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2010-04-30T06:59:00+02:00

Marthe ! Elle court, elle court (1 )

Publié par sulamite -

 

 

Marthe s'affairait

à un service compliqué.

Elle survint et dit :

"Seigneur,

cela ne te fait rien que ma sœur

m'ait laissée seule à faire le service ?

Dis-lui donc de m'aider." 

Luc 10/40 


 

 

Le récit ci-dessous

est extrait de l'ouvrage

"Femmes de terre et femmes du ciel"

écrit par Laurence Fouchier

, pasteur de l'Eglise réformée de France,

en poste dans la région parisienne.

Laurence Fouchier est

aussi comédienne.



 

Travailler, travailler,

travailler, je ne veux plus travailler.

Notre ami de Nazareth

vient chaque samedi chez nous pour déjeuner.

Ils sont de plus en plus nombreux

à l'accompagner.

Ils discutent au salon.

Ma sœur Marie, au lieu de m'aider,

s'assoit près de lui

et l'écoute parler.
Comme le disait mon père,

dans cette famille, il y a ceux qui travaillent,

et ceux qui les

regardent faire.

Moi, je pense que

Marie est une tire-au-flanc !

Est-ce que je

philosophe, moi ?
Surtout quand vingt-cinq personnes

attendent le

déjeuner !

 


Comme d'habitude,

je suis seule pour tout faire.

Ils s'installent, pendant que je cours

dans tous les sens.

Les boulettes de viande ne sont pas prêtes,

les herbes ne sont ni lavées,

ni hachées, l'ail n'est pas épluché,

l'agneau est coupé mais pas cuit,

les marinades apprennent à nager

dans l'huile d'olive,

et les fruits ne sont pas disposés

dans la corbeille.

Tout est

sens dessus dessous.

Pour couronner le tout,

en tirant les galettes du four,

je me brûle.

Le plat de viande tombe et se casse.

Fatiguée de lutter contre

les éléments, je vais chercher Marie.

Non seulement elle ne bouge pas,

mais en plus notre ami de

Nazareth me dit :

« Marthe, pourquoi tu t'agites autant ?

Fais comme Marie,

elle a choisi la meilleure place.

Viens t'asseoir avec nous. »

Là, c'est la goutte d'eau

qui fait déborder le vase.
Nous sommes vingt-cinq.

Rien n'est prêt, et lui trouve normal

que ma sœur reste là, assise, à l'écouter.
Les bras m'en tombent.
Ecœurée, je retourne à la cuisine.

Je me remets au travail.

Cette Marie...

Ah si je pouvais passer

mes nerfs sur elle !

Ça me ferait un bien fou !
Un peu plus tard,

je leur apporte le repas, enfin, ce que j'en ai sauvé.
À leur tête je devine que

c'est un désastre.

Les boulettes sont trop cuites,

l'agneau pas assez, et les marinades

trop épicées, les fruits mal choisis,

et le pain trop sec.
Je repars à la cuisine,

et je craque.

Le soir, quand tout le monde est parti,

Marie vient s'asseoir près de moi

comme s'il ne s'était rien passé,

et me raconte ce qu'elle a découvert.
Comme si

je n'avais que ça à faire !
Je m'en fiche de sa théologie,

et royalement !

Elle continue comme si

de rien n'était.

Elle dit :
« Cesse de t'agiter, Marthe.

Ton attitude ne fait pas avancer

les choses plus vite.

Viens avec nous

la prochaine fois, et profite de

l'enseignement du Maître.

Il ne sera peut-être pas toujours là. »

Puis elle finit de ranger la cuisine.

Je la laisse seule.
J'en ai assez fait pour aujourd'hui

. Le jour où elle comprendra

qu'il faut vraiment s'y mettre pour

que le monde avance,

on inaugurera la semaine

des deux Sabbats.

C'est pourtant simple.
Les hommes au salon, les femmes à la cuisine.
Même mon frère la soutient.

Et si elle avait

raison ?

 

 


 


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