TROISIÈME affirmation
Un changement
de comportement favorise
la croissance spirituelle
et émotionnelle.
L'estomac noué,
Claire, au volant de sa voiture
, entrait dans l'allée.
Elle savait ce qui l'attendait à l'intérieur
de la maison : des enfants renfrognés
et amers, et un mari acerbe.
Rémy et les enfants n'étaient pas
foncièrement mauvais, mais ces jours-là,
l'entente ne régnait plus
dans la famille.
Claire se disait qu'elle était
en grande partie responsable de cette situation.
Elle estimait que ces derniers temps,
elle ne s'était pas bien acquittée de ses devoirs
d'épouse et de mère.
Lasse
et déprimée,
elle devait se faire violence pour sortir
du lit le matin, et préparer
le petit déjeuner
avant d'aller à son travail.
À ses heures les plus sombres, elle se
demandait même :
« À quoi bon
vivre ? »
En quête d'aide,
elle épancha son cœur auprès de Fabienne,
l'épouse d'un des responsables
de l'église.
C'était une femme
connue pour sa piété.
« Le pire, conclut Claire, est que je ne me sens plus
l'élément moteur de la famille.
Je n'y parviens
plus. »
Fabienne opina de la tête avec
beaucoup de sympathie.
« Claire,
vos sentiments négatifs
proviennent du fait que vous n'agissez
plus avec amour.
Les émotions
découlent toujours
du comportement.
-Que dois-je faire ?
Inversez le processus.
Si vous agissez avec amour,
vous vous sentirez aimante.
Soyez plus tendre vis-à-vis de Rémy.
Entreprenez des activités
spéciales avec les
enfants.
Prenezla résolution
de faire chaque jour
une action utile pour chaque membre de la famille.
Souriez davantage.
Vous serez étonnée des changements
qui s'opéreront dans votre cœur.
La Bible dit que nous devons revêtir
l'homme nouveau, ce qui signifie
que nous devons nous comporter comme
un chrétien rempli d'amour.
Ensuite, vous sentirez que vous êtes
une chrétienne aimante. »
Pour Claire,
agir autrement que ce qu'elle ressentait
lui semblait malhonnête,
mais elle était tellement désespérée que ce soir-là,
elle décida d'agir différemment.
Elle entra dans la maison, vit Rémy assis
dans son fauteuil,
inspira profondément, et s'engagea à suivre
les conseils de Fabienne.
« Bonsoir, mon chéri !
dit-elle sur un ton enjoué.
Je vais vous préparer un bon filet de bœuf bien tendre
pour toi et les
enfants. »
Rémy et les petits apprécièrent
beaucoup le repas et la bonne humeur de Claire.
Il y avait cependant un problème :
elle se sentait toujours aussi déprimée.
Certes, elle se sentit
légèrement mieux pendant
quelques minutes après s'être conduite
de façon plus aimable, mais
c'était tout.
« C'est comme si je m'enfonçais
dans l'obscurité d'un tunnel interminable,
me dit-elle quelques jours plus tard.
De temps en temps,
j'accomplis quelque chose de positif,
mais c'est comme si je grattais
les parois du tunnel avec mes ongles.
Ils ne le supporteront
pas longtemps. »
Le piège comportemental
De nombreux chrétiens
en quête d'aide sont tourmentés
par cette troisième idée supposée biblique
qui les rend malheureux :
« Un changement de comportement favorise
la croissance spirituelle. »
Selon ce postulat trompeur,
le changement de comportement
serait la clé de la croissance spirituelle et émotionnelle.
Comme le disait Fabienne,
« plus nous agissons bien, plus nous
nous sentons
bien. »
D'après cet enseignement,
nos émotions se mettront de plus en plus
au diapason de notre comportement.
Ainsi, pour éprouver de l'amour
envers quelqu'un, pratiquons des actes d'amour.
Pour combattre la dépression,
agissons dans la joie et entretenons
des pensées positives.
Pour lutter contre les sentiments de colère,
comportons-nous aimablement
vis-à-vis d'autrui.
