Quelle
est la liberté
de l’homme dans sa vie ?
Est-il soumis à la volonté de Dieu
ou est-ce à lui de décider de sa
route ? Les deux sont-ils
incompatibles ?
À l’homme
les
projets ;
au Seigneur
la réponse. Toutes les
voies de l’homme sont pures à
ses yeux, mais c’est le Seigneur qui pèse
les coeurs. Expose ton action au Seigneur
et tes plans se réaliseront. […] Le coeur
de l’homme étudie sa route,
mais c’est le Seigneur
qui affermit ses pas.
Pr 16,1-3
et 9
Le
livre des
Proverbes nous
offre un manuel de
stratégie spirituelle à la
géométrie plutôt surprenante !
Il s’agit d’une combinaison subtile de
libre entreprise, de créativité humaine, de
patiente prospective et de tranquille
soumission à la volonté divine,
instance ultime en
matière
de
destinée
humaine.
Quels que soient
la finesse de son calcul,
la profondeur de sa sagesse,
le soin avec lequel l’homme s’applique
à planifier son avenir, il n’en maîtrise que très
partiellement le mystère. Le discernement
du chemin à suivre devient ainsi une
composante importante
de toute spiritualité.
Contrairement à
la conception
qui
apparaît
dans la Thora,
selon laquelle Dieu
conduit son peuple au moyen
de la nuée (non sans l’aide d’un guide
autochtone), le livre des Proverbes suppose que
Dieu ne révèle pas d’emblée à l’homme
la voie à suivre, mais lui laisse étudier
sa route et élaborer des projets.
À la vision surnaturelle,
les Proverbes de
sagesse
substituent
ainsi le tâtonnement
par essais progressifs. Est-ce
une perte de performance spirituelle ?
Pas vraiment, d’ailleurs les deux pistes ne
s’excluent pas totalement : dans les Proverbes
aussi, c’est Dieu qui en définitive conduit !
Pourquoi dès lors soumettre l’homme à
cette recherche hésitante de sa voie ?
Parce que, bien davantage
qu’une dictée
spirituelle,
les
projets
que l’homme
entreprend de sa propre
initiative, quelle que soit par ailleurs
leur issue plus ou moins favorable,
lui révèlent sa véritable nature,
ses aspirations les plus
profondes.
Au
travers
de cette recherche,
l’homme apprend à mesurer
les possibilités et les limites de son être.
En prenant conscience de ses motivations,
il affine la différence entre ambition et vocation.
Et ce travail de décantation ne se fait
pas sans une part de souffrance,
car l’homme y expérimente
la frontière entre
le deuil
de
l’impossible
et la persévérance
vers le réel. Cette
frontière fine est l’épreuve
de la vie. La voie choisie, en définitive,
est décrite comme révélatrice de la pureté du
coeur, ce qui incite l’homme qui recherche son orientation
à exposer ses pensées intimes devant Dieu, aussi
contradictoires soientelles, en percevant
son avenir autant comme un don
à accueillir que comme
un terrain à
conquérir.
G Bourquin
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