’est pas,
Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature
ne puisse s’enorgueillir devant Dieu.
C’est par lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous
sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin,
comme dit l’Ecriture,
que celui qui s’enorgueillit, s’enorgueillisse dans le Seigneur.”
————————————1 Corinthiens 1,18-31
—La sagesse des hommes ne sert à rien, les sages se fourvoient dans une impasse.
La faiblesse et le scandale de la Croix viennent heurter les quêtes humaines,
celle de la puissance à travers la recherche de miracles,
et celle de la connaissance à travers l’acquisition de la sagesse.
La figure des Grecs représente ces sages aspirant à trouver
par eux-mêmes le chemin du salut,
mais la revendication d’une maîtrise de soi, de sa vie est pour Paul une folie,
ce qu’il exprimera encore en écrivant aux Romains au sujet des païens
“Se prétendant sages, ils sont devenus fous”
Ro 1,22
—Ces sages-là ne le sont pas, mais ils sont insensés, dans le sens
où ils ne suivent pas le sens indiqué par la croix du Christ,
Christ qui est sagesse venant de Dieu,
la seule qui vaille.
Paul n’est pas sophos,
Paul n’est pas sage, d’aucune sagesse humaine ;
Paul est fou, pour les Corinthiens, pour les païens, pour tous ceux qui regardent ailleurs
que vers la croix pour connaître Dieu et finalement
se connaître aussi.
Mais si le Christ est “sagesse venue de Dieu”,
celui ou celle qui se tourne vers lui ne deviendrait-il pas un petit peu sage ?
Paul ne le dira pas, il ne parlera qu’une seule fois d’être « sage en Christ »,
mais il explique comment est l’homme spirituel.
Car il faut bien changer de domaine puisque la sagesse des hommes est vaine.
La sagesse de Dieu, elle, est révélée par l’Esprit et c’est lui
qui instruit l’être humain de cette sagesse mystérieuse,
cachée dans la croix, et qui porte sur le salut des hommes.
L’homme spirituel est celui qui ayant entendu et reçu la parole de la croix
se laisse ensuite transformer et devient « adulte »,
selon l’expression même de Paul, jusqu’à pouvoir avoir la pensée du Christ.
Devenir un être spirituel, c’est vivre selon l’Esprit et vivre en Christ.
Dévaluée, la sagesse des hommes n’est pas remplacée par une autre sagesse,
mais par la spiritualité.
L’effort pour vivre par soi-même est remplacé par un laisser vivre Christ en soi,
par l’action de l’Esprit.
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