v.13-14:
Jésus n'en reste pas
au bas de la pyramide des besoins:
satisfaction des besoins vitaux
(respirer, manger, boire, dormir),
sinon on meurt.
Il sait comme nous
que la privation des besoins
est source de frustration
et de mal-être.
Une personne qui souffre,
qui est mal-adaptée,
est souvent celle qui a été privée
de la satisfaction des besoins
plus élaborés tels que la tendresse,
le droit à la sécurité,
la confiance,
le besoin d'appartenance
et d'appréciation,
l'estime de soi et la
reconnaissance...
Jésus indique qu'il est possible de
trouver la satisfaction
de tous ces besoins,
même de la soif la plus profonde,
mais de manière définitive,
de telle sorte qu'on devienne
"source d'eau" à son tour,
inducteur de satisfaction
et non plus de frustration permanente.
La femme est interpelée
par ces paroles, elle a confiance en lui et le respecte ("Kurios", "Seigneur",
pour la 2ème fois,
v.11 et 15
v.15 et ss:
elle s'ouvre, enfin,
elle peut exprimer qu'elle a une soif
très profonde,
et qu'elle en a assez de venir puiser ici.
Jésus en profite
pour évoquer le passé douloureux,
la mémoire affective blessée,
qu'il est peut-être plus facile
de refouler ou d'oublier par l'amnésie
(mais la blessure reste quand-même là).
Appel au mari; pas là.
Tu en as eu cinq,
et celui que tu as n'est pas le tien.
Démarche moitié
diplomatique moitié provocante,
mais avec finesse et délicatesse,
sans jugement hâtif
et définitif:
v.19:
elle reconnaît qu'il est prophète.
En réalité,
ce n'est pas très difficile,
tout le monde devait être
au courant ...
L'endroit (puits),
qui était lieu de souffrance,
d'isolement, devient lieu de bénédiction,
l'endroit pour régler un vieux problème,
qui remonte en surface
parce que maintenant
c'est le bon moment,
opportun et favorable
(kairos),
parce que la situation
est mûre
(pleroma),
et surtout parce que Lui
ne l'a pas ni rejetée
ni commis avec elle le péché
d'une relation trop intime basée
sur la pitié fusionnelle.
La femme s'est ouverte un peu
, puis elle se retranche
à nouveau derrière le mécanisme
de défense qui consiste
en l'appartenance tribale:
nos pères ont adoré...
Jésus remplace l'importance
de l'endroit et la primauté
topographique par la qualité
de la motivation du coeur,
et par la nécessité
de s'élever au-dessus
des contingences tribales
il avait déjà dit la même chose
à Nicodème:
il faut naître d'en haut,
se ressourcer auprès du père céleste
non pas pour déjà être au ciel
et y rester, mais pour puiser
en lui les forces nécessaires
au combat quotidien
de notre vie.
Finalement Jésus
se révèle comme le Messie,
les disciples reviennent
:
(ils n'ont rien compris,
comme d'habitude),
et la femme devient
inductrice d'évangile,
porte-parole et témoin
de sa propre libération,
fondée sur l'acceptation
ou l'aveu de la faute passée:
"Venez-voir un homme
qui m'a dit tout ce que j'ai fait,
ne serait-ce point le Christ"
v.28.
La reconnaissance
de la faute, de l'erreur,
consentie au bon moment
et dans les bonnes conditions,
accompagnée de l'aveu sincère,
libère et permet de réinvestir positivement
l'énergie laissée si longtemps
au repos ou utilisée à l'autodestruction.
En même temps,
la culpabilité est transformée
en responsabilité et le remords
en regret d'avoir fait
du tort à
quelqu’un.
Grâce à ce témoignage
de la femme, qui maintenant
est en voie de guérison
par un triple pardon accordé et reçu:
par rapport à Dieu,
par rapport aux autres
et par rapport à soi-même
les autres membres du village,
du clan, écouteront,
verront le changement, croiront,
puis découvriront par eux-mêmes,
que Jésus est non pas un simple prophète
ou un seigneur,
mais bien le Sauveur du monde (v.42).
