Pour que
l’amandier naisse
il faut que l’amande meure.
A la fin de l’automne,
pendant les pluies,
avant le grand froid,
le jardinier enfonce l’amande
profondément dans la terre.
Après la froidure de l’hiver,
après la pluie du printemps,
avant la grande chaleur de l’été,
la dure écorce du noyau
pourrit donnant naissance au germe.
L’écorce s’interroge avec inquiétude :
“ Comment moi, dur noyau, je pourris
et ce tendre germe se dilate ? “
C’est la dissolution de l’écorce !
L’absurde !
La perte des références!
La nuit obscure !
Le jardinier ne dit pas à l’enfant
qui l’accompagne :
" Regarde, l’amande est en train de pourrir"
mais :

" Regarde,
l’amandier est
en train de naître".
La mort pousse la vie à naître !
Après un certain temps les racines
transpercent la croûte de la terre
pour s’enfoncer dans le ciel.
Le tronc quittant les ténèbres,
sans rompre avec elles,
grandit dans le vide de l’espace
où il contemple la lumière du soleil.
Les branches s’élèvent en forme de coupe
donnant, après les feuilles et les fleurs, les fruits.
Une nouvelle amande tombe en automne dans la terre
afin que le cycle de la vie
se perpétue
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