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2010-11-01T09:09:00+01:00

Rien à faire, rien à dire

Publié par sulamite -

 

 

 

 

 

 

 

Mc 15 40

Quelques

femmes étaient là

, elles aussi, et regardaient de loin.

Parmi elles, il y avait Marie du

villagede Magdala,

Marie, la mère

de Jacques

le jeune

et de Joses,

et Salomé. Elles

avaient suivi Jésus et l'avaient servi quand

il était en Galilée.Il y avaitlà également

plusieurs autres femmes

qui étaient montées

avec lui à

Jérusalem.

 




 

À Golgotha,

tout au pied de la croix,

une foule bigarrée, des soldats, des passants,

des grands prêtres, des scribes. Une foule anonyme,

bruyante, agitée. Une foule qui crie des insultes,

des moqueries, des blasphèmes ; une foule

qui ose des gestes de

railleries

même.

Aux cris de

ces hommes répond le cri,

unique, de Jésus en croix, le cri qui le libère

d'une agonie ordinairement interminable,

cri prémonitoire de la délivrance.

Et ce cri parvient aux

femmes qui sont là,

à distance,

sans mot, fixant

de leur regard la croix.

De nombreuses femmes muettes,

désormais désoeuvrées, sans paroles,

sans gestes… Et parmi elles,

des femmes connues

et reconnues,

des femmes

nommées:

une femme disciple,

Marie de Magdala, et deux mères

de disciples, l'autre Marie et Salomé.

Assistantes qui suivaient et servaient le

Maître en Galilée.Assistance de

femmes qui marque ce jour

de deuil, assistance de

femmes qui ne

sombreront

pas dans

l'oubli

. Présences

si fortes que l'évangéliste

les voit, les reconnaît, les nomme.

Femmes muettes dont la parole n'avait

aucune valeur, qui, pourtant, sont à tout jamais

témoins-clef dans le témoignage public 

des quatre évangélistes.

Femmes qui sont,

parce qu'elles

sont là!

Mais que font

ces femmes à la croix ?

Elles ne font rien. Elles ne disent rien.

Pas comme ce badaud qui tend une éponge

de vinaigre avec cruauté.

Pas comme les gardes

et ceux qui sont

crucifiés avec

Jésus qui insultent

le condamné.Pas comme ce

centurion qui confesse sa foi.

Pour elles, il n'y a plus rien à faire

. Fini le temps du service…Plus d'accès

possible au souffrant,plus de gestes adéquats

,plus de paroles appropriées,pas

même un cri, une larme,

un soupir, une

prière…

L'impuissance

infinie devant l'abomination.

Témoins de détresse sans nom,

de douleurs sans fin, elles savent qu'il

n'y a rien à faire. Quand les recours sont épuisés,

quand les révoltes sont écrasées,quand

tout a été tenté, et qu'il n'y a plus

rien à faire, les femmes

au piedde la croix,

les femmes

au pied

de la souffrance

infinie,de l'échec et

de la mort, saventl'admettre et rester.

Rester et regarder.Mais quel

est leur regard ?


Blanc

du texte…

Pourquoi l'évangéliste

ne qualifie-t-il pas ces regards ?

Comment admettre des

regards qui ne

parlent pas ?

Regards

muets

qui renvoient à la

conscience,qui reflètent la crucifixion

et l'horreur sans nom.Faire face.

Recevoir.Se rendre présent

et rendre présent ce qui

se passe

.Regard

à la jonction entre

ce qui se passe

au-dedans

et au-dehors.

Regard

qui donne du

poids à l'événement.Elles regardent

à distance, distance dans

le temps,distance

dansl'espace.

Il est

trois heures,

il est neuf heures, le temps

glisse sur elles, immobiles, hors du

temps, mais présentes au cri de délivrance,

présentes à l'instant présent, à l'événement fondateur.

Distantes dans un éloignement qui rend

témoignage de leur impuissance,

de l'impossibilité de

faire pression, de

changer le

cours des choses.

Distance de celles

qui n'ont pas de solution. De celles

qui savent qu'elles ne pourront pas aller plus loin,

que s'arrête là leur assistance.

l'heure n'est pas

d'abord

aux mains, mais aux yeux.

L'heure n'est pas à l'immédiateté

ou à la proximité. C'est l'heure à présent de la passivité,

de l'inaction, du rien faire, du ne plus pouvoir,

de la présence en retrait, du retrait

dans la présence …

Bien loin

de l'indifférence,

du détachement, du voyeurisme

ou de la complaisance … pour laisser

toute la place

au cri.

 

 

 


 

 

 


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