Je ne devrais
pas nourrir de telles
pensées !
Le mari de Sylvie
était dans sa dernière année d'études
à la Faculté de théologie, et se préparait au pastorat.
Malgré tout le zèle déployé pour honorer sa vocation,
les années d’études furent ardues.
Eric et Sylvie avaient trois enfants de moins de quatre ans,
très peu de temps pour eux-mêmes et
ils étaient toujours à court
d'argent.
Sylvie se débattait
avec l'idéal qu'elle s'était forgé d'une bonne épouse
et mère chrétienne.
Elle ne se plaignait jamais de leurs
difficultés matérielles.
Après tout,
n'avait-elle pas été enseignée
que toutes choses étaient possibles
avec l'aide de Dieu ?
Elle avait un problème,
une peur obsessionnelle de pousser ses enfants
hors de la voiture lorsqu'elle conduisait.
Au début, elle parvint à ne pas tenir compte
de ces pensées, espérant qu'elles s'évanouiraient d'elles-mêmes.
Mais les images mentales de cet acte persistaient
; elle s'efforça alors d'apprendre par cœur des versets
traitant de la prière, et de nourrir
des pensées pures.
Mais inlassablement,
les pensées meurtrières l'assaillaient
au point qu'elle n'osait plus conduire ses enfants nulle part.
Elle s'obligea à rester à la maison.
Terrifiée par ce qui lui arrivait,
elle vint me demander
conseil.
Nous avons cherché à savoir
d'où ces pensées pouvaient bien provenir.
« Avez-vous déjà songé que vous êtes peut-être
en colère contre les enfants,
à cause de vos nombreuses responsabilités
envers eux, lui demandai-je,
et qu'à certains moments vous aimeriez
être débarrassés d'eux
. Ma question la fit sursauter.
« Me débarrasser de mes enfants ?
Jamais de la vie ! Je les aime trop.
Comment pouvez-vous même imaginer
pareille chose ?
Je n'ai pas suggéré
que vous n'aimiez pas vos enfants.
J'ai simplement émis l'idée
que vous pourriez être en colère à cause des difficultés
que vous affrontez, vous et votre mari,
et que par moments, vous pourriez être amère
en raison de l'ampleur
de votre tâche.
Ce n'est pas bien de nourrir du ressentiment.
Ce n'est pas le fruit de l'Esprit.
Vous ne devriez pas en éprouver,
moi non plus.
Je sais que le ressentiment n'est pas
un sentiment noble,
et qu'il ne figure pas parmi les fruits de l'Esprit.
Je pense cependant qu'au fond de vous-même,
vous éprouvez du ressentiment à l'encontre de vos enfants
, autrement vous n'auriez pas la pensée
de les pousser hors de la voiture.
Mais je n'ai pas le droit d'avoir de telles pensées.
Ce n'est pas bien.
-Estimez-vous devoir ne penser qu'à des
choses « bonnes » ?
-C'est en tout cas ce que je suis supposée faire,
répondit-elle, un peu moins sûre d'elle.
Je suis supposée éprouver de l'amour,
de la patience, de la joie et d'autres vertus de ce genre.
Pas du ressentiment et de la haine
pour ce que je dois faire.
-Et que faites-vous lorsque vous éprouvez
du ressentiment et de la haine ?
Je ne me permets pas d'entretenir de tels sentiments.
Je n'ai pas le droit. Ce n'est
pas spirituel.
Et si c'était pourtant normal
de ressentir de tels sentiments ?
Penseriez-vous alors qu'ils auraient leur
place en vous ?
Mais ce n'est pas normal. Ce serait un péché.
Qu'est-ce qui vous fait dire que
vous êtes sans péché ? »
Elle parut décontenancée.
Sylvie était écrasée par ses responsabilités,
par le manque de soutien de son mari
et de ses amis, et par ses besoins non satisfaits.
Sa colère n'avait donc rien d'étonnant.
Et le déni de sa colère produisait des pensées irrationnelles.
En comprenant progressivement ce que la Bible
dit vraiment de l'aspect négatif de notre personne,
elle trouva non seulement la liberté de reconnaître
qu'elle avait du ressentiment, mais aussi le courage
de trouver des solutions à
ses problèmes.
Elle rencontra des personnes de confiance
à qui elle put exprimer toute
la souffrance, les blessures et la colère qu'elle avait enfouies
au fond d'elle-même pendant des années.
Elle se rendit compte que tout
son activisme
n'était qu'une stratégie pour l'empêcher
de ressentir la
douleur
. En mettant sa douleur à nu
et en permettant à des gens aimants de la soigner,
elle découvrit qu'elle n'avait pas du tout besoin
de s'affairer à ce point
dans la vie.
L'image de Sylvie
en tant que personne remplie d'amour,
qui répond toujours positivement à quiconque se trouve
dans un besoin, commença à changer.
Elle finit par comprendre
qu'il n'y avait rien de coupable à dire non aux gens
qui lui présentaient leurs requêtes.
