Il y a
quelque temps
à Vienne, un vieux rabbin new-yorkais
est venu parler de
la Tradition.
À la question qui
lui fut posée :
« Pourquoi
avoir attendu
plus de cinquante ans
pour revenir dans sa ville
natale? »
Voilà ce qu'il répondit :
Je suis vieux et je vais mourir
. Alors je me suis demandé :
que puis-je encore faire pour cette terre
avant de la quitter?
Et la réponse a fusé, claire :
Ôte de cette terre
toute trace de ta souffrance!
Je me suis souvenu qu'il restait à Vienne
une trace oubliée
. Enfant,
j'ai été agressé sur le chemin de l'école
par de jeunes nazis,
blessé de jets de pierres
et laissé dans mon sang sur le pont de S.
Ce matin,
très tôt, avant que la ville
ne s'éveille, je suis retourné sur ce lieu.
J'ai retrouvé le pont.
J'ai retrouvé l'enfant.
Il paraissait se protéger encore
les yeux de ses mains et pleurait.
Je l'ai aidé à se relever,
je l'ai serré contre moi,
je lui ai dit :
« Viens, petit, viens.
Je t'emmène. Désormais, tout est accompli.
Nous sommes libres toi et moi ».
Et nous sommes partis ensemble
la main dans la main.
Aussi, voyez-vous,
il ne reste plus de moi aucune souffrance
qui pourrait hanter
la ville.
Aucune vitre
n'est plus ternie par mon souffle anxieux!
Voilà pourquoi je suis revenu
et voilà pourquoi
je pars
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