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2012-03-23T08:02:00+01:00

double contrainte :exemples

Publié par sulamite -

 

 

 

 

L'

analyse

d'un incident

survenu entre un

schizophrène et sa mère

illustre bien la situation de double contrainte.

Un jeune homme qui s'était assez bien

remis d'un accès aigu de

schizophrénie, reçut

à l'hôpital la visite

de sa mère.

I1

était

heureux

de la voir et mit

spontanément le bras

autour de ses épaules; or, cela

provoqua en elle un raidissement.

I1 retira son bras; elle demanda: «Est-ce que tu

ne m'aimes plus ?». I1 rougit, et elle continua:

«Mon chéri, tu ne dois pas être aussi

facilement embarrassé et effrayé

par tes sentiments».

Le patient ne fut

capable

de

rester avec

elle que quelques

minutes de plus; lorsqu'elle

partit, il attaqua un infirmier et

dut être plongé dans une baignoire.

I1 est évident que cette issue aurait pu être

évitée si le jeune homme avait été capable

de dire: «Maman, il est clair que c'est

toi qui te sens mal à l'aise

lorsque je te prends

dans mes

bras,

et

que tu

éprouves de la

difficulté à accepter

un geste d'affection de ma part»

. Mais, pour le patient schizophrène,

cette possibilité n'existe pas: son extrême

dépendance et son éducation l'empéchent de

commenter le comportement «communicatif»,

de sa mère, alors que, pour sa part, elle

n'hésite pas à commenter le sien,

le forçant à accepter

cette situation

et à

 

cameleonjaunervb


affronter

une série de sous-entendus

compliqués, qui peuvent

être décomposés

comme

suit:

La

réaction de

refus de la mère devant

le geste affectueux du fils est

parfaitement masquée par la condamnation

qu'elle fait de son retrait à lui; en acceptant

cette condamnation, le patient nie sa

propre perception de la

situation.

 

Dans

ce contexte,

la question de la mère:

«Est-ce que tu ne m'aimes plus ?

», semble sous-entendre:

«Je suis
digne d'amour». 

«Tu devrais m'aimer et,
si tu ne le fais pas, c'est que tu
es méchant ou
fautif». 

«Tu
m'aimais
avant, et maintenant
tu ne m'aimes plus». L'accent est
ici déplacé de l'expression de l'affection
du fils à son incapacité d'être affectueux. Et, dans la mesure
où le patient a effectivement ainsi détesté sa mère,
elle a la partie belle: le patient répond comme
on l'y incite, en se culpabilisant,
ce qui permet à la mère
d'attaquer. 

«Ce
que tu viens
d'exprimer n'était pas
de l'affection».
Pour
accepter cette
proposition, le patient
doit nier tout ce que sa mère
et son environnement culturel lui ont
enseigné sur la façon d'exprimer son affection.
I1 doit aussi remettre en question tous les
moments où, avec elle ou avec
d'autres, il avait cru
éprouver
de
l'affection
et où l'on semblait
considérer celle-ci comme réelle.
I1 fait ainsi l'expérience d'une situation
dans laquelle il perd complètement pied,
il est amené à douter de la fiabilité de
l'ensemble de son expérience
passée.
La

proposition:

«Tu ne dois pas être

aussi facilement embarrassé

et effrayé par tes  sentiments», semble

sous-entendre

ceci:

«Tu
n'es pas comme moi et tu es
également différent de tous les êtres normaux
et gentils parce que, nous autres, nous
exprimons nos
sentiments». 

«Les
sentiments que tu
exprimes sont bons, ce qui
ne va pas c'est simplement que, toi,
tu ne peux pas les
assumer».

Bien que,

par son raidissement,

la mère ait signifié: «ces sentiments

sont inacceptables», elle dit ensuite à son fils de ne

pas être embarrassé par des sentiments

inacceptables. Or, il a été

longuement

dressé

pour

reconnaître

ce qui est acceptable

ou non, pour elle et pour la société;

il se retrouve donc, une fois encore, en contradiction

avec les enseignements du passé. S'il n'avait

pas peur de ses sentiments (ce que sa mère

semble ,considérer comme positif)

, il n'aurait pas à avoir peur

de son affection

et pourrait

ainsi

faire remarquer

à sa mère que c'est bel

et bien elle qui en a peur. Mais cette

compréhension lui est interdite, puisque

toute l'approche de la mère consiste

à masquer ses propres

points faibles.

L'impossible

dilemme peut

alors se traduire ainsi:

«Si je veux conserver des liens

avec ma mère, je ne dois pas lui montrer

que je l'aime; mais si je ne lui montre

pas que je l'aime, je vais la

perdre»

 

 

Ces

méthodes

particulières de

contrôle ont pour la mère

une importance capitale, comme

en témoigne encore de façon frappante

la situation interfamiliale d'une jeune

schizophrène, qui inaugura sa

thérapie par ces mots:

«Ma mère a

du se

marier et

maintenant je suis ici.»

Pour le thérapeute, cette proposition

voulait dire

ceci:

La

patiente

est le fruit d'une grossesse illégitime.

Ce fait est lié (dans son esprit)

à sa psychose

actuelle.

«Ici»,

est une référence

à la fois au cabinet du

psychiatre et à la présence sur terre de

la patiente, présence pour laquelle elle devrait

vouer à sa mère une éternelle reconnaissance

, puisque celle-ci a péché et souffert

pour la mettre au

monde.

«A dû

se marier»,

est une référence

au mariage en catastrophe

de la mère, à la réponse qu'elle

a dû donner aux pressions lui enjoignant

de se marier; et, corollairement, au fait que la

mère a souffert de cette situation imposée

et en a voulu à sa fille.Par la suite, les

faits ont confirmé toutes ces

suppositions, au cours

d'une tentative

avortée

de

psychothérapie

que fit la mère. La quintessence

des messages qu'elle avait depuis toujours

adressés à sa fille semblait se résumer comme suit:

«Je suis digne d'amour, je sais aimer et je

suis contente de moi. Toi, tu es digne

d'amour lorsque tu es comme

moi et quand tu fais ce

que je te dis»,

mais

en même temps,

par ses propos et son

comportement, la mère signifiait à sa fille:

«Tu es chétive, inintelligente et différente

de moi (autrement dit, “pas normale”).

A cause de tous ces handicaps,

tu as besoin de moi et

de moi seule;

je prendrai

soin

de toi et

je t’aimerai».

De sorte que la vie

de la patiente n'avait été

jusque-là qu'une série de commencements,

de tentatives d'expériences qui, de par sa complicité

avec sa` mère, avaient toutes tourné court et

s'étaient terminées par un retour

dans le giron

maternel.

Tout

autant que

la mère, le père était

impliqué dans l'homéostasie

intrafamiliale. I1 avait prétendu, par exemple,

que, pour ramener sa fille dans une région

où elle puisse être soignée par

des psychiatres

compétents,

il

avait

dû quitter

un important poste

d'avocat. Par la suite, , le thérapeute

réussit à faire avouer au père qu'il avait toujours

détesté son travail et avait essayé, pendant

des années, de «foutre le camp».

Non sans faire croire à sa fille

que son changement

de situation avait

été fait pour

elle.

Le patient

dans une situation

de double contrainte, connaît un sentiment

d'impuissance, de peur,

d'exaspération et de

rage;

 

extrait

de Vers une écologie

de l'esprit

 













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