Un homme avait une vigne
et un figuier planté dans sa vigne…
Les premiers auditeurs de cette histoire
étaient à l’aise avec cette histoire de vigne.
En Israël, en effet, il y a des vignes et vignobles.
Pour ses habitants comme pour nous,
les vignes et le vin sont des formidables bienfaits ;
mais pour eux, c’étaient aussi des signes permanents
du don de la Terre, que Dieu leur avait fait.
C’est pourquoi les israélites chérissaient
leurs vignes et leurs figuiers.
C’était dans leur esprit,
un écho à la fois du paradis perdu
et du royaume à venir.
Dans leur représentation des choses,
il est quasiment certain que l’arbre
de vie était une vigne,
et que l’arbre de la connaissance
du bien et du mal, était, devinez quoi… ?
Un figuier.
Ces détails
ainsi que le texte d' Esaïe 5
1 Je chanterai
maintenant à mon cher bien-aimé
un cantique de mon bien-aimé concernant sa vigne.
Mon cher bien aimé
avait une vigne sur une colline très fertile.
2 Et il l’entoura et en ôta les pierres,
et la planta des meilleurs ceps,
et il bâtit une tour au milieu d’elle,
et y creusa un pressoir;
et il s’attendait à ce qu’elle produirait des raisins,
mais elle a produit des
grappes sauvages.
nous aident donc
à comprendre l’effet des paroles
prononcés par Jésus sur ces premiers auditeurs.
Par là même, nous pouvons mieux
comprendre les sentiments que ses auditeurs
devaient éprouver en entendant :
« un homme avait une vigne ;
un homme avait un figuier ».
Car lorsqu’ils entendaient
« mon bien-aimé avait une vigne
ou un homme avait une vigne »,
ils entendaient aussitôt :
« Dieu a un peuple. »
Dés lors,
nous pouvons comprendre
le poids des paroles qui suivent dans ce tableau
jusque là « normal »
pour eux.
Le poids du détail « qui tue »,
qui ne pouvait que déclencher chez eux
une émotion forte et une réaction d’hostilité.
C’est que l’homme
est descendu dans sa vigne
pour trouver du fruit, et le constat suivant
s’est imposé :
« il ne trouva rien. »
…
Ces remarques nous conduisent
à comprendre ce qui se passe
dans le récit de Luc,
Cette parabole
s’inscrit dans le voyage de Jésus
vers Jérusalem ;
cette parabole est extrêmement polémique.
Mais pas seulement.
Car ce n’est pas seulement la déception
d’un propriétaire qui attendait d’être payé
de ses efforts, que Jésus raconte.
Ce n’est pas seulement la détresse
d’un homme qui avait placé toute son espérance
dans sa plantation.
Pensons plutôt au serviteur qu’au figuier.
Son constat, c’est celui de la détresse infinie
de Dieu devant la révolte permanente de son peuple,
et devant la révolte générale de tout les humains
dont l’histoire nous est racontée en Gn 3
à travers l’histoire d’un couple.

C’est l’histoire la déception de Dieu,
de sa compassion et de sa persévérance
à aimer son peuple,
et l’humanité tout entière.
Cette histoire est l
’histoire de la persévérance
de Dieu avec chacun de nous.
Cette parabole résume en effet
une bonne partie de l’histoire du salut.
L’histoire de Dieu
qui ne trouve pas au sein de ceux
qu’il a crées et plantés sur la terre, même pas au sein du peuple
qu’il s’est choisi, le fruit de sa vigne,
le fruit de son projet.
Au temps d’Esaïe, il nous est dit
que le peuple produisait du mauvais vin,
au temps de Jésus, il n’y a aucun fruit.
Celui qui portera vraiment le fruit attendu par Dieu,
qui dira et qui seul dit :
« je suis la vraie vigne,
le vrai cep, et mon Père
est le vigneron »,
c’est Jésus.
En effet, lorsque que Jésus
raconte cette histoire, il est en route vers Jérusalem,
en route vers la fête de la Pâques.
Il va accepter d’être celui qui va jusqu’au bout de l’obéissance,
de la fidélité à Dieu. Celui qui accepte de donner sa vie,
qui tombe en terre et ressuscite,
portant ainsi le fruit de la vie éternelle.
C’est donc à la persévérance dans la confiance
en lui que Jésus invitera ses disciples,
au matin de Pâque.
C’est dans cette perspective
que nous trouvons cette parabole dans l’Evangile de Luc,
. Entre nécessité de considérer ses voies,
et nécessité d’accepter
avec confiance
la puissance libératrice et guérissante de Dieu :
l’œuvre et le fruit offerts par Jésus
qui comble l’attente de Dieu là où nous sommes si faible,
si stérile parfois.
