Dans
la Bible,
« saint » signifie
mis à part, séparé
pour être rendu puissant
par Dieu. Est donc sainte la
colère qui me sépare du chaos
douloureux où je suis englouti-e, et
celle qui me sépare de ces humains hostiles,
incompétents ou indifférents auxquels
je me raccrochais désespérément.
Est également sainte la colère
qui me sépare des images
stéréotypées de
moi-même
que
sont
« victime »,
« coupable »,
« parfait-e », « maudit-e »,
« gentil-le », etc. Est sainte,
encore, la colère qui me sépare
de ces représentations mortifères de Dieu
dont j'avais si longtemps nourri ma foi
et que je me donne enfin le droit
de rejeter. . Le chapitre
24 de Job est un
modèle du
genre,
d’une modernité
étonnante : est sainte
la colère qui rompt avec tout
système philosophique ou religieux
que contredit l'expérience des humains,
et même, l'expérience d'un seul être humain.
Si l’on en croit le livre de Job, la sainte
colère d'une seule personne
est susceptible de
désamorcer
toute
une idéologie
religieuse et sociopolitique,
et les comportements intégristes
qui en découlent !
Au ch.
24 ,
commente
R. de Puny, Job va
d'une manière impressionnante
étendre au domaine social le réquisitoire
qu' il dressait au sujet de son drame personnel
. Son propre malheur n'est pas sa seule
occasion de révolte, mais non
moins celui de tous les
pauvres,
de tous
les
exploités. […]
Nulle part ailleurs
on ne trouve autant de
matériaux anti-religieux que
dans la Bible [...]. Le procès que la pensée
moderne intente à Dieu n'est qu'un
faible et dérisoire écho de
celui que Job lui
intente

Une
sainte
colère n'en
reste pas au simple
plaisir de refuser et de se
séparer. Puissance de libération
par rapport à tout le mal qu'on a subi
et intériorisé, elle vise en fait autre chose
qu'elle-même: elle est le sésame de cette
violence paradoxale qui ouvre à la prise
de conscience imprévisible du pouvoir
de pardonner. Puissance de refus
de tout ce qu'on n'est pas
essentiellement, elle
tend à mettre
fin aux
dysfonctionnements
aliénants et à faire accéder
à la paix de l'être. Dans la Philocalie
des Pères , Isaïe l'anachorète note
que « sans colère il n'y aurait pas de
s'irritait pas contre tout ce
qui est semé en lui par
l'Ennemi
[...].
L Basset
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