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2009-11-04T08:15:00+01:00

veuve et pièces

Publié par sulamite -


Lc 21,1-4

Jésus était

assis devant le tronc

et il regardait

comment la foule mettait

de la monnaie dans le tronc.

Beaucoup de gens riches

en mettaient beaucoup. 

Il vint une veuve pauvre

qui mit deux petites pièces,

quelques sous. Jésus appela

ses disciples

et leur dit:


« En vérité je vous le dis,

cette veuve qui est pauvre

a mis plus que tous ceux

qui mettent dans le tronc.

Car tous ont mis en prenant

sur leur superflu;

mais elle, elle a pris sur sa misère

pour mettre tout ce qu'elle possédait,

tout ce qu'elle avait

pour vivre. » 


 

Mc 12 38

Il disait dans son enseignement:

« Méfiez-vous des scribes,

qui aiment circuler en grandes robes

et recevoir des salutations

sur les places publiques.

Ils aiment occuper

les premiers sièges dans les synagogues

et les premiers divans

dans les dîners

. Eux qui dévorent les biens

des veuves

et font de longues prières

pour l'apparence,

ils subiront la plus sévère

condamnation. »

 

 

Une lecture rapide

peut nous laisser croire

que nous sommes en présence

de deux passages bien distincts l’un de l’autre

et ayant chacun leur visée.



Méfions-nous des

lectures rapides


Une lecture

rapide

amènera le lecteur

et l’homéliste pressés, à voir

dans ces deux textes apparemment

sans liens littéraires entre eux

une leçon de morale dans laquelle les scribes

et la veuve sont renvoyés dos à dos,

celle-ci étant évidemment

la personne à imiter.

On s’appuiera alors

sur le récit

d’une veuve tellement démunie que,

lorsque le prophète Élie

lui demande de lui cuire un petit pain,

elle n’a pour toute réponse

qu’avec le peu de farine qui lui reste,

elle et son fils en sont

à leur dernier repas avant de mourir.

On connaît la suite :

parce qu’elle a fait confiance au prophète

et qu’elle a accédé à sa demande,

elle n’a plus jamais manqué

ni de farine ni d’huile.

Et le lecteur ou l’homéliste de conclure 

qu’à l’exemple de cette veuve

et de celle de l’évangile,

il faut apprendre à jeter toute sa confiance en Dieu

qui se manifeste par ses prophètes

et par son temple…

On n’aura plus alors qu’à enfoncer

le clou en rappelant les blâmes

de Jésus contre les scribes

qui ne font confiance qu’en eux-mêmes…

question de mettre en relief la foi extrême

des deux veuves…



Des interprétations qui résistent

 au temps

     Il y a de ces interprétations

qui résistent au temps !

Le constat d’admiration qu’on attribue

à Jésus à l’égard de la veuve

a la vie dure !

Où est l’éloge dans son verdict ?

Qu’on y regarde de plus près :

Cette pauvre veuve

a mis dans le tronc plus que tout le monde […]

elle a pris sur son indigence :

elle a tout donné,

tout ce qu’elle avait pour vivre

vv. 43-44



Où est l’approbation

élogieuse dans cette phrase ?

Où sont-elles les marques d’admiration ?

Et pourquoi pas du dépit et du chagrin ?

Pourquoi cet empressement

à prêter des sentiments à l’auteur

de cette allégation alors qu’il

ne fait que décrire ce qu’il voit ?

Et que voit-il ?

Que rapporte-t-il ?

Si ce n’est une femme

portant tous les indices de la pauvreté.

Que remarque-t-il ?

Si ce n’est qu’elle dépose deux piécettes

dans le tronc de la salle du trésor ?

Que dit Jésus ?

Si ce n’est que constater ces faits

et en faire part à ses disciples

en y ajoutant un commentaire d’ordre factuel :

Cette pauvre veuve […]

a pris sur son indigence :

Elle a tout donné,

tout ce qu’elle avait pour vivre

(vv. 43-44).

Admirable ou désolant?



« Ils dévorent les biens des veuves »

Mc 12, 40



on entend Jésus

dire à la foule nombreuse [qui]

l’écoutait avec plaisir



Méfiez-vous des scribes […] 

Ils dévorent les biens des veuves

(vv. 38.40).

Nous sommes au chapitre 12

de l’Évangile de Marc.

