II va
sans dire qu’être
dans le silence ne signifie pas
être inactif, puisque c’est précisément dans
le silence que nous nous retrouvons
face à notre être
véritable.
La tristesse
et le malheur sont
parfois si accablants que nous
ferions n’importe quoi pour ne pas y faire face.
La radio, la télévision, les journaux, la lecture,
le cinéma, mais aussi le travail et une vie
sociale bien remplie peuvent
être des façons de se fuir
et de vivre notre vie
à la manière d’un
long
divertissement.
Le mot divertissement
est important ici. Il signifie littéralement
« action de détourner ». Le divertissement est tout ce qui
nous détourne des choses auxquelles il est difficile
de faire face. Se divertir, c’est se distraire,
s’amuser, passer le temps. Le divertissement
a souvent un effet bénéfique
. Il nous donne un répit
,nous permet
d’oublier
nos inquiétudes
et nos peurs pour un moment.
Mais lorsque nous vivons notre vie
comme un long divertissement, nous perdons contact
avec notre âme et devenons des spectateurs ou des
figurants d’un spectacle qui ne se renouvelle jamais.
Même une occupation utile et productrice
peut devenir une façon d’oublier
ce que nous sommes vraiment.
Il n’est pas surprenant
que, pour plusieurs, la perspective
de la retraite soit angoissante. Que serons-nous
quand il n’y aura plus rien pour nous tenir occupés ?
Le silence est la pratique spirituelle qui nous aide
à dépasser le stade du divertissement. C’est
dans le silence que nos chagrins,
et les joies qui y sont mêlées,
sortent de leur cachette ;
nous pouvons alors
les regarder
sans peur,
puisqu’ils nous
appartiennent, et nous frayer,
entre les ombres et les clairs, un chemin
qui mène à la liberté. Nous pouvons trouver le silence
dans la nature, dans une église, dans un centre
de méditation ou dans notre maison.
Quel que soit le moyen
de l’atteindre,
nous
devrions
le chérir. Parce que
c’est dans le silence que nous
pouvons vraiment connaître ce que nous
sommes et le reconnaître progressivement
comme un don de Dieu.Au début, le silence peut
nous effrayer. Car ce sont d’abord les voix surgies
de l’ombre que nous entendons : celle de
la jalousie et de la colère, du
ressentiment
et du désir
de vengeance, de
la convoitise et de l’avidité ;
celle aussi de la douleur provoquée
par les pertes, les abus et les rejets. Ces voix sont
souvent brutales et bruyantes. Elles peuvent
même nous assourdir. Notre réaction
spontanée est de les fuir et de
continuer à nous
distraire.
Mais si nous
avons le courage de le
supporter et de ne pas nous laisser
intimider par ce tumulte, il perdra graduellement
de sa force et s’affaiblira et les voix douces et
réconfortantes venant de la lumière
pourront se faire entendre
à leur tour.
Ces voix
parlent de paix,
de bonté, de douceur,
d’espoir, de pardon et, surtout, d’amour.
Elles peuvent d’abord sembler petites et insignifiantes
et nous pouvons avoir de la difficulté à leur faire
confiance. Néanmoins, elles sont très
persistantes et elles deviendront
plus fortes si nous continuons
à les écouter.
Elles viennent
de très profond et de très loin.
Elles nous parlaient avant même que nous
soyons au monde, et elles nous révèlent qu’il n’y a pas
de ténèbres dans Celui qui nous a envoyés dans
ce monde, seulement de la lumière.
Elles sont l’écho de la voix
de Dieu qui nous appelle
de toute éternité :
« Mon enfant
bien-aimé,
mon favori,
ma joie... »
Le vacarme de ce
monde étouffe continuellement
ces voix douées et rassurantes. Elles n’en sont pas
moins les voix de la vérité. Elles ressemblent à cette voix
qu’entendit Élie sur le mont Horeb. Là, Dieu passa près de
lui non pas comme un ouragan, ni dans un tremblement
de terre, ni dans un feu, mais dans
« le bruit d’une brise légère »
1 Rois 19,11-13
Ce vent
tranquille chasse
nos peurs, nous permettant
de contempler la réalité, notre réalité,
sans chercher à nous
leurrer.
H Nouwen
/image%2F0554638%2F201304%2Fob_3bfaef39b11098f302fba08b1971c8ac_37030251.png)
commentaires