Cette parabole
met en présence deux personnages
que tout oppose
:
Le juge,
tout d'abord, nous est
décrit comme quelqu'un d'invincible,
une sorte de muraille que rien ne pourrait atteindre.
Il vit replié sur lui-même sans égard pour personne
et sans ouverture à un Dieu transcendant
Un homme presque moderne, sécularisé
avant l'heure et individualiste.
Qui plus est,
cet homme est juge.
Sa fonction dans la société le place au-dessus
des autres et normalement au-dessus de tout soupçon.
Dans le bras de fer qui l'oppose à la veuve,
il ne peut que gagner.
La partie est jouée
d'avance.
Il faut dire
que la personne en face de lui
ne fait pas le poids.
Autant
le juge impressionne
par son invincibilité, autant la veuve
impressionne par sa vulnérabilité.
Déjà le statut de la femme n'était
pas enviable dans l'antiquité, bien inférieur
à celui de l'homme.
À plus forte raison une veuve
qui n'avait plus personne pour subvenir
à ses besoins si ce n'est
ses enfants
Qui plus est,
la veuve de la parabole vit une injustice.
C'est d'ailleurs bien ce qui la pousse
à aller voir le juge afin qu'il
défende sa cause contre son adversaire.
Contrairement au juge dont le statut social
est assuré, cette femme n'a rien à faire valoir.
Sa situation est précaire
et son sort semble scellé d'avance.
Elle a déjà perdu la partie.
Cette parabole,
c'est l'histoire du pot de fer
contre le pot de terre ou encore la fable du
Lion et du Moucheron que nous conte La Fontaine
Pourtant, tout comme le jeune David a vaincu
le géant Goliath au défaut de la cuirasse avec
une simple fronde, la veuve finit
par gagner la partie
contre le juge avec une arme
tout aussi misérable.
Quelle est cette arme ?
C'est l'arme du pauvre, de la personne
qui n'a plus rien sinon que
l'énergie du désespoir.
Son arme,
c'est l'obstination, la persévérance.
Elle ne lâchera pas prise.
Elle continuera d'importuner le juge
. Comme la pierre de la fronde de David qui cible
le défaut de la cuirasse de Goliath,
l'obstination de cette femme
atteint la faille de cet homme cuirassé
dans son irréprochabilité.
Car la cuirasse de ce juge
a aussi une faiblesse : c'est lui-même.
Il aime trop son confort,
il ne veut pas être dérangé et cette veuve l'importune :
" cette femme m'ennuie, je vais donc lui donner gain de cause
pour qu'elle cesse de me casser la tête "
Autant dire que les demandes
incessantes de cette veuve pourrissent
la vie de ce juge pour qui la tranquillité passe
avant tout le reste.
Cette parabole
fait mentir La Fontaine.
Ici, la loi du plus fort n'est
pas la meilleure.
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