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2010-12-10T08:23:00+01:00

verser

Publié par sulamite -

 

 

 

Ekcheuô,

est un mot de la Bible,

un verbe grec qui signifie d’abord “verser”.

C’est un verbe très commun que celui de verser,

on l’emploie dans la conversation courante.

Mais c’est aussi un verbe qui implique

des compléments en plus du sujet,

celui qui verse.

Qu’est-ce qui

est versé ? Dans quoi,

où verse-t-on ? A partir de quoi ?

Et même comment verse-t-on, goutte à goutte

ou largement ? Verser est un verbe

qui ne va pas tout

seul.




Une petite

dizaine de verbes grecs

peuvent être traduits par verser,

certains étant des composés d’un verbe de base.

Ainsi celui qui nous occupe ici porte déjà

en luiune indication très importante

 Ekcheuôest déjà composé

à partir d’un verbe cheuô,

qui veut déjà dire

verser”.

Lui est ajouté

un préfixe : ek 

qui amplifie sa signification

Ekcheuôveut littéralement

dire verser hors de, cette évidence

met l’accent non pas sur la destination

de ce qui est versé, mais sur l’origine : d’où vient

ce qui est versé et également sur l’action de verser,

sur le fait que ce qui est versé l’est.

Jusqu’au point où ce qui est versé

peut être versé dans rien, peut

ne pas être recueilli.

Ekcheuô,

ce n’est pas

verser dans“, mais plutôt

verser sur.” Un tel accent sur le verbe

verserse retrouve, plus précisément, dans le verbe répandre.

Répandre, cela se fait sans retenue, sans parcimonie,

sans mesure : tout est répandu. Mais il y a aussi

l’idée que ce qui est répandu ne l’est pas

au bénéfice de celui qui répand.

Répandre, ekcheuô,

est un verbe ouvert vers

l’extérieur. Et cette ouverture se déplie

de la perte au don, ou encore de la mort à la vie.

Répandu perdu”: c’est du vin

par exemple,

du vin

nouveau.

L’image biblique

est bien connue, quasiment

passé dans l’expression commune,

proverbe de sagesse populaire. Jésus répond

par trois petites paraboles aux disciples de Jean le Baptiste

qui s’étonnent que les disciples de Jésus ne jeûnent pas :

«Les invités à la noce peuvent-ils être en deuil
 tant que l’époux est avec eux ?
 Mais des jours viendront

où l’époux leur sera enlevé :
 c’est alors qu’ils

jeûneront.

Personne ne met

une pièce d’étoffe neuve à un vieux

vêtement car le morceau rajouté tire sur le vêtement
et la déchirure est pire.On ne met pas de vin

nouveau dans de vieilles outres ;
sinon les outres éclatent,

le vin se répand
et les

outres

sont perdues.
On met au contraire le vin nouveau
dans des outres neuves

et l’un et l’autre se

conservent.»
Matthieu 9,15-17



Versé

dans la vieille outre,

le vin est perdu, répandu

sur le sol et personne ne le boira,

personne ne se réjouira de l’avoir bu.

Le vin nouveau donne à entendre une nouveauté

de vie qui ne s’accorde pas avec d’anciennes

pratiques, d’anciens rites qui ne sauraient

rendre compte et signifier la

Bonne

Nouvelle.

Répandu perdu”:

au bord le plus sombre

se tiennent, dans le Nouveau Testament,

quelques figures dont celle de Judas

mais Judas mort.

C’est l’apôtre

Pierre

qui, au premier

chapitre du Livres des Actes, fait état de

la mort de Judas :

« Il (Judas)

était compté parmi nous
et il avait eu part à ce même ministère.
Après avoir acquis un champ avec le salaire de l’injustice,
il est tombé en avant et s’est éventré,de sorte

que tous ses intestins se sont répandus.
La chose a été connue de tous les

habitants de Jérusalem,
à tel point que ce

champ a été

appelé

dans leur langue
Hakeldamah, c’est à dire

le champ du

sang”.»
  Act 1,18-19



Le récit

de Luc évoque un accident

sans plus de précision que cette coupure

dans le corps par laquelle les entrailles se répandent

provoquant la mort. On peut noter que cela

ne s’accorde pas avec le récit de

Matthieu au chapitre 27,

selon lequel Judas

s’est pendu après

avoir

livré Jésus.