Pour triompher d'habitudes destructrices
(boulimie, dépendance de l'alcool ou de la drogue,
difficultés à gérer son argent, sexualité débridée),
dites tout simplement non
à ce morceau de gâteau,
à ce verre de vin,
à une nouvelle paire
de jeans,
à cette revue
pornographique.
Ce postulat erroné,
largement répandu parmi les chrétiens,
a été grandement influencé
par l'école comportementale
de psychologie qui estime que seules
les actions comptent.
Les béhavioristes prétendent qu'avec le temps,
le comportement change
les sentiments.
Quel est donc le problème ?
Il y a évidemment
une parcelle de vérité dans cette hypothèse
qui sonne biblique.
Ne sommes-nous pas invités à
« veiller les uns sur les autres pour nous inciter
à l'amour et aux œuvres bonnes »
Hébreux 10.24
En quoi la pratique
d'œuvres bonnes pose-t-elle
problème ?
Le problème
ne réside pas dans l'accomplissement
d'œuvres bonnes, mais dans le rôle
que celles-ci jouent dans notre croissance
spirituelle et émotionnelle.
Premier problème :
changer seulement de comportement,
c'est confondre fruits
et racines.
Les Écritures soulignent
régulièrement que nos actions sont le résultat
d'un changement spirituel
et non sa cause.
Le bon comportement
représente la charrue, et non les bœufs.
Les changements qui s'opèrent
dans le comportement et qui, par exemple
rendent l'être humain plus aimant
ou plus responsable, indiquent que Dieu
accomplit une œuvre de grâce invisible
et interne qui transforme l'individu
et le rend de plus en plus semblable
au Christ « de gloire en gloire »
2 Corinthiens 3.18
Regardez à quel point Dieu
souhaite que nous portions du fruit :
« Mais le fruit de l’Esprit est : amour… »
Galates 5.22
« Le fruit de la lumière
consiste en toute sorte de bonté,
de justice et de vérité »
Éphésiens 5 :9
« Et ce que je demande
dans mes prières,
c’est que votre amour abonde
de plus en plus
en connaissance et en vraie sensibilité…
afin d’être…
remplis du fruit de justice
qui vient par Jésus-Christ »
Philippiens 1.9-11.
Paul demande à Dieu
de remplir les Colossiens de la connaissance
afin qu'ils puissent marcher
« d’une manière digne du Seigneur
pour lui plaire à tous points de vue,
[porter] des fruits en toute sorte d’œuvres bonnes
et [croître] dans la connaissance de Dieu »
Colossiens 1.10
Le comportement positif,
qu'il s'agisse de triompher d'une boulimie compulsive
ou d'être bénévole pour aider dans la distribution
d'une soupe populaire, résulte de l'œuvre
de Dieu dans le cœur
humain.
D'ailleurs, la Bible
ne considère pas les comportements destructeurs
comme la cause des mauvaises attitudes,
mais le résultat de la condition pécheresse du cœur.
« Car la chair a des désirs
contraires à l’Esprit, et l’Esprit en a
de contraires à la chair…
Or, les œuvres de la chair sont évidentes,
c’est-à-dire inconduite,
impureté, débauche, idolâtrie, magie,
hostilités, discorde, jalousie, fureurs,
rivalités, divisions, partis pris, envie, ivrognerie,
orgies, et choses semblables »
Galates 5.17, 19-21
En d'autres mots,
le problème en nous se traduit par des actions
égoïstes et blessantes.
Si le fait d'accomplir des œuvres bonnes,
en changeant mon comportement,
n'aboutit pas à ma croissance spirituelle
et émotionnelle, qu'est-ce qui
peut l'entraîner ?
La croissance spirituelle
et émotionnelle ne s'opère pas instantanément.
De même que nous passons physiquement
de l'état de nourrisson à celui d'adulte en passant
successivement par celui de bambin,
d'enfant et d'adolescent,
notre croissance émotionnelle passe,
elle aussi, par différentes phases de développement
: nous sommes d'abord dépendants
des autres, puis nous prenons notre indépendance,
nous apprenons à discerner
le bien et le mal,et nous
devenons
adulte.
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