La place
tellement dominante
du corps dans notre société
conduit à en faire une idole.
" L'image
publicitaire qui,
dans une espèce d'escalade
exhibitionniste, affiche la nudité des corps,
et l'imagerie médicale (scanner, etc.)
qui donne à voir le
caché du corps.
L'absence
de pudeur, si caractéristique
de notre époque, est sans doute
liée à la manière dont aujourd'hui on conçoit le
corps comme " corps-objet ". Elle surgit lorsque le corps
est dissocié de l'esprit et que, l'existence et la dignité
du sujet, c'est-à-dire de la personne
à part entière, sont
occultées.
1.Dieu
créateur du
corps
Dans
la perspective biblique
, la dignité du corps était due au fait
que Dieu n'était pas seulement l'auteur du corps du premier homme,
mais encore celui de chaque individu
Non seulement
Dieu
donne conception
mais il forme le fœtus dans le sein
de la mère. L'activité créatrice de Dieu
est comparée à celle d'un tisserand ou au travail
du potier. La Genèse parle en des termes
semblables de la création de l'homme.
Dans le premier chapitre,
le verbe
traduit par
créer, réservé à l'activité divine,
est employée comme pour souligner le caractère unique
de 1'œuvre de Dieu qui crée l'être humain - l'homme et à la femme -
à son image. Dans le deuxième chapitre, le verbe traduit
par façonner, qui est employé met l'accent
sur la créativité artistique
et sur l'invention
qui suppose
imagination et habileté
. Dans l'évocation de la création
de la femme, " le Seigneur forma une femme de la côte ",
le verbe utilisé pourrait être rendu par " construire ".
Une seule autre fois ce verbe est employé
pour évoquer l'activité créatrice divine.
Celle-ci est comparable
à l'œuvre d'un
architecte.
Ce qui est souligné
ici avec force c'est que le corps
humain est une œuvre qui résulte d'une intention
et d'une intervention particulières
du Créateur
L'homme
créé en l'image
de Dieu
Non-autonome,
l'homme est néanmoins
un être unique. Son identité se définit
dans une relation avec son ultime vis-à-vis où l'altérité
est respectée et la communion n'est pas synonyme de fusion
ou de confusion. C'est dans le cadre de cette alliance
de vie que la notion de " l'homme créé en
l'image de Dieu "
et le mandat
culturel
qui en découle
prennent toute leur signification.
L'homme a pour tâche de gérer et d'exploiter
la création et ses ressources avec intégrité et bienveillance sachant
qu'il a des comptes à rendre à son
ultime vis-à-vis.
Les études
relatives à l'anthropologie
biblique ont fortement souligné, ces dernières années
, l'unité psychosomatique de l'homme. Elles ont réagi contre toute idée
de dualité et, en particulier, contre l'idéalisme du XIXe siècle.
Ainsi, l'homme n'a pas un corps, il est un corps.
Il est nécessaire de réaffirmer
cet aspect de
l'enseignement biblique.
On évite ainsi la notion de l'immortalité
de l'âme telle que la présente l'animisme ou la pensée platonicienne,
par exemple. Mais il existe un autre piège à éviter :
celui de la mentalité moderne qui réduit l'homme
à une dimension purement horizontale,
à ses composantes biologiques,
chimiques, neurologiques
ou psychologiques.
La dualité
est, elle aussi, présente
dans les récits de la Genèse.
Elle permet de souligner la spécificité
de l'être humain. Certes, l'homme est un " terrien ",
il s'apparente aux êtres vivants en général,
mais il s'en distingue par ailleurs.
Le souffle qui l'anime
est à la fois
vital et
personnel
. Doué d'intelligence
et de créativité, c'est un être libre
et responsable doté d'une conscience morale.
Il pense et communique, aime dans la fidélité et choisit en vue d'agir.
Les mots et les concepts qui expriment cette spécificité
ont des sens variés et ils ne sont pas toujours
employés avec précision
. La mentalité
biblique affirme donc aussi
la dimension verticale de l'homme.
C'est un être spirituel capable de vivre une relation
consciente avec Dieu qui transcende son corps sans dévaloriser
ce dernier pour autant. Ce " dualisme holistique ", H. Blocher
le résume en ces termes : " l'esprit de l'homme est terrien "
et " le corps de l'homme est l'expression
de son esprit. "
Corps,
et fragilité de la
personne
Pour exprimer
les associations historiques
et externes qui affectent la vie de l'homme,
sa relation avec la nature et l'humanité dans son ensemble,
l'hébreu emploie principalement le terme bâsâr,
chair (en grec, sôma, corps et sarx, chair).
Ce terme souligne en particulier
que l'homme est dépendant
de Dieu, que son
existence
est éphémère
et que sa misère mortelle
est liée à son péché. C'est sans doute
pour cela que ce mot ne s'applique jamais à Dieu.
Employé aussi pour les animaux, il " désigne quelque
chose de commun à l'homme
et à l'animal. " Mais on parle
beaucoup
plus souvent
de la chair(Bâsâr) des animaux
que de leur principe vital (nèfèsh).
À la lumière de ces quelques
considérations, le corps
ne doit pas être
perçu
comme une prison.
Il n'est pas non plus le principe
du mal. Il n'est pas cette 'guenille' qu'on méprise et dont
on voudrait se débarrasser. Le corps tire sa dignité
de ce qu'il est l'œuvre
du Dieu créateur.
Certes,
il peut être défiguré
par la maladie et les aléas de la vie,
sollicité en vue du péché,
il peut devenir
l'agent
et l'instrument
du mal
et
de l'injustice
et même être
dépravé et connaître
la mort. Le corps demeure
néanmoins bon. Le salut si chèrement acquis
à la croix par Jésus-Christ lui permet
de devenir le temple de l'Esprit
tout en lui promettant un
avenir glorieux.
P Berthoud
°°
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