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Marthe s'affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : "Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m'ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m'aider." Luc 10/40
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Le récit ci-dessous
est extrait de l'ouvrage
"Femmes de terre et femmes du ciel"
écrit par Laurence Fouchier
, pasteur de l'Eglise réformée de France,
en poste dans la région parisienne.
Laurence Fouchier est
aussi comédienne.
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Travailler, travailler, travailler, je ne veux plus travailler. Notre ami de Nazareth vient chaque samedi chez nous pour déjeuner. Ils sont de plus en plus nombreux à l'accompagner. Ils discutent au salon. Ma sœur Marie, au lieu de m'aider, s'assoit près de lui
et l'écoute parler. dans cette famille, il y a ceux qui travaillent, et ceux qui les regardent faire. Moi, je pense que Marie est une tire-au-flanc ! Est-ce que je
philosophe, moi ? attendent le déjeuner ! |
Comme d'habitude,
je suis seule pour tout faire.
Ils s'installent, pendant que je cours
dans tous les sens.
Les boulettes de viande ne sont pas prêtes,
les herbes ne sont ni lavées,
ni hachées, l'ail n'est pas épluché,
l'agneau est coupé mais pas cuit,
les marinades apprennent à nager
dans l'huile d'olive,
et les fruits ne sont pas disposés
dans la corbeille.
Tout est
sens dessus dessous.
Pour couronner le tout,
en tirant les galettes du four,
je me brûle.
Le plat de viande tombe et se casse.
Fatiguée de lutter contre
les éléments, je vais chercher Marie.
Non seulement elle ne bouge pas,
mais en plus notre ami de
Nazareth me dit :
« Marthe, pourquoi tu t'agites autant ?
Fais comme Marie,
elle a choisi la meilleure place.
Viens t'asseoir avec nous. »
Là, c'est la goutte d'eau
qui fait déborder le vase.
Nous sommes vingt-cinq.
Rien n'est prêt, et lui trouve normal
que ma sœur reste là, assise, à l'écouter.
Les bras m'en tombent.
Ecœurée, je retourne à la cuisine.
Je me remets au travail.
Cette Marie...
Ah si je pouvais passer
mes nerfs sur elle !
Ça me ferait un bien fou !
Un peu plus tard,
je leur apporte le repas, enfin, ce que j'en ai sauvé.
À leur tête je devine que
c'est un désastre.
Les boulettes sont trop cuites,
l'agneau pas assez, et les marinades
trop épicées, les fruits mal choisis,
et le pain trop sec.
Je repars à la cuisine,
et je craque.
Le soir, quand tout le monde est parti,
Marie vient s'asseoir près de moi
comme s'il ne s'était rien passé,
et me raconte ce qu'elle a découvert.
Comme si
je n'avais que ça à faire !
Je m'en fiche de sa théologie,
et royalement !
Elle continue comme si
de rien n'était.
Elle dit :
« Cesse de t'agiter, Marthe.
Ton attitude ne fait pas avancer
les choses plus vite.
Viens avec nous
la prochaine fois, et profite de
l'enseignement du Maître.
Il ne sera peut-être pas toujours là. »
Puis elle finit de ranger la cuisine.
Je la laisse seule.
J'en ai assez fait pour aujourd'hui
. Le jour où elle comprendra
qu'il faut vraiment s'y mettre pour
que le monde avance,
on inaugurera la semaine
des deux Sabbats.
C'est pourtant simple.
Les hommes au salon, les femmes à la cuisine.
Même mon frère la soutient.
Et si elle avait
raison ?
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