Dans
l'A T, un trio a
marqué les événements de
l’Exode. Il s’agit de Moïse, Myriam et Aaron
. L’étymologie du nom de Myriam apparaît fort complexe
et peut se relier étroitement à la mission de Moïse,
u’il s’agisse de l’enfant bien-aimé ou souhaité
ou bien d’une allusion aux eaux.
Quoi qu’il en soit, le
personnage de
Myriam
représente une
figure fondatrice d’Israël.
L’importance de son rôle peut se laisser deviner
puisqu’elle est mentionnée dans les
généalogies
Me
reprochez-vous
de vous avoir fait sortir
d'Égypte,de vous avoir délivrés de l'esclavage
et d'avoir envoyé, pour vous guider,
Moïse, Aaron et
Miriam ?
Mi 6 : 4
Amram
eut deux fils,
Aaron et Moïse,et une
fille, Miriam.
1Ch 5 : 29
Dans une
société patriarcale,
il est exceptionnel que des
femmes soient nommées dans des généalogies
D’ailleurs la mention des trois noms des leaders
d’Israël n’est pas innocente. Elle dévoile que Moïse n’est nullement
isolé dans son œuvre de libération.
Celle-ci est d’abord une action
collective plutôt
qu’individuelle
Dieu
s’exprime par les actions
d’hommes et de femmes; celle
de garder de l’idolâtrie (et de l’égolâtrie)
chacun des trois leaders, en marquant sa place
de frère ou de sœur d’un autre, homme
ou femme, et de plus en les situant
comme des pairs; enfin de
souligner
que, au-delà
de cette collaboration humaine
, l’organisateur de la délivrance et celui qui
en donne la force, c’est Yahvé, et non pas Moïse, comme
une partie de la tradition ultérieure pourrait
nous le laisser entendre par
son insistance sur ce nom.
Non seulement Moïse
n’était pas
seul mais, parmi
les trois, il y avait une femme.
Le projet de salut originaire n’évince
donc pas les femmes, même au
niveau des
leaders
Le sauveur
sauvé par une femme
Ce rôle
prépondérant
débute dès la naissance
de Moïse. En effet, il est intéressant
d’observer le rôle de Myriam. À la suite d’un ordre
du pharaon, tous les enfants mâles sont exécutés
le futur libérateur d’Israël
est sauvé des eaux
par sa sœur
qui
, par une discussion
avec la fille du pharaon
, dirige le nouveau-né vers une nourrice
qui n’est autre que la propre
mère de Moïse!
Myriam est
surtout connue pour
son hymne chanté à la gloire de Yahweh
Alors la prophétesse Miriam, soeur d'Aaron, prit
son tambourin. Toutes les femmes d'Israël la suivirent
en dansant au son des tambourins
. Miriam reprenait devant elles
le refrain
Chantez en
l'honneur du Seigneur :
il a remporté une victoire éclatante,
il a jeté à la mer chevaux et
cavaliers ! :
Au v20
Myriam est explicitement
considérée comme une prophétesse au même titre
que son frère Aaron À ce titre, elle révèle le sens profond
de la sortie d’Égypte. Il s’agit bien plus que d’une
simple fuite. C’est plutôt la mise au monde
d’un nouveau
peuple qu’Aaron,
Moïse et Myriam ont contribué
à faire naître. En d’autres termes, Moïse,
Aaron et Myriam constituent de
véritables sages-femmes
pour Israël.
De plus,
il s’avère important
de mentionner que dans
cet hymne, Myriam saisit l’initiative sans
demander une autorisation à ses frères.
Elle crée son propre langage et regroupe
un chœur féminin.
Ce qui
dans
le contexte, indique
qu’elle jouit d’une grande liberté
par rapport aux conventions
sociales de
l’époque.
Dans le livre
des Nombres, au ch 12
le personnage de Myriam est au centre
d’une controverse. Elle et Aaron ont récriminé
contre Moïse parce que ce dernier a épousé une femme
étrangère. Selon une lecture traditionnelle,
Yahweh punit Myriam pour avoir osé
questionner les décisions et
gestes de son frère
Moïse.
Elle contracte
la lèpre et doit se purifier
pendant sept jours afin d’être réadmise
au sein de la communauté
Il s’agit de
centrer l’attention
non sur le personnage de Moïse
, mais sur les motifs de récrimination.
Dans cette perspective, il est possible de voir
la maladie de Myriam non comme un châtiment
, mais comme un processus de
transformation
et d’ouverture
à l’altérité. En effet,
elle découvre que d’autres peuples
peuvent être associés au salut d’Israël
même des gens « impurs « des païens , des pêcheurs ,
des « lépreux « .Elle même exclue de la communauté
pour cette lèpre , elle peut ressentir
ce qu'est l'exclusion
C’est ainsi
qu’il est possible de
réinterpréter ce passage : il inviterait plutôt
à l'ouverture, à l'accueil de l'altérité
et à la solidarité avec toute personne
peu importe son appartenance
ethnique, sociale,
religieuse ou
de
genre
Par son exemple,
son courage et sa détermination,
Myriam représente une figure toujours
inspirante pour les femmes
. Certes, à la différence
de son époque,
nos esclavages sont plus subtils.
Au cœur d’un monde désormais globalisé
, elle nous rappelle qu’il importe de quitter l’esclavage
du sexisme pour créer un monde nouveau où l’égalité,
la solidarité et la vie sont au cœur des
relations interpersonnelles.
Cette pâque se déroule
déjà sous nos yeux.
Au moment
où notre monde
vit des transformations majeures
où les représentations, les relations
et les images changent radicalement, la figure
de Myriam révèle que la liberté, la création
et l’accueil de l’inédit sont toujours
porteurs de vie, de joie et
d’espérance.
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