Le Christ,
paradigme d'une nouvelle
manière de faire
La place du Christ,
dans ce passage, s'inscrit, à mon avis,
dans le retournement du passif à l'actif.
On sera frappé, en effet,
du grand nombre
de verbes au passif au début
du texte, tandis que la voie active
domine à la fin du passage
. Le Christ
choisit de rejoindre ce chemin
de faiblesse que d'autres ont parcouru
à leur corps défendant
. Il nous indique, dans le même temps,
ce qui doit être le but de toute
personne en souffrance.
Alors que tout
lui tombe dessus, nous devons l
'aider à passer de la passivité au choix.
On retrouve
une idée parente de celle que Freud
formula autrefois : "là où çà était il faut que je advienne".
Là où tout n'est que "çà",
contrainte extérieure, violence subie,
il faut que "je" me décide,
que je devienne
acteur de mon existence.
Que la faiblesse choisie
prenne la place de la violence subie
, du ressentiment et
de l'aigreur.
Si nous retrouvons
la figure du Christ dans ces lignes,
il faut la comprendre plus, me semble-t-il,
comme un exemple pratique du mode d'agir de Dieu,
un exemple incarné, un exemple à suivre,
que comme le compte rendu
d'une sorte de marchandage magiqu
e qui fait que Dieu annule nos fautes.
Dire que Dieu pardonne nos fautes,
ou dire qu'il emprunte le chemin de faiblesse
revient au même. Le pardon accordé
aux ennemis fait partie intégrante
de ce chemin
. En empruntant ce chemin
Jésus rejoint le pôle dévalorisé de la société
, et la place du bouc émissaire
. Ceci explique pourquoi nous reconnaisson
s aussi facilement l'oeuvre du Christ dans ce
dernier chant du serviteur.
La vie du Christ
n'a donc pas seulement
une portée spirituelle elle a aussi
une portée matérielle. Elle ne contient pas uniquement
un sens éternel, mais aussi un sens actuel.
Jésus nous appelle à marcher à sa suite,
à suivre le chemin de l'homme
de douleur.
Dieu a choisi
d'agir dans la faiblesse,
dans l'incognito, pour laisser à l'homme
la liberté de le suivre.
En traduisant littéralement
le verset 9 on y lit qu'
il a pratiqué la non-violence
. Il y a deux chemins pour traverser la crise
. On peut jouer le rapport de force,
la désinflation compétitive,
la concurrence
à outrance.
Cela multiplie
les souffrances, les exclus, les dévalorisés
. Mais on peut aussi choisir
d'être attentifs à l'autre, à sa faiblesse,
à sa souffrance.
Si nous sommes
prêts à payer de notre personne
nous verrons ce que le roi ne voit pas.
Alors que l'oppression
s'enferre peu à peu dans une domination stérile,
le chemin de faiblesse est porteur d'avenir
, il porte du fruit.
Nous ne faisons,
ici que commenter le texte:
"Il a fait germer une semence durable,
il verra le fruit de
ses efforts" (v.10).
Répétons la même chose
d'une autre manière encore :
Jésus n'a pas seulement accompli
le pardon des péchés il a institué la possibilité du pardon.
"Par sa vie, nous dit-on,
il a institué la réparation du délit" (v.10).
A nous de suivre
la voie de cette nouvelle institution.
Il nous est loisible de recourir à la solution de facilité,
de gagner sur le court terme, d'entrer dans
un rapport de force,
ou d'entamer
une démarche de pardon
, de faire un pas vers l'autre.
Qui sait ce qui va gagner ?
La guerre commerciale ou la paix sociale ?
En tout état de cause, sachons que cette paix
a un prix comme toute la Bible nous le rappelle
: il n'y a pas de paix sans justice.
La crise nous environne.
Plus que jamais nous sommes appelés
à nous porter les uns les autres, à intercéder les uns pour les autres,
à marcher sur le chemin de l'homme de douleur,
le chemin de faiblesse.
Il y a deux chemins.
Puissions-nous marcher sur
le chemin de la vie !
F de Coninck
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