C’est là que nous retrouvons Jésus,
notre serviteur persévérant,
dans son dialogue ouvert avec le propriétaire de la vigne.
Dans son dialogue
avec Dieu.
La persévérance de l’amour
dans le dialogue avec le vigneron
C’est en effet dans ce dialogue persévérant
que nous voyons l’amour du
serviteur pour sa vigne
et aussi et surtout pour son figuier.
C’est dans
ce dialogue de la parabole
que nous est illustré ce qu’est la grâce,
car c’est dans ce dialogue que la grâce est accordée.
Le verdict était tombé :
« voilà trois ans que je viens chercher du fruit
sur ce figuier et je n’en trouve pas.
Coupe-le ! »
la justice
demanderait qu'on coupe ce figuier
Et c’est là qu’est intervenu le serviteur,
manifestant à la fois son amour,
sa patience et sa
persévérance.
C’est bel et bien à l’occasion de ce dialogue
que va être accordée la grâce pour le figuier.
Ecoutons-le demander un délai pour son arbre :
Maître,
demande-t-il, laisse-le encore…
je creuserai tout autour, et j’y mettrai du fumier.
Je m’occuperais de lui encore.
Je me donnerai encore de la peine pour lui,
tout le temps que Tu me laisseras en prendre soin,
tout le temps que tu me laisseras l’aimer.
Il y a un espace dans le dialogue pour que
surgisse la grâce
de Dieu.
Ce dialogue entre Dieu
et son serviteur en faveur du figuier fait penser
à celui entre Dieu et Abraham en faveur de Sodome.
Dialogue aussi entre Dieu et Moïse
en faveur d’Israël.
Et surtout,
dialogue entre Dieu et son Fils Jésus-Christ
qui d’un bout à l’autre de l’histoire,
intercède pour tous les hommes,
comme dans cet ultime dialogue de Jésus avec le Père,
demande de grâce là encore, à la croix :
« Père, pardonne-leur,
car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
C’est le dialogue de l’amour et
de la patience de Dieu.
Dans la parabole, le fils,
le serviteur, demande un délai car Il ne peut pas supposer,
lui non plus, que tant d’amour restera vain.
L’amour sait qu’il a besoin de temps
pour se faire comprendre et être reçu,
et il sait aussi qu’il est invincible.
L’amour invincible
sait qu’il est plus fort que tout :
plus fort que la mort,
plus fort que l’incrédulité et les enfers réunis.
La parabole du serviteur persévérant,
c’est la parabole de l’amour persévérant.
De grandes choses peuvent se jouer dans un dialogue,
dans le respect de l’autre dans la durée,
dans l’acceptation de la réponse
de l’autre, bien sûr.
En conclusion
Nous ne savons pas si le figuier
de cette petite histoire, finalement, aura porté du fruit.
L’histoire se finit par « si » ou « sinon ».
« Et s’il portait du fruit à l’avenir »,
suggère le serviteur persévérant
de la parabole.
Mais Dieu nous montre ici l’exemple de la patience
et de la persévérance dans la longue durée.
Avec le « SI » de l’espérance qui retentit
sur chacun de nous,
le « si » par lequelle le Serviteur retient le jugement
et ouvre les portes du salut et de l’espérance.
C’est le « SI » contraire de la tentation,
le contraire du « Si » diabolique du doute.
C’est le « si » du Christ qui est
fondamentalement espérance.
Et nous avons besoin de nous en souvenir
toujours,dans l’Eglise.
C’est le « Si » qui se fait entendre
lorsque nous mettons en œuvre la grâce du dialogue :
« SI » tu es d’accord, nous ferons quelque chose de nouveau,
et peut-être, que cela
portera du fruit.
C’est la grâce du dialogue plein d’amour,
de paix, de patience et
d’espérance.
. Concrètement
. Dans notre vie, ne désespérons
pas de nos situations, de nous mêmes, ni des autres.
« Prions Dieu comme si nous ne pouvions rien,
et agissons ensuite comme si nous pouvions tout ! »
(A. Vinet)
Ne désespérons jamais !
2 Pierre 3:15
Croyez que la patience de notre Seigneur
est votre salut
Au contraire,
espérons toujours contre toute espérance !
Car celui qui a pris la forme d’un serviteur persévérant
pour venir à nous et nous enseigner cette parabole,
c’est Dieu lui-même.
Il prend soin de nous et il a tout pouvoir.
Il est avec nous tous les jours, par son Esprit.
Et il nous offre, avec l’espérance,
le don de la persévérance.
Alors cette graine que nous offre le
serviteur persévérant
de la parabole :
cultivons-là !
A. Maillot
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