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2013-01-20T07:18:00+01:00

la fille de Jephté : plusieurs lectures

Publié par sulamite -




L'
Esprit de
Yhwh souffla sur
Jephté, qui parcourut le
Galaad et Manassé, passa par
Mitspé de Galaad et, de là, chez
les Ammonites. Alors il fit un voeu à Yhwh :
Si tu remets entre mes mains les
Ammonites, appartiendra
à Yhwh et sera par
moi offert en
holocauste
celui qui,
le
premier,
lorsque je
reviendrai sain
et sauf du combat,
sortira des portes de
ma maison pour
m'accueillir...




...Lorsque
Jephté s'en
revint à sa maison
de Mitspa, sa fille, dansant
au son des tambourins, gambada
à sa rencontre. Elle était son unique
enfant : en dehors d'elle, il n'avait
ni fils ni fille. À peine l'aperçut
il ,qu'il se mit à déchirer
ses vêtements en
s'écriant :
Malheur,
ma fille, tu me
fais vaciller sur moi-même !
Tu me piétines le coeur ! Je me suis,
moi, engagé devant Yhwh et ne puis
plus revenir en arrière !
Père, répondit-elle,
si tu t'es engagé
devant Yhwh,
et puisque
Yhwh
t'a permis
de te venger de tes
ennemis les fils des Ammonites
alors traite-moi selon ce serment.
Accorde-moi cependant,
ajouta-t-elle, un sursis
de deux mois
durant lequel,
de haut
en bas,
j'errerai dans
les montagnes et,
avec mes compagnes,
pleurerai sur mon adolescence.
Va, lui accorda-t-il, la laissant
partir pour deux mois.
Elle et
ses
compagnes
s'en allèrent donc
et, dans les montagnes,
elle sanglota sur son adolescence
sacrifiée. Ce délai écoulé, elle revint
à son père qui accomplit sur
elle le voeu qu'il
avait
prononcé.
Elle n'avait pas
connu d'homme et de
là vint, en Israël, la coutume
selon laquelle chaque année,
quatre jours durant, les filles
d'Israël s'en vont célébrer
l'enfant de Jephté le
Galaadite.

  



            Sunday-Scriptures.jpg



 

C'est

l'histoire

d'un père despote

et assassin et d'une fille

sans nom, résignée, obéissante

jusqu'à la mort, offerte par son père

comme sacrifice humain en

accomplissement d'un

voeu à Dieu. Cette

fille accepte,

c'est

la

victime,

involontaire et

courageuse, offerte

pour protéger le statut

et l'honneur d'un mâle. Et

Dieu ne fait rien pour arrêter

ce sacrifice. Elle accepte le

vœu comme irrévocable.

Elle parle contre son

propre intérêt

et accepte

son

rôle

de victime

sacrificielle.Elle

ne peut rien faire

d'autre que pleurer sur

son non-futur. Elle pleure sur

sa virginité et sur les impossibilités

que cela représente. Elle ne

résiste pas, elle accepte

de mourir dans cet

état, alors

qu'avoir

des

enfants

était une

des fonctions

féminines les plus

importantes. Jephté d'abord

blâme cette victime : “ Tu me tues ”

ou “ Tu fais mon malheur ”

lui dit-il. Déplacer les

reproches sur sa

victime lui

permet

de ne

pas

se sentir

seul responsable

de l'horreur à venir.

Parce qu'elle ne proteste pas,

parce qu'elle ne remet pas en cause

l'autorité patriarcale et qu'elle

remplit volontairement

son devoir filial, alors

sa mémoire peut

être préservée

et les filles

d'Israël

vont

partir

quatre jours

par an pour sa

commémoration.

L'idéologie patriarcale

coopte une cérémonie de

femmes pour glorifier la victime.

Le message de ce texte serait alors :

“ jeunes filles, soumettez-vous à

l'autorité paternelle ; peut-être

faudra-t-il sacrifier votre

autonomie, votre vie, et

même votre nom,

mais votre

sacrifice

sera

rappelé

et même

célébré de

génération en

génération. ” On fait

mémoire de la fille de Jephté

comme fille, elle n'a donc pas

besoin d'avoir un nom. Elle

doit devenir un exemple

en Israël. C'est ce

message qu'il

faut

dénoncer

dans une lecture

du point de vue des

femmes car encourager

la glorification de la victime,

c'est perpétuer le

crime contre

elle.

 

Mais

on peut lire

aussi ce texte

comme l'histoire d'une

fille rebelle jusqu'à la mort

face à un père qui veut asseoir

son pouvoir à tout prix. Lorsqu'elle

répond à son père, c'est,

semble-t-il pour

accepter sa

décision

v.36 :

“ agis

envers moi

selon ce qui est

sorti de ta bouche,

à présent que Yahvé a

tiré vengeance de tes

ennemis les fils d'Ammon ”.

Or Jephté n'a pas évoqué précisément

ce voeu devant elle. Comment

est-elle au courant, c'est un

non-dit du texte, un

“ silence narratif ”

comme on

en trouve

parfois

dans

les récits

bibliques (comme

par exemple, celui de

Gn 2 : comment Eve connaît

elle l'interdiction de manger de l'arbre

de la science du bien et du mal faite

par Yahvé à Adam ?). Chaque

fois que nous essayons

de remplir ces blancs,

nous sortons du

texte,mais

c'est

aussi

notre liberté

de lecteur/trice

de nous risquer à lire

et à produire du sens. Donc,

on peut penser que la fille

de Jephté est au

courant du

vœu

(public ?)

de son père, et

si elle sort la première

à sa rencontre, elle sait à quoi

elle s'expose et elle le fait

volontairement.

Pourquoi ?

Elle sort

et

provoque

son père pour

épargner les autres

habitants de la maison,

peut-être et parce qu'elle est

sa fille unique et qu'elle espère

qu'ainsi mis au pied du mur, Jephté

n'ira pas jusqu'au bout de ses paroles

et ne fera pas ce qu'il a dit si c'est

elle qu'il doit tuer. Elle lui renvoie

son image d'homme avide de

gloire et de reconnaissance

à n'importe quel prix

qu'elle fait jouer

contre celle

d'un père

qui

aime sa

fille. Elle le

met au défi de

faire ce qu'il a dit et

de faire passer son ambition

au-dessus de son affection. Elle

demande à partir deux mois pour qu'il

fasse l'expérience concrète de son

absence et qu'il mesure à quoi

il se condamne lui-même,

pour qu'il touche du

doigt ce qu'il

s'apprête

à

provoquer :

l'absence irrémédiable

de sa fille. Il a encore la possibilité

de renoncer. Elle revient, mais lui

ne revient pas sur sa décision.

Elle meurt d'avoir cru en

l'amour de son

père.

 

 


 

 

 

 

 

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