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2010-09-01T07:58:00+02:00

Jésus fils de l'homme vu par Marie de Magdala

Publié par sulamite -

 

 

 

Ce fut

au mois de juin

que je le vis pour la première fois.

Il marchait dans un champ de blé alors que je passais

avec mes suivantes. Il était seul.

Le rythme de son pas

était différent de

celui des autres

hommes

et le

mouvement

de son corps ne

ressemblait aucunement à ce que

j'avais vu auparavant. Aucun homme ne foule le sol

de cette façon-là. Et même aujourd'hui, je ne sais s'il marchait

d'un pas lent ou leste. Mes suivantes le

montrèrent du doigt

et susurraient

entre

elles des

mots timides.

Je m'attardai un moment

et levai la main pour le saluer

. Mais il ne se retourna pas, ni ne me regarda.

Et je le détestai. Mon coeur se sentit meurtri et le froid

me pénétra jusqu'à l'âme.

Je fus transie.

 Cette

nuit-là,

je le vis dans mes songes

. Le lendemain, l'on me raconta que je criais dans

mon sommeil agité. Ce fut au mois d'août que je le revis

par la fenêtre, assis à l'ombre d'un cyprès de

l'autre côté de mon jardin. Il était

immobile,

telles

les statues

d'Antioche et d'autres cités du Pays du Nord.

Mon esclave égyptienne vint vers moi

et me dit : "Cet homme est

de nouveau là.

Il est

assis dans votre jardin."

 Je le contemplai, et sa beauté

fit frémir le tréfonds de mon âme.

 Alors je me vêtis de parures damascènes

et quittai ma maison

pour me diriger

vers

lui.

Etait-ce

ma solitude ou était-ce sa fragrance qui

m'attirait vers lui, Etait-ce une soif dans mes yeux

qui désirait la grâce ou était-ce sa beauté que sondait

la lumière de mes yeux ?Je l'ignore toujours.

Je marchai vers lui, après avoir

parfumé mes

vêtements

et mis

mes sandales dorées,

ces mêmes sandales que m'avait

offertes le capitaine romain.Arrivée à

sa hauteur, je lui dis :

"Salut à toi; -

Je te salue, Miryam."

me répondit-il. Il me regarda

comme aucun homme ne m'avait

regardée. Et soudain, je me sentis timide comme

si j'étais nue. Pourtant il m'avait seulement

dit : "Je te salue,Miryam."

Je lui

demandai :

"Ne viendrais-tu as chez moi ?

- Ne suis-je pas déjà chez toi ?me répliqua-t-il.

Je ne le compris point, mais

à présent je le sais.

Et je lui

dis :

"Ne

voudrais-tu pas

partager pain et vin avec moi ?"

- Oui, Miryam, mais pas maintenant",

me répondit-il.

Pas

maintenant,

pas maintenant.

La voix de la mer était dans ces deux mots,

ainsi que la voix du vent et des arbres. Et lorsqu'il me

les adressa, la vie parlait à la mort.

Car sache,mon ami,

que j'étais

morte.

J'étais une

femme qui avait

divorcé de son âme.

Je vivais hors de cet être

que vous voyezmaintenant. J'appartenais

à tous les hommes et à aucun.

On m'appelait fille de joie

et femme possédée des

sept démons.

J'étais

maudite et enviée.

 Comme il me regardait,

je vis cette fois l'aube poindre dans ses

yeux. Toutes les étoiles de la nuit en moi s'évanouirent

et je devins Miryam, seulement Miryam, une femme repoussée hors

de la terre qu'elle avait connue pour se trouver dans de

nouvelles aires. Et je lui redemandai :

"Viens chez moi et partage

pain et vin avec

moi .

Pourquoi

m'enjoins-tu d'être ton invité ?"

me répondit-il.

Et je

persistai :

"Je te supplie d'entrer

chez moi." Tout ce qui était

terre et ciel en moi me portait à l'invoquer.

Ensuite, il me regarda, et je vis le soleil au zénith

dans son regard. Il me dit :

" Tu as beaucoup

d'amants

et

pourtant je suis

le seul à t'aimer.Tes amants

satisfont leur amour-propre à tes côtés.

Moi, je t'aime dans ton être. Ils voient en toi

une beauté qui se fanera plus

rapidement

que

leur propre jeunesse.

Moi, je vois en toi une beauté qui ne

se flétrira pas, et à l'automne de ta vie cette beauté

ne craindra pas de se contempler dans un miroir, elle ne sera

point endommagée. Moi seul

j'aime l'invisible

en toi."

Puis,

il dit d'une voix basse :

"Pars à présent. Si ce cyprès

t'appartient et si tu ne veux pas que je m'asseye

à son ombre, je poursuivrai mon chemin."

 Et je m'écriai :

"Maître,

viens chez moi,

j'ai de l'encens que je

brûlerai pour toi et une bassine d'argent

pour tes pieds. Tu m'es inconnu et pourtant tu

ne m'es point inconnu.

Je t'implore, viens

chez moi."

 Alors

il se leva et son

regard se posa sur moi comme

les saisons dominent du regard les champs et sourit.

"Tous les hommes t'aiment pour eux-mêmes. Moi, je t'aime pour toi-même.",

me dit-il de nouveau. Et il s'éloigna.

Mais jamais

homme

ne marcha comme lui.

Etait-ce un souffle né dans mon

jardin qui se déplaçait vers l'est ?Ou était-ce une

tempête qui ébranlerait toutes choses jusque dans leurs racines ?

Je l'ignorais. Mais ce jour-là, je vis le soleil se coucher

dans ses regards pour terrasser le dragon

en moi et je devins une femme.

Je devins Miryam,

Miryam de

Magdala.

 

 

KGibran

 

 

 


 

 








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