Soyez
sobres et
vigilants pour vous
livrer à la
prière.
1Pi 4:7
Le
chrétien
qui prie chaque
jour d'une façon régulière
est menacé d'un danger que recèle
le fait même de l'habitude.Comme
le retour d'un geste met un pli au
vêtement, comme le retour
d'un souci met un pli
au front, le
retour
d'un
exercice
mental met à la
longue un pli au cerveau.
Or, ce pli est ici la marque
d'un fléchissement,d'un durcissement,
d'une décrépitude. Il fixe dans une ligne, il ensevelit
dans un sillon ce qui ne réagit plus. Dans le
domaine psychologique, le pli est une
victoire du mécanisme sur tout
ce qui est conscience et
liberté.

Si
nous observons
le monde qui nous entoure,
il nous offre à cet égard de suggestives
paraboles.Voici un chemin
neuf et large; l'attelage y
suit librement sa
voie sous
la
direction
du charretier.
Le jour vient où,
par les passages répétés,
une dépression se produit sur
la route, un pli dans lequel la file
des véhicules s'engage. Une roue après
l'autre durcit la terre, creuse le pli; bientôt
l'attelage est prisonnier du sillon. Le
conducteur peut dormir ,les
chevaux sommeiller
... le convoi suit
l'ornière.
Si
nous
n'y prenons
garde, la ferveur
de la prière qui jaillissait
d'abord librement dans les transports
d'un premier contact avec Dieu,
s'émousse sous l'effet
de l'habitude
. La
répétition
des mêmes termes,
le retour des mêmes sujets
endorment la spontanéité.Sournoisement,
les mots se coagulent, les sujets se suivent
toujours dans le même ordre et se
cristallisent. Ce n'est pas une
prière récitée: on peut mettre
beaucoup de ferveur en
disant un texte appris
par coeur; c'est une
prière qui a pris
le pli; de
jour
en jour,
elle s'enlise
dans le sillon.
Qu'y reste-t-il encore
de vivant? Qu'est devenue
l'émotion du tête-à-tête,l'instance
qui fait la valeur de la requête? Dans
cette prière impersonnelle, celui qui
prie et Celui qui est prié peuvent
ne plus avoir de part...
l'oraison suit
l'ornière.
Ce
n'est pas
sans motif que
Jésus, au Jardin des
Oliviers, a lié ces deux mots
pour l'éternité: veillez et priez. Comme
dit Pierre du Moulin «Le Seigneur accouple
la vigilance avec la prière, de peur que la
vigilance sans prière ne soit inutile
et que la prière sans vigilance
nourrisse la paresse
sous couleur de
dévotion.»
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