Du coté de la perte,

de la mort, c’est aussi du sang

qui est répandu, sang d’hommes tués

par d’autres hommes. Il s’agit en particulier

des prophètes qui ont été tués par leur peuple,

leur proches et quel malheur pour

les assassins et ceux qui

les approuvent !  

 « Quel malheur

pour vous ! Vous construisez

les tombeaux des prophètes, alors que ce sont

vos pères qui les ont tués ! Vous êtes

donc témoins et vous approuvez

les œuvres de

vos pères,
  car eux,

ils ont tué les prophètes  

et vous, vous construisez !

 C’est pourquoi la Sagesse de Dieu a dit :
  Je leur enverrai des prophètes et des apôtres ;ils en

tueront et en persécuteront,
  afin qu’il soit demandé

compte

à cette génération
  du sang de tous les prophètes
  qui a été répandu depuis la fondation du monde,
  depuis le sang d’Abel jusqu’au sang

de Zacharie que l’on a fait périr entre

l’autel et la Maison ;
  oui, je vous le dis,
  il en sera

demandé compte

à cette génération. »
  Luc 11,47-51

Pour le lecteur

de Luc, la tragique destinée

des prophètes est posée en parallèle

à la mort de Jésus, mais aussi aux persécutions

dont sont victimes les premières

communautés.

L’apôtre

Paul,

dans l’épître

aux Romains décrit les

manifestations du péché commun

à tous les humains en rassemblant des citations

de divers Psaumes, Proverbes et Prophètes pour conclure

une dénonciation ou plutôt un dévoilement des

raisonnements, des mensonges par lesquels

les hommes voudraient justifier

leurs conduites :

« Il n’y a pas

de juste, pas même un seul ;
  il n’y en a pas un qui soit intelligent,
  pas un qui cherche Dieu.
  Tous se sont

égarés,

ensemble ils se sont pervertis,
  il n’y en a pas un seul qui fasse le bien,
il n’y en a pas même un seul. Leur gosier est un sépulcre ouvert,
  ils rusent avec leur langue, ils ont sous leurs lèvres

un venin d’aspic, leur bouche est pleine

de malédiction et d’amertume.
  Ils ont les pieds agiles

pour répandre

le sang ;
  la destruction

et le malheur sont sur leur chemin,
  ils n’ont jamais connu le chemin de la paix,
  il n’y a pas de crainte de Dieu

devant leurs yeux. »
Romains 3,10-18



L’apôtre

affirme ensuite

comment, face au péché universel

et inévitable, se tient, en Christ, la grâce de Dieu.

Le sang des hommes est répandu par des hommes,

répandu, perdu et leur vie disparait avec,

la place est alors laissée à la mort.

On répand ce qui n’est

pas à soi, comme

on vole,

on dérobe,

on prive, comme on se

veut maître de ce qui n’a pas de prix pour

avoir trop de valeur: la vie de l’autre.

Le sang de l’autre répandu,

c’est la vie épuisée,

vidée, écoulée ;

c’est la mort.

Verser le sang, c’est tuer.

Entre mort et vie, sept coupes,

tenues par sept anges, coupes remplies,

écrit l’auteur du livre de l’Apocalypse, de la fureur de Dieu

. Répandues sur la terre l’une après l’autre,

elles y déversent maux, fléaux, plaies,

première étape du jugement

qui conduit à la chute

de Babylone

la Grande.

Entre le royaume

de la bête et le règne de Dieu,

l’Apocalypse décrit avec force symboles

un terrible combat, mais à l’issue

duquel, même la mort

n’est plus.

°°

 

 


 

 

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