F. Le sens des mots
Deux termes sont particulièrement intéressants ici.
Tout d’abord, l’expression
splagkhnizomai
décrivantce que le Samaritain ressent
lorsqu’il voit le blessé à terre:
«Il fut ému de compassion».
Ce verbe grec est dérivé du mot «entrailles»,
c’est-à-dire qu’il eut les entrailles bouleversées.
Les entrailles étaient considérées comme le siège des
plus fortes passions, telles l’amour, la bonté,
la bienveillance ou
la compassion.
Or ce verbe est quasi exclusivement utilisé lorsque Jésus
lui aussi est ému de compassion.
On retrouve ce verbe lorsque Jésus est ému de compassion
devant la foule qui n’a point de berger
(Matthieu 14,14 ou Marc 6,34),
devant la veuve de Naïn qui vient
de perdre son fils unique
(Luc 7,13),
devant les deux aveugles de Jéricho
(Matthieu 20,34)
ou devant le lépreux
(Marc 1,41).
Ce verbe est caractéristique de l’amour de Jésus
pour les humains en souffrance.
A chaque fois qu’il ressent cette compassion,
il va ensuite opérer un prodige:
résurrection, multiplication des pains,
guérison des yeux aveugles ou du lépreux.
Remarquons que c’est lorsqu’il est en chemin,
marchant d’une ville à l’autre (comme le Samaritain)
que Jésus rencontre les personnes blessées
ou malades qui l’émeuvent.
C’est aussi ce verbe qui décrit ce que ressent
le père du fils prodigue lorsque celui revient à la maison
, blessé par la vie
Luc 15,20
Quelle va d’ailleurs être l’attitude de ce père
, semblable à celle de Jésus
ou du Samaritain?
Aller à la rencontre
du blessé sur sa route.
Le deuxième terme intéressant ici
est le mot «prochain».
Pour les Juifs de l’époque, le prochain c’est
le semblable, le membre de leur peuple.
La question du docteur à Jésus est en fait
une question de catéchisme de base en ce temps-là.
La tradition juive éclaire le
questionnement de cet homme
. A cette époque, on était d’accord sur le fait
qu’il fallait aimer son prochain,
c'est-à-dire ses compatriotes et les prosélytes,
mais on débattait pour savoir qui d’autre la Loi exigeait d’aimer.
Lorsqu’il est demandé à Jésus de donner
une définition du prochain,
il doit dire où lui place la frontière de l’amour,
la limite du commandement.
Or Jésus par la parabole, lui donne une définition du prochain
qui se place sur un tout autre plan.
Sa définition du prochain vient en fait répondre
à la toute première question du docteur de la loi sur la vie éternelle
. Car comme le dit le théologien Karl Barth:
«Quand on ignore qui est son prochain,
on prouve par là-même qu’on ignore la miséricorde divine.»
Jésus rappelle au docteur de la Loi qu’avant de chercher
qui il doit aimer, il doit connaître l’amour de
celui qui peut l’aimer
, le sauver.
/image%2F0554638%2F201304%2Fob_3bfaef39b11098f302fba08b1971c8ac_37030251.png)
commentaires