Les
béatitudes
forment le portique
de cet enseignement.
Les v 28 à 48 en constituent
la pointe, une sorte d’apothéose.
Dans cette section finale, Jésus déploie
sa prédication comme une nouvelle Loi.
Elle n’est pas une prescription
à accomplir, afin d’être
quitte avec Dieu.
“Aimer
son prochain”
c’est ce qu’ordonne la loi ;
“aimer ses ennemis” c’est ce qu’elle
donne et permet de vivre. C’est infiniment
plus que ce qu’elle ordonne
le respect légaliste
. “Aimer
ceux qui nous
aiment” “saluer ceux qui
nous saluent” : c’est la loi de
l’équivalence et de la mesure. Mais aimer
les “ennemis”, prier pour ceux qui nous persécutent,
aimer ceux qui nous haïssent, saluer ceux
qui ne nous saluent pas :
voilà qui nous fait
« être vraiment
les fils de
[notre] Père
qui est aux cieux »
v.43-45
Mieux
qu’un simple
commandement que nous
accomplissons, la loi nouvelle
est une Parole qui nous accomplit !
La loi nouvelle nous accomplit dans
cette disymétrie de l’amour.
Ainsi, dans Matthieu,
Jésus tourne-t-il
résolument
le dos à l’éthique
de la réciprocité. L’incroyable
possibilité du don sans contre-don,
de l’amour sans retour d’amour, témoigne
d’une réalité « autre » au cœur de l’ordinaire, une
réalité autre qui rachète cet « ordinaire ».
« Vous serez parfaits comme
votre Père céleste est
parfait » :
Le mot
grec téleios, traduit
en français par “parfait”, utilisé
par Matthieu seul et seulement deux fois
(5,48 et 19,21), renvoie en fait à
l’accomplissement du Royaume.
Il ne vise pas à une
“perfection”
morale,
spirituelle
ou intérieure
. Il s’agit d’une nouveauté
totale de vie qui reconfigure tout ce dont
nous sommes faits, et qui atteint
son achèvement en
nous et par
nous.
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