Le
langage
biblique du
corps, aux antipodes
d'un glossaire anatomique,
place chacune des composantes
dans une optique synthétique : non comme
pièce d'un assemblage, mais comme un
aspect de la personne par lequel
l'être entier est exprimé,
dans un symbolisme
parfois déroutant.
L'homme
pense,
désire,
souffre, jubile,
de tout son être et à
travers tout son corps. Il y a, dans
la Bible chrétienne, malgré la diversité des
langues et l'évolution de la foi d'Israël au
cours de la Révélation, une profonde
unité de langage, de système
symbolique, de vision
du monde
Hélas
les
expressions
corporelles, les
symboles et métaphores,
sont le plus souvent occultées dans
nos traductions. L'étude de l'anthropologie
vétéro-testamentaire est essentielle,
non seulement en vue d'une
compréhension profonde
des Évangiles
dont
on sait
combien
ils sont charnels, mais
pour saisir à quel point et comment
la vie chrétienne est
enracinée dans
le corps

Le
langage
biblique, et en
premier lieu l'hébreu,
conserve le lien entre un
organe et ses fonctions, et les
prend comme symboles des réalités
intérieures qu'ils mobilisent. Il ne nie pas
la possibilité d'une duplicité de l'homme :
les psaumes sont pleins de l'opposition
entre les coeurs droits et unifiés
et les coeurs faux. Les
relations entre Dieu
et l'homme ,sa
créature
étant
le
sujet
essentiel
de la Bible, chacune
des réalités du corps humain
(hormis les exceptions significatives
de la chair et des os) est appliquée à Dieu,
de qui toute duplicité est absente. La Bible, si elle
loue chacune des potentialités corporelles de
l'homme, les soupçonne dès qu'elles se
referment sur elles mêmes,
s'écartant de leur
orientation,
qui est
celle
de l'homme
tout entier : le
face-à-face avec Dieu
. Ainsi, ces anthropomorphismes,
cohabitent sans heurts avec l'insistance
biblique sur l'absolue transcendance
de Dieu. La ressemblance avec
Dieu se traduit par une
injonction :
user
de
notre corps,
de notre être, comme
Dieu le fait, malgré l'abyssale
différence entre Lui
et nous.
Pour
les hébreux,
le sujet n'est pas
incarné, mais est charnel
dès le départ. Leur anthropologie
est très différente de la conception grecque
de l'âme incorruptible incarnée
dans un corps. Ce mot
«corps» n'existe
pas en
hébreu, et
n'apparaît pas
dans l'Ancien Testament,
sauf dans les textes sapientiaux
tardifs. Le terme basar, traduit par
«chair», n'est pas restreint aux
aspects matériels, ni lié au
péché. La chair désigne
l'individu
entier
Le
sot se croise
les mains, et mange
sa propre
chair ;
Qo 4,5 :
Gn 6,17,
où Dieu veut
détruire «toute chair »
L'expression «toute chair»
peut désigner l'humanité (Jl 3,1)
ou toute la création animale (Gn 6,19).
Cette même chair, susceptible et
suspectée de péché, trouvera
son accomplissement
en la gloire
de Dieu :
Et
la gloire de
l'Éternel sera révélée, et,
au même instant ,
toute chair la
verra.
Es 40,5
L'
homme...
ses jours sont
comme l'herbe; il fleurit
comme la fleur des
champs
Ps 103,
15
les
aspects
désignés par la
chairsont, outre
l'homme manifesté et
extériorisé, notamment
dans son corps (2 R 9,36; Jb 19,26),
l'homme comme créature,
lié par là à l'animalité
et à la terre
Ps 90,
l'homme
fragile et mortel
Ps 16,9;
Es 40,6
impuissant
En
Dieu je me
confie : je ne craindrai
pas. Que me fera
la chair ?
Ps 56,5
dépendant
entièrement de Dieu
Jr 17,5--7; Jb 6,12;
2 Ch 32,8
La
chair désigne
donc le créé, étant un
des rares termes anthropologiques
ne s'appliquant pas
à Dieu
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