"Pour le comprendre,
il fallait marcher avec lui,
descendre de son pas léger vers le lac.
Pour comprendre Jésus il fallait retourner à Tibériade,
y pêcher notre poisson du jour,
le faire griller entre deux pierres…
puis tout à coup sentir une main sur notre épaule ;
après la fatigue du chemin, c’était le signe
que l’on pouvait s’asseoir.
Puis, écouter.
Ne pas s’étonner alors
si les arbres se penchaient,
si les chiens se taisaient,
il n’y a que ceux qui se croient sages
qui ne se sentent pas
concernés…
Sa voix n’est pas si grave qu’on l’imagine,
elle garde l’empreinte de son sourire,
cela n’enlève rien à la profondeur de ce qui est dit.
On ne comprend pas tout de suite,
mais il suffit d’avoir reçu une gifle de l’océan
pour savoir qu’il nous faudra
apprendre à nager.
Ses paroles sont des semences,
du grain jeté en terre, elles doivent traverse l’hiver,
celui de nos doutes ou de nos
explications inutiles.
Puis un jour «la Parole se fait chair».
On comprend parce qu’on a vécu,
parce qu’on a mis en pratique.
Comme si l’intelligence de l’Amour
ne se révélait qu’aux actes. (…)
Il ne faudrait pas séparer les paroles
et la vie de Jésus
(pour une fois que l’on rencontre quelqu’un qui dit ce qu’il pense,
et qui fait ce qu’il dit !) ;
alors replaçons chacune de ses paroles
dans son contexte de vin et de pain partagés,
mais aussi de blessures et
de sang versés.
Car cette parole a un visage
et ce visage a tous les visages de l’homme.
Celui du sage qui enseigne
les voies de la béatitude et de la patience
face à l’échec et aux souffrances,
le visage de l’homme qui marche sur la terre
avec sa faim, sa soif et ses amis.
Il prend soin des malades,
il écoute encore plus tendrement qu’il ne parle,
et les possédés dans son regard retrouvent
les étincelles de la
liberté (...)"
JY Leloup
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