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2013-01-21T06:53:00+01:00

fille de...

Publié par sulamite -

 

 

 

 La

fille de

Jephté : qui

est elle ? Relisons

encore une fois le texte.

Puisque cette fille anonyme

n'est définie que par le nom de

son père, revenons au père, Jephté,

qui a dans son histoire un problème

de maison, de reconnaissance

et d'héritage. C'est un vaillant guerrier

mais il se fait chasser de la maison

de son père parce qu''il est le fils

d'une autre femme. Il va alors

chercher à retrouver une

place dans cette

maison là.

Et, ce

qu'il

va faire,

c'est parler

et marcher pour

se battre (dans le récit,

Jephté traverse, c'est un verbe

qui revient sans cesse, toutes sortes

de territoires). Il négocie avec tout le

monde, ne revient pas sur ce qu'il

a dit, met toujours la parole des

autres en doute, jamais

la sienne. Sa bouche

est une arme

terrible

qui

va

devenir

fatale : il le

confesse lui-même

lorsqu'il voit sortir sa

fille à sa rencontre et qu'il

lui dit : “ ah, ma fille tu me renverses

(tu me tues !), j'ai trop ouvert la bouche

(lui dont le nom signifie “ il ouvre ”)

et je ne peux revenir en arrière ”

Jephté est quelqu'un qui tue

d'abord avec des mots.

Et tout ça pour

quoi ?

Il

bat

les fils

d'Arnmon

pour trébucher

sur sa fille devant

sa maison. Lui qui se

bat pour retrouver sa part

d'héritage, il en arrive à sacrifier

son héritière et donc à perdre son

avenir. Par une série d'erreurs fatales,

il s'enfonce dans une voie sans issue

où il reste bloqué. Lui qui devrait

être “ l'ouvreur ”, il rétrécit

tout, sa maison, son

peuple, jusqu'à

Yahvé

qu'il

cherche à

manipuler, qu' il

s'accapare en prétendant

savoir ou en croyant

savoir comment lui faire

donner ce dont lui ,

Jephté , a

envie 

...

 

jephte.jpg


Jephté,

c'est l'histoire

d'un marginal qui

se bat pour se faire une

place au centre, mais c'est

aussi l'histoire d'une victime qui

devient bourreau et qui écrase d'autres

victimes, la première étant sa fille. Cette

fille seule, n'a pas de nom, pas de mère et

une grand-mère prostituée : ça n'ouvre

pas de grandes perspectives

dans la vie... Et pourtant,

au fur et à mesure que

son père rétrécit,

elle élargit.

Elle

commence

à agir en sortant

de la maison en dansant,

ce qui causera sa perte. Puis

elle parle et demande deux mois

pour aller ailleurs, dans un vaste territoire,

dans la montagne, et en sortant de la

solitude puisqu'elle part avec toutes

ses compagnes. Notons que dans

ses paroles, son premier mot

est “ mon père ” qui

privilégie cette

relation forte

et duelle,

alors

que

son

dernier

mot est “ mes

compagnes ” qui pose

un autre lien, de solidarité.

Et par son sacrifice, elle va faire

naître un nouveau sujet, les filles d'Israël,

qui n'existait pas auparavant comme

groupe reconnu Ces filles d'Israël

vont instaurer une coutume,

une loi qui va durer dans

le temps et qui ouvre

une brèche : un

groupe de

femmes

qui

partent

loin de leur

maison, de leur

famille quatre jours

par an, non pas pour pleurer

mais pour commémorer des hauts

faits (le verbe utilisé dans 1er texte est le

même que pour ce qu'organise

Jérémie au moment de la

mort du grand roi Josias

selon 2 Ch 35,25).

La fille de

Jephté

paye

de

sa vie

la volonté

de son père de

rester le maître des

mots et de sa destinée

(en pleurant sa virginité, elle

pleure de ne pas pouvoir quitter

son père), lui qui va l'empêcher de vivre

sa vie de femme en la tuant vierge,

sans possibilité de donner la vie

à une descendance. Mais

cette mort sans

descendance

va devenir

une

mémoire

qui mobilisera

les filles d'Israël et

va faire exister quelque

chose qui n'existait pas,

une nouvelle tradition en Israël.

Cette fille qui meurt avant son père,

l'héritière sacrifiée au nom de l'héritage

a donc finalement plus d'avenir que

lui. D'objet de sacrifice, elle

devient sujet de

mémoire.

En

franchissant

le seuil, elle ouvre

une porte.Mieke Bal,

relisant ces textes dans

une perspective féministe en

utilisant entre autre des outils venant

de l'anthropologie et de la sociologie, émet

l'hypothèse que ce texte douloureux

illustre un passage social

douloureux : celui où

dans la société

patriarcale,

on passe

d'une

structure

familiale ancienne

mais plus très stable où

le père gardait le pouvoir sur

sa fille, celle-ci restant dans la maison

même après son mariage,

à une structure où

c'est le mari

qui

devient

le chef de

sa maison. Dans ce

passage où émergent les

conflits dus à ces structures

en évolution, la violence éclate et les

premières victimes en sont les femmes,

qui payent de leur vie l'incapacité

de la société à résoudre ses

conflits, en particulier au

moment le plus crucial

de leur existence.

Car elle souligne

que cette fille

de Jephté

est

représentée

comme ayant atteint

l'âge de tous les dangers :

on la nomme “ betoulah ”, ce qu'on

pourrait traduire comme adolescente,

une étape où son père doit

normalement la laisser

partir avec un autre

homme

...



 

 


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