Nous assistons là à l’aboutissement
d’un changement de mentalité,
d’un élargissement du champ de conscience,
qui permettra le passage d’une conception
des choses et des gens
assez limitée à un perception
plus universaliste et
englobante.
2. Implications
pratiques:
Jésus est venu
pour apaiser toutes nos soifs,
toutes nos sécheresses personnelles
et collectives,
comme le montre le cheminement
de cette femme à la recherche
du temps perdu:
v. 25,
elle est en quête
, en attente, car elle aspire à la venue du Messie:
"Je sais que le Messie doit venir,
quand il sera venu il nous annoncera
toutes choses";
elle est soulagée et libérée,
comme nous le voyons
au verset 29
Venez voir un homme
qui m'a dit tout ce que j'ai fait...;
et enfin,
elle est inductrice d'évangile,
porteuse de bonne nouvelle,
v.39:
"Plusieurs samaritains crurent
à cause de cette déclaration formelle
de la femme:
Il m'a dit tout ce que j'ai fait…”
2) Il a un projet
pour chacun en particulier
et pour nous tous en tant que familles
(biologiques, sociales
et spirituelles-églises),
et invite à rentrer dans un projet,
dans une perspective d'avenir,
non par pour survivre
sous le poids de la culpabilité,
de la dette à payer
ou du plaisir à rechercher à tout prix,
mais pour vivre, dans la joie
des retrouvailles et
du bonheur à
construire,
3) le premier pas
vers le changement consiste
à accepter qu'on a été faillible
dans tel ou tel registre
chacun sait où il doit changer:
une faille dans un domaine
ne devient pas forcément
la faillite générale d'une personne
ou d'un système
puis à Lui avouer la faute,
le manquement,
en vue de la transformation
en profondeur par Lui
avant de se rendre auprès
de la personne offensée ou blessée.
La mémoire douloureuse
devient ainsi l'occasion
d'un réinvestissement porteur de sens
et d'espoir, avec toutes les nouvelles
potentialités qui
s'y rattachent,
4) Il ne condamne
pas mais libère et pardonne,
demandant en retour à ceux
qui ont bénéficié de son pardon
d'être prêts à leur tour à l'offrir,
à s'engager résolument
sur le chemin de la réconciliation
la vraie, celle qui passe
par le Fils
5) La vie
est faite de certitudes,
mais aussi d'hésitations:
celle du chrétien aussi,
avec l'exigence de vivre les certitudes,
d'éviter les erreurs
et de rectifier celles qui
ont été commises.
Ceci implique
une certaine dose de flexibilité,
de tolérance, de modestie
(ne pas se prévaloir de ce qu'on sait)
et d'humilité
savoir ce qui me manque encore
avec la capacité
d'aller vers le monde
et l'autre en l'interrogeant
pour le découvrir,
apprendre de lui grâce
aux échanges possibles entre lui et moi,
ce qui d'ailleurs ne signifie pas
que je doive renoncer à mes principes,
aux valeurs qui m'ont été transmises
et que j'essaie de partager,
6) Ainsi si le chrétien
a droit à l'erreur,
il a aussi le devoir de rectifier.
Comme le dit le philosophe Karl POPPER:
"L'homme est le seul être vivant
bénéficiant de l'extraordinaire chance
de pouvoir faire mourir ses idées à sa place...
il est vital
pour la société ouverte
de douter que nous détenions la vérité.
Mais il est mortellement dangereux
de douter qu'on puisse
la trouver...",
7) L'Eglise n'échappe pas
à cette réalité:
elle a pu se tromper.
Chacune des communautés éclésiastiques
est confrontée avec le rendez-vous
douloureux de ses propres erreurs
et de ses errements
à reconnaître et à
surmonter.
Sur ce chemin,
elle doit être habitée par ce Sauveur,
qui est déjà venu,
et qui bientôt, reviendra,
Lui "qui est notre paix...
qui a renversé le mur de séparation,
l'inimitié.."
(Ephésiens 2).
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