Une vie d'obligations, l'obligation d'être patiente,
de faire passer le service d'autrui
avant le sien propre, de ne pas se mettre en colère,
l'avait empêchée de résoudre ses problèmes profondément
ancrés en elle.
Désormais, avec la faculté de ne plus faire passer
ses propres besoins à l'arrière-plan,
de pouvoir se réserver du temps pour elle
, d'être en colère, elle put faire face à la vérité
et commencer à résoudre son vrai problème :
sa colère devant son impuissance.
En reconquérant du pouvoir sur sa vie et en
faisant preuve d'une plus grande maîtrise de soi,
elle élimina la colère.
De plus, quand elle avait des sentiments coupables
et adoptait de mauvaises attitudes, elle avait
la liberté de l'admettre.
Les changements opérés
à l'intérieur de Sylvie se virent bientôt à l'extérieur.
Elle apprit à fixer des limites aux exigences irréalistes
de son mari, à demander de l'aide à ses amis
et à sa famille quand elle en avait besoin.
Elle n'attendit plus d'être au bout du rouleau
et malade pour songer à prendre du temps pour elle.
Au lieu de vouloir être tout à la fois épouse,
mère, enseignante, responsable des voisins et
membre du conseil d'administration de l'église,
elle se fixa elle-même des objectifs
plus raisonnables.
Bref, elle reconnut sa colère et ses blessures ;
au lieu de les laisser s'envenimer et
se transformer en amertume, elle s'appuya sur elles pour
résoudre ses difficultés
relationnelles.
Les moyens que nous choisissons pour éviter de souffrir
Prise dans un piège,
Sylvie était coincée entre deux vérités contradictoires
: « Je ne devrais pas éprouver ces sentiments.
Mais je les éprouve tout de même. »
Que faites-vous quand vous découvrez en vous
des sentiments que les « bons chrétiens »
sont supposés ne pas éprouver ?
Ou quand vous constatez que vous faites ce
qu'un « bon chrétien »
ne devrait pas faire ?
Si nous refusons de reconnaître nos sentiments
et nos comportements négatifs,
nous choisissons habituellement l'un des trois
moyens suivants pour les traiter.
Le déni
Lorsque Sylvie niait les sentiments
qu'elle estimait ne pas devoir ressentir,
son déni provoquait des pensées
obsessionnelles.
Le roi David connaissait déjà cette vérité lorsqu'il pria :
« Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur !
Éprouve-moi, et connais mes préoccupations !
Regarde si je suis sur une mauvaise voie,
et conduis-moi sur la voie de l’éternité ! »
Psaumes 139.23-24
Il pressentait qu’il avait peut-être choisi
de mauvaises voies.
Au lieu de les nier, il tenait à faire face à la vérité.
Il ne craignait pas d'affronter sa méchanceté,
car il savait que la grâce de Dieu était assez
grande pour la surmonter.
Non seulement le déni entraîne
des symptômes psychologiques comme la dépression ou l'angoisse,
mais il nous incite aussi à nous ériger en juges d'autrui,
car nous ne sommes pas capables de les voir clairement.
Nous reprochons souvent vertement aux autres
ce que nous nions pour nous-mêmes :
« Tu es donc inexcusable, qui que tu sois, toi qui juges,
car en jugeant les autres, tu te condamnes toi-même,
puisque toi qui juges, tu agis comme eux »
Romains 2.1
La Bible déclare que nous avons tort
de nier notre nature pécheresse.
Le Seigneur Jésus a maintes fois souligné notre nécessité
de confesser notre péché et de reconnaître notre nature pécheresse.
« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur
. Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes
que sortent les mauvaises pensées, prostitutions, vols,
meurtres, adultères, cupidités, méchanceté, ruse, dérèglement,
regard envieux, blasphème, orgueil, folie.
Toutes ces choses mauvaises sortent
du dedans et rendent l’homme impur »
Marc 7.20-23
Jésus veut que nous assumions nos sentiments,
quels qu'ils soient, au lieu de les masquer
sous une activité religieuse.
Jésus se montra extrêmement sévère
pour ceux qui niaient leur nature pécheresse :
« Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites !
Parce que vous purifiez le dehors de la coupe et du plat,
alors qu’en dedans ils sont pleins de rapine et d’intempérance.
Pharisien aveugle ! Purifie premièrement l’intérieur de la coupe
et du plat, afin que l’extérieur
aussi devienne pur »
Matthieu 23.25-26
Le déni n'est visiblement pas la solution préconisée par la Bible :
« Si nous disons que nous n'avons pas de péché,
nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité
n'est point en nous »
1 Jean 1.8
Or, voici une bonne nouvelle :
nous avons une pleine sécurité dans l'amour et la grâce de Dieu
. Nous pouvons endosser notre péché et
notre nature pécheresse, sans pour autant
craindre d'être
condamnés.
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