Le Psaume 23
est un psaume très court
de six versets et qui pourtant a fait couler
beaucoup d’encre.
D’abord quelques mots
sur le contexte dans lequel on situe
en général, ce psaume c’est-à-dire
parmi les Psaumes 23 à 28,
où l’on reprend
le même titre
«À David» (le-David)
et où réapparaît, comme ici,
le thème de l’entrée dans le sanctuaire.
Je m’écarterai volontairement
de la dimension individuelle
de ce Psaume qui
«creuse»
l’expérience clamée,
du fond de son désespoir,
par le suppliant du Psaume 22,2
«Mon Dieu, mon Dieu
pourquoi m’as-tu abandonné?»,
ou celle du Psaume 5,9
où le roi David demande
«Éternel, dirige-moi dans ta justice
à cause de mes adversaires»,
verset auquel auquel fait écho ici le v. 3,
«Il restaure mon âme, me dirige dans les
sentiers de la justice».
Certes, le psalmiste
passe du discours sur Dieu à la
3e personne du singulier (v. 1-3)
à l’apostrophe à la 2e:
«Je ne craindrai aucun mal,
car tu seras avec moi» (v. 4).
La rencontre autour de la table
dressée entre le Berger et son hôte
et l’espoir individuel du roi David, comme dans
les Psaume 27 et 92, de retourner dans la maison de Dieu
sont tout à fait parlants. J’y reviendrai.
Mais je ne résiste pas à la
Tradition rabbinique du Midrach
, suivant la tradition plus ancienne du Targoum
qui ouvre sa paraphrase araméenne
en privilégiant la dimension
collective du Psaume
Un psaume
à propos du peuple d’Israël
Pour cette tradition,
le Psaume 23 parle du peuple d’Israël.
Dieu est son berger. Il a comblé tous
ses besoins dans le désert
. C’est ce que dit le
Midrach qui, sur
«Je ne manquerai de rien» (v. 1)
, décrit l’infinie générosité de Dieu envers
les Israélites dans le désert,
«ces 40 ans où votre Dieu»,
est-il dit en Deut 2,7,
«a été avec vous et que rien
ne vous a manqué» .
Ces 40 ans,
c’est-à-dire la période entière,
puisqu’au dernier jour dans 40 ans
Dieu était aussi généreux qu’au premier!
Rabbi Né’hémia dit:
«Ils n’ont manqué de rien.
Ils pouvaient en effet,
ajoute ce midrach, donner le goût
qu’ils souhaitaient à la manne qui tombait.
Ce sont ici «les vertes prairies»
où Dieu a fait camper
son peuple (v. 2).
Ainsi, au v. 3,
«il restaure mon âme»
signifie que Dieu ne conduit pas son Troupeau
inconsidérément en le poussant rapidement
d’un pâturage à l’autre;
au contraire,
il le mène tout doucement
pour ne jamais exténuer ses brebis.
«Il me dirige vers les sentiers de la justice»,
ce sont les nuées de gloire
qui entoureraient les Hébreux et aplanissaient
la route devant eux –dit encore le Midrash–
abaissant les montagnes et relevant
les gorges profondes
afin que les enfants d’Israël puissent
suivre une route droite exempte
de détours ou d’obstacles.
«Dussé-je suivre la sombre vallée
de la mort» (v. 4).
Si l’exégèse classique
y voit les taches épaisses
ou l’ombre de la mort, en opposition au séjour
dans le Temple dans lequel David se fraye son chemin,
la Tradition rabbinique revient sur cette assistance
de Dieu à son peuple, en se fondant
sur le livre de Jérémie (2,6)
à propos du
«pays de sécheresse et d’ombres mortelles»
où le verset s’applique au désert
de l’Exode, pays aride et obscur que Dieu
a fait traverser à Israël,
alors que personne ne le parcourt.
L’expression rappelle aussi le Psaume 44,20
qui lui aussi évoque l’Exode,
quand Israël était recouvert «des ombres de la mort».
La Tradition orale, le Targoum déjà,
voit aussi dans le désert le
paradigme de l’Exil.
À propos du début du v. 5,
«Tu dresses la table devant moi»,
le Midrach dit
«que ces paroles s’adressent
aux nations qui ont vu Israël fuir l’Égypte
et s’engager dans le désert».
Ils ont alors raillé:
«Ce peuple va certainement périr dans le désert.»
Le Psalmiste rapporte leurs propos:
«Dieu peut-il préparer une table pour
eux dans le désert?»
Ps 78,19
Sans doute,
Il a frappé un rocher et les eaux ont jailli,
des torrents se sont précipités.
Mais pourra-t-il aussi donner du pain?
Sera-t-il capable d’apprêter de
la viande à son peuple?
Que fait Dieu?
Il les a entourés de nuages protecteurs
et il est tombé tant de manne
qu’elle s’est accumulée jusque bien haut dans le ciel,
pour que les peuples la voient
. Et au moment où Israël a commencé à manger
, il a offert sa louange à Dieu en disant:
«Tu dresses la Table devant moi
à la face de mes ennemis.»
«Tu parfumes d’huile
ma tête, ma coupe déborde» (v. 5)
. En se basant sur
le sens littéral du verbe dachén,
«imprégner de graisse»,
le Midrach comprend la première expression
comme une référence aux oiseaux
succulents que Dieu a envoyés
à son peuple au désert.
Cela symbolise
encore les bienfaits divins,
tout comme la coupe royale, allusion
, dit encore le Midrach, aux eaux qui
s’élancaient librement, perpétuellement
, du puits de Myriam.
«Le bonheur et la grâce
m’accompagneront ma vie durant» (v. 6).
Ces termes décrivent
le profond souci de Dieu pour le
bien-être spirituel du peuple juif, qui se manifeste
par l’effort divin de lui enseigner ses voies.
Le «bien» et la «grâce»
sont deux dimensions de l’être
qui doivent devenir un mode de vie
constant et irréversible
, une seconde nature qui ne laisserait place
à aucune défaillance.
«Et j’habiterai de longs jours
dans la Maison de l’Éternel» (v. 6):
sans répit et quasiment comme un otage
, par la mission qui lui est confiée,
le peuple juif continue sa route à travers
sa recherche du bien et
de la grâce.
°°°
.
/image%2F0554638%2F201304%2Fob_3bfaef39b11098f302fba08b1971c8ac_37030251.png)
commentaires