Jésus est entré au temple depuis le chapitre 11 :

 …Jésus allait et venait

dans le temple, les grands prêtres,

les scribes et les anciens

s’approchent de lui

(11, 27).

Une fois dans le temple

il devra affronter les « officiels »

du temple à travers une série

de cinq controverses

dont la dernière apparaît

dans notre texte d’aujourd’hui.

C’est la dernière parole

que Jésus prononce à l’endroit du

« personnel » du temple.



À travers ces

« gardiens » du temple,

c’est l’institution elle-même

que Jésus atteint.

C’est le temple qui est dans sa mire.

Cette invective

Méfiez-vous des scribes […] 

Ils dévorent les biens des veuves (vv. 38.40)

est à mettre en perspective

avec le geste de la veuve pauvre.

Il vient coiffer

en quelque sorte son geste.

En retour,

le geste de la veuve viendra confirmer

et illustrer le verdict de Jésus

contre les officiels du temple,

et à travers eux contre le temple.

La parole de l’un

et le geste de l’autre se complètent,

s’éclairent et se répondent.

On remarquera que l’appel

à la méfiance prononcé contre les scribes

et par ricochet contre le temple

est adressé à la foule nombreuse

[qui] l’écoutait avec plaisir

(12, 37b).



Par ailleurs,

on remarquera que

le commentaire de Jésus

sur le geste de la veuve,

ne sera réservé qu’aux disciples :

Jésus s’adressa à ses disciples (12, 43).

Il le fera assis (v. 41),

qui est la position du maître qui enseigne

et il le fera précéder d’un

En vérité, je vous le dis (v. 43)

qui est la formule utilisée

pour annoncer toute l’importance

de l’enseignement qui la suit.

Notons enfin le saisissant parallèle

entre les scribes qui

dévorent les biens des veuves

v. 40

et la veuve qui a tout donné,

tout ce qu’elle avait pour vivre

v. 44

La gloire du Seigneur sortit de

sur le seuil du temple

Éz 10, 18



     Le retentissant

Méfiez-vous proclamé en présence

de la foule nombreuse qui l’écoutait avec plaisir

(v. 37b),

marque la fin des contacts de Jésus

avec les grands prêtres,

les scribes et les anciens.

On ne les retrouvera

qu’au moment de l’arrestation de Jésus.

La rencontre n’aura pas lieu

dans le temple mais à la résidence

du Grand Prêtre

14,54



Avant de quitter le temple,

Jésus prodigue un dernier enseignement

au caractère intime réservé

à ses disciples : 

Jésus s’adressa à ses disciples

v. 43

Il prend appui

sur ce que ses yeux voient : 

Une veuve pauvre qui jette

dans le trésor (du temple)

deux piécettes

v42.

 Et il conclut

: Elle a tout donné,

tout ce qu’elle avait pour vivre

v. 44

Tel est le type de rapport

qui se vit entre une pauvre et le temple.

C’est sur cette image

qu’il quitte définitivement le temple.

Ici se termine le chapitre 12.

Le chapitre suivant

s’ouvre selon le texte grec avec le verbe

« sortir » précédé de

la conjonction « et »;

  littéralement :

Et sortant lui du temple

13, 1

Le temple n’a plus sa raison d’être

. Il est désormais inutile.

Son ère est  révolue.

Son mandat est terminé.

Il n’y a plus rien à

en attendre.



     Jésus n’est pa

s aussitôt sorti qu’un de ses disciples

lui fait remarquer la beauté des pierres

et des constructions

Mc 13, 1… !

Visiblement,

l’homme n’a encore rien compris…!

Qu’on ne s’en surprenne pas :

dans l’Évangile de Marc,

les disciples ne comprennent jamais rien.

Toutefois leur

incompréhension chronique

a le mérite d’ouvrir la porte

à des explications supplémentaires.

On en a ici un bel exemple

dans la réponse de Jésus :

Tu vois ces grandes constructions,  

lui réplique Jésus,

il ne restera pas pierre sur pierre :

tout sera détruit

13, 2

Cette démolition

aura lieu quarante ans plus tard,

en l’an 70 par l’armée

romaine.



     Un tel contexte

donne tout son sens à

Hébreux 9, 24 

Le Christ n’est pas entré

dans un sanctuaire construit par

les hommes […]

il est entré dans le ciel même,

afin de se tenir maintenant pour nous

devant la face

de Dieu

C JULIEN


 


 

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