Lc 21,1-4
Jésus était
assis devant le tronc
et il regardait
comment la foule mettait
de la monnaie dans le tronc.
Beaucoup de gens riches
en mettaient beaucoup.
Il vint une veuve pauvre
qui mit deux petites pièces,
quelques sous. Jésus appela
ses disciples
et leur dit:
« En vérité je vous le dis,
cette veuve qui est pauvre
a mis plus que tous ceux
qui mettent dans le tronc.
Car tous ont mis en prenant
sur leur superflu;
mais elle, elle a pris sur sa misère
pour mettre tout ce qu'elle possédait,
tout ce qu'elle avait
pour vivre. »
Mc 12 38
Il disait dans son enseignement:
« Méfiez-vous des scribes,
qui aiment circuler en grandes robes
et recevoir des salutations
sur les places publiques.
Ils aiment occuper
les premiers sièges dans les synagogues
et les premiers divans
dans les dîners
. Eux qui dévorent les biens
des veuves
et font de longues prières
pour l'apparence,
ils subiront la plus sévère
condamnation. »
Une lecture rapide
peut nous laisser croire
que nous sommes en présence
de deux passages bien distincts l’un de l’autre
et ayant chacun leur visée.
Méfions-nous des
lectures rapides
Une lecture
rapide
amènera le lecteur
et l’homéliste pressés, à voir
dans ces deux textes apparemment
sans liens littéraires entre eux
une leçon de morale dans laquelle les scribes
et la veuve sont renvoyés dos à dos,
celle-ci étant évidemment
la personne à imiter.
On s’appuiera alors
sur le récit
d’une veuve tellement démunie que,
lorsque le prophète Élie
lui demande de lui cuire un petit pain,
elle n’a pour toute réponse
qu’avec le peu de farine qui lui reste,
elle et son fils en sont
à leur dernier repas avant de mourir.
On connaît la suite :
parce qu’elle a fait confiance au prophète
et qu’elle a accédé à sa demande,
elle n’a plus jamais manqué
ni de farine ni d’huile.
Et le lecteur ou l’homéliste de conclure
qu’à l’exemple de cette veuve
et de celle de l’évangile,
il faut apprendre à jeter toute sa confiance en Dieu
qui se manifeste par ses prophètes
et par son temple…
On n’aura plus alors qu’à enfoncer
le clou en rappelant les blâmes
de Jésus contre les scribes
qui ne font confiance qu’en eux-mêmes…
question de mettre en relief la foi extrême
des deux veuves…
Des interprétations qui résistent
au temps
Il y a de ces interprétations
qui résistent au temps !
Le constat d’admiration qu’on attribue
à Jésus à l’égard de la veuve
a la vie dure !
Où est l’éloge dans son verdict ?
Qu’on y regarde de plus près :
Cette pauvre veuve
a mis dans le tronc plus que tout le monde […]
elle a pris sur son indigence :
elle a tout donné,
tout ce qu’elle avait pour vivre
vv. 43-44
Où est l’approbation
élogieuse dans cette phrase ?
Où sont-elles les marques d’admiration ?
Et pourquoi pas du dépit et du chagrin ?
Pourquoi cet empressement
à prêter des sentiments à l’auteur
de cette allégation alors qu’il
ne fait que décrire ce qu’il voit ?
Et que voit-il ?
Que rapporte-t-il ?
Si ce n’est une femme
portant tous les indices de la pauvreté.
Que remarque-t-il ?
Si ce n’est qu’elle dépose deux piécettes
dans le tronc de la salle du trésor ?
Que dit Jésus ?
Si ce n’est que constater ces faits
et en faire part à ses disciples
en y ajoutant un commentaire d’ordre factuel :
Cette pauvre veuve […]
a pris sur son indigence :
Elle a tout donné,
tout ce qu’elle avait pour vivre
(vv. 43-44).
Admirable ou désolant?
« Ils dévorent les biens des veuves »
Mc 12, 40
on entend Jésus
dire à la foule nombreuse [qui]
l’écoutait avec plaisir
Méfiez-vous des scribes […]
Ils dévorent les biens des veuves
(vv. 38.40).
Nous sommes au chapitre 12
de l’Évangile de Marc.
