La
prière
n'est pas le
moindre des liens
de l'amour qui nous
relient à Dieu : elle nous habitue
à converser avec lui et
nous conduit à aimer
la véritable
sagesse.
***
Prier,
c'est bien
simple, mais
c'est la chose la
plus difficile,
la plus
rare
Notre
coeur est
inquiet jusqu'à ce
qu'il trouve en
Dieu le
repos.
Dieu
est le Dieu
du présent. Tel il
te trouve, tel il te prend et t'accueille
non ce que tu as été,
mais ce que tu es
maintenant.
Tout
désir qui
appelle Dieu en
nous est déjà
une
prière
Jean
Sébastien
Bach en 1735,
a écrit un livre sur
sa famille, où il fait le récit
de la vie de son ancêtre Veit Bach
. C’était un luthérien qui vivait en Hongrie
au XVI°s, parti de son pays pour vivre
sa foi en Allemagne en Thuringe,
berceau de la
Réforme.
Meunier, il avait
vendu tous
ses biens
en
Hongrie,
et il racheta
un moulin en Thuringe.
Tandis que les meules broyaient
le grain, il jouait de la cithare. Et Jean
Sébastien Bach conclut ce récit en
écrivant : « Au moins, mon
ancêtre a appris le
sens de la
mesure
Nous
sommes tous
écrasés par le poids
des soucis, l’usure de la vie,
broyés par la meule de nos angoisses
, des difficultés de l’existence. Alors
pour garder la mesure dans
nos cœurs désordonnés
où s’accrochent tant
d’émotions, pour
permettre aux
sédiments
de l’être
de
se reposer
loin de l’agitation,
pour s’ouvrir à la présence
de Dieu, il nous faut en quelque
sorte une cithare, la cithare
de Veit Bach est ici la
figure même de la
prière.
Une
prière qui
ne sert à rien si
on se place sous l‘angle
de la productivité, sous l‘angle
du rendement, sous l’angle de la meule
qui écrase. Poser la question
à quoi sert la prière revient
à demander à quoi sert
la musique.
Pour
Veit Bach,
la cithare vibrait
à l’essentiel.Reprenant
ce qui a été dit depuis
l’évangile de Marc
la prière
c’est
aussi ce
questionnement
sur ma présence au
monde, ce travail du silence
où j’entends le projet de Dieu
pour moi, c’est le lieu
privilégié d’une
rencontre
où je
suis
appelé
à me déplacer
ailleurs, à poser
des actes, à porter
des paroles, à assumer
des responsabilités
dans ce monde.
Oui, dans
ce monde
de
plus en
plus confus
où prolifère le rien,
où la laideur s’étale partout,
où la violence se démultiplie,
où nous sommes soi-disant
tous connectés mais
où dans le même
temps, nous
assistons
à la
disparition
du principe de
« la prééminence
de l’autre », dans
ce monde où fuir semble
être une réponse, et, désespérer,
une tentation, la prière
est une nécessité
vitale…
« Au
matin
de la nuit noire,
Jésus se leva, sortit
et s’en alla dans un
lieu désert et là,
il priait ».

Marc
précise :
Jésus se lève
au matin, à la nuit
noire. Cette indication
de temps rappelle étrangement
le récit de la résurrection
où les femmes se lèvent
elles aussi au matin,
à la nuit noire,
à la recherche
du corps de
Jésus.
Marc
en
rapprochant
ces deux récits, a
certainement une intention
théologique. Peut-être veut-il
nous dire que « Prier » c’est
se situer dans un
mouvement,
une
dynamique
de résurrection.
« Prier » n’a jamais
été « fuir » ou « déserter »
le monde, mais puiser dans le
silence le courage d’être. Prier c’est
reconnaître en Christ, « Le Vivant »,
une force d’arrachement à la nuit
de ce monde et une force
d’engagement, de
proclamation
et d’espérance.
Amen.
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