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2010-06-21T06:51:00+02:00

La crise sociale (1 )

Publié par sulamite -

 

 

La crise,

aujourd'hui, nous pose question,

nous pousse à agir.

Elle interroge, parfois,

nos choix de vie, nos certitudes.

Or, les alternatives auxquelles nous sommes

confrontés me semblent pouvoir, en gros, se ramener

à l'opposition des deux chemins que nous présente

le Christ dans le Sermon sur la montagne :

un chemin large et spacieux, un autre étroit

et resserré

Mat 7/13-14

"Etroit", "resserré" ;

en écoutant ces mots me viennent

des sensations d'étouffement, d'angoisse.

Un coup d'oeil aux dictionnaires m'assure

que j'ai bien entendu.

Voyons pour l'adjectif stenos

(employé pour qualifier la porte étroite) :

étroit, resserré, gêné, chétif ;

le substantif stenos signifie, pour sa part :

anxiété, détresse.

Regardons maintenant le verbe tlibô

(le texte utilise son participe pour parler du chemin resserré) :

serrer, presser, comprimer, resserrer, pressurer,

accabler (de charges, d'impôts).

Devant nous s'ouvrent deux chemins :

l'un, celui du pouvoir oppressif, qui dégage la voie,

déblaye, fait du large ; l'autre celui de la faiblesse

qui accepte d'en passer par l'oppression subie,

la détresse et la souffrance,

mais qui sait que la vie

se trouve au bout de la route

. L'oppresseur vit au large mais meurt dans son confort

Soyons clairs d'emblée, quant à ce que nous mettons en avant.

Il ne s'agit pas de rechercher la souffrance,

d'inventer un nouveau dolorisme,

mais d'accepter la

faiblesse.

Ce contraste,

entre l'un qui vit au large

tandis que l'autre marche en subissant

le poids de l'oppression, me ramène en arrière,

vers les cours orientales qui environnaient le peuple d'Israël.

La splendeur règne en ces lieux. Le roi trône dans sa force

et sa beauté. Les courtisans s'empressent

pour lui rappeler, chaque jour, que

la grâce coule de ses lèvres.

Ce pouvoir joue sur

la mise en scène,

le décor pallie les faiblesses

réelles du roi. On le grandit en l'installant

sur un piédestal, on le munit d'un sceptre qui donne

la force à son bras, on l'entoure d'une garde

qui assure son invincibilité.

Le souverain doit être,

tout à la fois, le plus sage, le plus pieux,

le plus fort, le plus beau, et le plus généreux.

Le pauvre, l'homme du commun,

émerge sur la toile de fond

de ce paysage

au titre de bénéficiaire des grâces royales.

Le roi protège, dit-on, le droit du pauvre.

Si le faible apparaît c'est donc

pour se fondre dans un tout harmonieux,

où le pouvoir, grand frère, se préoccupe de ses petits frères.

L'harmonie règne et le souverain gagne encore en

prestige par les libéralités qu'il accorde

aux malheureux.

Quelle douceur de vivre !

Là-bas il n'y a point de crise. L'ordre règne

. Une mécanique bien huilée règle les rouages de la société.

Chacun est à sa place. Nulle hostilité ne se fait jour.

Une petite nation, cependant, vient déranger

ce tableau idyllique.

Les cours royales y semblent fort agitées.

Des hommes à demi-fous rodent dans les couloirs.

Ils se font appeler prophètes et se répandent en invectives.

Le climat d'harmonie est brisé. A sa place émerge

une vision tragique de la vie sociale.

Le roi, prétendent-ils, ne s'occupe nullement

du pauvre. Il aggrave, au contraire, sa condition

. Les puissants du royaume se livrent à leurs exactions,

à leurs expropriations, en toute impunité.

L'antagonisme social refait surface là où d'autres

voulaient le cacher. La crise

est omniprésente.

Il y a deux

chemins, deux visions du monde.

L'idylle d'un côté, le tragique de l'autre.

Tout semble aller bien d'un côté,

tandis que les problèmes

foisonnent de l'autre.

La justice est

du côté du pouvoir, ici,

alors que l'injustice règne, là.

Aujourd'hui,

dans la crise que chacun voit,

éprouve, subit, nous pouvons choisir deux chemins :

celui du rapport de force, ou celui

de la faiblesse.

Celui qui chercher

a à éliminer les gêneurs,

ceux qui font tache, les victimes dérangeantes,

ou celui qui, rejoignant les faibles dans leur souffrance

voudra marcher avec eux,

vers la vie.

Alors, pour mieux

tracer les contours de ce chemin de faiblesse,

je vous propose de nous confronter à ce texte limite, à ce brûlot,

à cette bombe en puissance que représente le dernier

chant du Serviteur dans Esaïe,

aux chapitres 52 et 53.

Ma formation

 de sociologue me conduit à le lire avec un oeil

qui m'est propre. Elle me permet d'y discerner des éléments

d'une actualité brûlante, d'y retrouver des

questions sociales

toujours à l'ordre du jour.

Ce texte a, en effet, beaucoup

à nous dire quant au travail social aujourd'hui,

quant à l'approche de la crise à

travers la faiblesse

 

Je discerne,

dans ce passage,

trois grands niveaux de discours

(on pourrait y voir d'autres éléments secondaires)

. Le dernier d'entre eux a trait au Christ.

Il nous renverra à la lecture classique

Nous le garderons pour la fin,

d'autant plus qu'il émerge plus fortement

dans les derniers versets. Mais, avant d'en venir

à cette lecture christologique, je voudrais m'attacher

aux deux premiers niveaux de discours:

les processus sociaux de valorisation et de dévalorisation,

d'un côté, et l'usage social des faibles

comme bouc émissaire,

de l'autre.

°°°°

 

 

 





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