Jésus est entré au temple depuis le chapitre 11 :
…Jésus allait et venait
dans le temple, les grands prêtres,
les scribes et les anciens
s’approchent de lui
(11, 27).
Une fois dans le temple
il devra affronter les « officiels »
du temple à travers une série
de cinq controverses
dont la dernière apparaît
dans notre texte d’aujourd’hui.
C’est la dernière parole
que Jésus prononce à l’endroit du
« personnel » du temple.
À travers ces
« gardiens » du temple,
c’est l’institution elle-même
que Jésus atteint.
C’est le temple qui est dans sa mire.
Cette invective
Méfiez-vous des scribes […]
Ils dévorent les biens des veuves (vv. 38.40)
est à mettre en perspective
avec le geste de la veuve pauvre.
Il vient coiffer
en quelque sorte son geste.
En retour,
le geste de la veuve viendra confirmer
et illustrer le verdict de Jésus
contre les officiels du temple,
et à travers eux contre le temple.
La parole de l’un
et le geste de l’autre se complètent,
s’éclairent et se répondent.
On remarquera que l’appel
à la méfiance prononcé contre les scribes
et par ricochet contre le temple
est adressé à la foule nombreuse
[qui] l’écoutait avec plaisir
(12, 37b).
Par ailleurs,
on remarquera que
le commentaire de Jésus
sur le geste de la veuve,
ne sera réservé qu’aux disciples :
Jésus s’adressa à ses disciples (12, 43).
Il le fera assis (v. 41),
qui est la position du maître qui enseigne
et il le fera précéder d’un
En vérité, je vous le dis (v. 43)
qui est la formule utilisée
pour annoncer toute l’importance
de l’enseignement qui la suit.
Notons enfin le saisissant parallèle
entre les scribes qui
dévorent les biens des veuves
v. 40
et la veuve qui a tout donné,
tout ce qu’elle avait pour vivre
v. 44
La gloire du Seigneur sortit de
sur le seuil du temple
Éz 10, 18
Le retentissant
Méfiez-vous proclamé en présence
de la foule nombreuse qui l’écoutait avec plaisir
(v. 37b),
marque la fin des contacts de Jésus
avec les grands prêtres,
les scribes et les anciens.
On ne les retrouvera
qu’au moment de l’arrestation de Jésus.
La rencontre n’aura pas lieu
dans le temple mais à la résidence
du Grand Prêtre
Avant de quitter le temple,
Jésus prodigue un dernier enseignement
au caractère intime réservé
à ses disciples :
Jésus s’adressa à ses disciples
v. 43
Il prend appui
sur ce que ses yeux voient :
Une veuve pauvre qui jette
dans le trésor (du temple)
deux piécettes
v42.
Et il conclut
: Elle a tout donné,
tout ce qu’elle avait pour vivre
v. 44
Tel est le type de rapport
qui se vit entre une pauvre et le temple.
C’est sur cette image
qu’il quitte définitivement le temple.
Ici se termine le chapitre 12.
Le chapitre suivant
s’ouvre selon le texte grec avec le verbe
« sortir » précédé de
la conjonction « et »;
littéralement :
Et sortant lui du temple
13, 1
Le temple n’a plus sa raison d’être
. Il est désormais inutile.
Son ère est révolue.
Son mandat est terminé.
Il n’y a plus rien à
en attendre.
Jésus n’est pa
s aussitôt sorti qu’un de ses disciples
lui fait remarquer la beauté des pierres
et des constructions
Mc 13, 1… !
Visiblement,
l’homme n’a encore rien compris…!
Qu’on ne s’en surprenne pas :
dans l’Évangile de Marc,
les disciples ne comprennent jamais rien.
Toutefois leur
incompréhension chronique
a le mérite d’ouvrir la porte
à des explications supplémentaires.
On en a ici un bel exemple
dans la réponse de Jésus :
Tu vois ces grandes constructions,
lui réplique Jésus,
il ne restera pas pierre sur pierre :
tout sera détruit
13, 2
Cette démolition
aura lieu quarante ans plus tard,
en l’an 70 par l’armée
romaine.
Un tel contexte
donne tout son sens à
Hébreux 9, 24
Le Christ n’est pas entré
dans un sanctuaire construit par
les hommes […]
il est entré dans le ciel même,
afin de se tenir maintenant pour nous
devant la face
de Dieu
C JULIEN
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