La
vie de Jésus
à Nazareth, cette vie
qu’on a dite « cachée », n’a pas
cessé de nourrir l' imagination de tous ceux
qui ont accordé une importance
à la personne de Jésus.
Des évangiles
apocryphes
aux
dernières
productions
promettant des
révélations sur la
vie privée du Christ, la
différence n’est au fond
que dans la forme;
les Évangiles
laissent
fort
peu de place
aux « scènes de la
vie privée » et à l’enfance
du Christ et les informations
personnelles sur la
famille et les
amis de
Jésus
sont
délivrées
parcimonieusement,
ou passées sous silence.
Au fond, on pourrait dire que les
rares scènes touchant à la vie
personnelle du Christ
ont été écrites
par
les
auteurs
des Évangiles
dans la mesure où elles
faisaient partie de la vie publique
de Jésus.On pourrait ajouter
que la conception de vie
personnelle ou privée
n’avait pas
cours
dans
l’
Antiquité;
les évangélistes
n’ont pas été conduits
à nous montrer autre chose
que des éléments notables
et connus de la vie
du Christ.
L’
annonce
du royaume
que Christ fait aux
hommes n’est donc pas du
ressort d’une quelconque « sphère privée » ,
n'est pas liée à sa famille , son
éducation , sa tradition
Ils lui dirent donc :
Où est ton
Père ?
Jésus
répondit :
Vous ne connaissez
ni moi, ni mon Père. Si vous
me connaissiez, vous connaîtriez
aussi mon Père.
Jn 8:19
Il suffit de voir
l’ellipse
qui
suit le
récit de la
Nativité dans les
Évangiles selon Luc
et Matthieu,
et le
début
du récit
accompagnant
celui de la vie publique
chez Marc et Jean : rien n’est dit de
la vie de la famille de Jésus
Que peut-on tirer de ces
quelques lignes
elliptiques
sur la
vie
du Christ à
Nazareth, ainsi que
de ces rares scènes de l’enfance
du Christ ?On est tenté de conclure,
à la lecture de l’Évangile de Luc,
pourtant le plus prolixe sur
la jeunesse du Christ,
que l’enfance
n’est pas
à
proprement
parler l’âge où le
Christ est pleinement lui
même aux yeux des hommes
.Contrairement au Jésus des Évangiles
apocryphes,le canon des Évangiles ne
nous présente pas un Enfant Jésus
justicier capable de terrasser
son camarade de jeu
parce qu’il aurait
détruit
ses
tas de sable...
(lu dans un apocryphe )
L’Enfant Dieu n’a rien d’un super-héros.
Faut-il alors parler de Jésus comme d’un enfant
tout à fait sans histoires ? L’épisode
duTemple va un peu contre
cette idée(Lc 2 41–50).
Les deux mentions
que porte
l’
Évangile
de Luc avant
et après cet épisode ne
sont pas tout à fait
anodines
elles non
plus :
« Cependant
l’enfant grandissait,
se fortifiait et se remplissait
de sagesse. Et la grâce de
Dieu était sur lui. »
Lc 2 40
« Il
redescendit
alors avec eux et
revint à Nazareth ;
et il leur était soumis. Et
sa mère gardait fidèlement toutes
ces choses dans son cœur. Quant à Jésus,
il croissait en sagesse, en taille, et
en grâce devant Dieu et
devant les hommes. »
Lc 2 51–52
C’est
l’histoire
de la construction
d’une maturité humaine
qui se dessine entre ces lignes,
c’est aussi l’Histoire du Salut qui se
prépare en ces instants. Ces quelques mots
de l’évangéliste sont paradoxalement
riches au point d’avoir suscité des
commentaires nombreux. Il
faut noter à propos de
l’épisode où Jésus,
après la fête
de la Pâque,
reste
au Temple
à s’instruire
avec les docteurs,
sans se préoccuper de
ses parents qui repartent
à Nazareth, que c’est le seul
épisode détaillé de l’enfance de
Jésus, où se manifeste sa volonté
de savoir, de grandir en
sagesse. C’est la seule
entorse à la vie
familiale
où
Jésus
affirmel’importance
primordiale d’être à son Père
Que l’on entende dans la maison
de son Père ou bien aux affaires de son
Père, ce qui compte ici, c’est la réalité
profonde et théologique d’union
avec le Père que désigne
le texte
grec
Toutes
choses m'ont
été données par
mon Père, et personne
ne connaît qui est le Fils, si
ce n'est le Père, ni qui est le Père,
si ce n'est le Fils et celui
à qui le Fils veut le
révéler.
Lu 10:22
Est
ce un
épisode destiné
à l’édification des parents
par le Fils ? Ou bien n’est-ce pas
plutôt une étape de la vie de Jésus
qui honorait en tout ses parents et
« leur était soumis »mais à un
moment donné perçut
trop clairement
l’appel
de
son Père
pour ne pas y
répondre ? L’épisode
en lui-même est riche en
enseignement en ce qu’il montre
comment la vocation personnelle du
Christ dépasse sa famille, sa mère qui ne
la comprend pas mais l’accepte en « gardant
fidèlement toutes ces choses dans son cœur ».
Cette vie à Nazareth, dont nous savons
qu’elle est une vie de famille, une
vie où l’enfant grandit, est tout
le contraire d’une vie où
les désirs des parents
prendraient le pas
sur ceux de
l’enfant,
ou bien
où
Jésus
serait un
enfant roi tyrannique.
Elle est une vie d’équilibre,
où la volonté du Père compte avant
tout, et où l’amour familial s’en
inspire sans toujours tout
comprendre.
°°
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