Mc 15 40
Quelques
femmes étaient là
, elles aussi, et regardaient de loin.
Parmi elles, il y avait Marie du
villagede Magdala,
Marie, la mère
de Jacques
le jeune
et de Joses,
et Salomé. Elles
avaient suivi Jésus et l'avaient servi quand
il était en Galilée.Il y avaitlà également
plusieurs autres femmes
qui étaient montées
avec lui à
Jérusalem.
À Golgotha,
tout au pied de la croix,
une foule bigarrée, des soldats, des passants,
des grands prêtres, des scribes. Une foule anonyme,
bruyante, agitée. Une foule qui crie des insultes,
des moqueries, des blasphèmes ; une foule
qui ose des gestes de
railleries
même.
Aux cris de
ces hommes répond le cri,
unique, de Jésus en croix, le cri qui le libère
d'une agonie ordinairement interminable,
cri prémonitoire de la délivrance.
Et ce cri parvient aux
femmes qui sont là,
à distance,
sans mot, fixant
de leur regard la croix.
De nombreuses femmes muettes,
désormais désoeuvrées, sans paroles,
sans gestes… Et parmi elles,
des femmes connues
et reconnues,
des femmes
nommées:
une femme disciple,
Marie de Magdala, et deux mères
de disciples, l'autre Marie et Salomé.
Assistantes qui suivaient et servaient le
Maître en Galilée.Assistance de
femmes qui marque ce jour
de deuil, assistance de
femmes qui ne
sombreront
pas dans
l'oubli
. Présences
si fortes que l'évangéliste
les voit, les reconnaît, les nomme.
Femmes muettes dont la parole n'avait
aucune valeur, qui, pourtant, sont à tout jamais
témoins-clef dans le témoignage public
des quatre évangélistes.
Femmes qui sont,
parce qu'elles
sont là!
Mais que font
ces femmes à la croix ?
Elles ne font rien. Elles ne disent rien.
Pas comme ce badaud qui tend une éponge
de vinaigre avec cruauté.
Pas comme les gardes
et ceux qui sont
crucifiés avec
Jésus qui insultent
le condamné.Pas comme ce
centurion qui confesse sa foi.
Pour elles, il n'y a plus rien à faire
. Fini le temps du service…Plus d'accès
possible au souffrant,plus de gestes adéquats
,plus de paroles appropriées,pas
même un cri, une larme,
un soupir, une
prière…
L'impuissance
infinie devant l'abomination.
Témoins de détresse sans nom,
de douleurs sans fin, elles savent qu'il
n'y a rien à faire. Quand les recours sont épuisés,
quand les révoltes sont écrasées,quand
tout a été tenté, et qu'il n'y a plus
rien à faire, les femmes
au piedde la croix,
les femmes
au pied
de la souffrance
infinie,de l'échec et
de la mort, saventl'admettre et rester.
Rester et regarder.Mais quel
est leur regard ?
Blanc
du texte…
Pourquoi l'évangéliste
ne qualifie-t-il pas ces regards ?
Comment admettre des
regards qui ne
parlent pas ?
Regards
muets
qui renvoient à la
conscience,qui reflètent la crucifixion
et l'horreur sans nom.Faire face.
Recevoir.Se rendre présent
et rendre présent ce qui
se passe
.Regard
à la jonction entre
ce qui se passe
au-dedans
et au-dehors.
Regard
qui donne du
poids à l'événement.Elles regardent
à distance, distance dans
le temps,distance
dansl'espace.
Il est
trois heures,
il est neuf heures, le temps
glisse sur elles, immobiles, hors du
temps, mais présentes au cri de délivrance,
présentes à l'instant présent, à l'événement fondateur.
Distantes dans un éloignement qui rend
témoignage de leur impuissance,
de l'impossibilité de
faire pression, de
changer le
cours des choses.
Distance de celles
qui n'ont pas de solution. De celles
qui savent qu'elles ne pourront pas aller plus loin,
que s'arrête là leur assistance.
l'heure n'est pas
d'abord
aux mains, mais aux yeux.
L'heure n'est pas à l'immédiateté
ou à la proximité. C'est l'heure à présent de la passivité,
de l'inaction, du rien faire, du ne plus pouvoir,
de la présence en retrait, du retrait
dans la présence …
Bien loin
de l'indifférence,
du détachement, du voyeurisme
ou de la complaisance … pour laisser
toute la place
au cri.
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