« Les
affaires
sont les affaires »,
dit-on couramment.
Dans notre société
moderne, tout est bien compartimenté :
le public et le privé,
l’éducation
et la
santé, le travail,
les loisirs, la politique,
la religion ou la spiritualité, la science…
et la sacrosainte économie, qui régit
tout du haut de son piédestal.
Aucune activité humaine
ne peut plus se
soustraire à
son
regard
scrutateur.
Elle juge de la
valeur de tout, mais
elle n’est elle-même jugée
par personne. Tout doit désormais
être comptable, rentable et profitable,
sous peine de devenir insignifiant,
délaissé ou même banni.
Cet économisme
outrancier
assure
son emprise
sur des domaines
jadis non monnayables :
les arts, la culture, l’éducation, la science.
Les artistes doivent produire de l’art
qui se vend; les savants doivent
chercher seulement si cela
rapporte des dividendes.
Même le bénévolat
est aujourd’hui
compté
comme une activité
qui contribue à l’économie
et dont celle-ci ne saurait se passer!
L’idéologie économique en vogue
est une véritable religion,
avec ses dieux de
la finance,
ses clercs
comptables,
sa morale du profit
et son seul péché : le déficit.
Il faut sacrifier nos enfants à ces dieux
invisibles qui nous promettent un développement
durable, une croissance sans fin… croissance
réservée aux seuls performants,
paradis millénariste
qui tarde à venir
et qui
impliquerait
la destruction de
notre monde par pollution
et tarissement de nos ressources.
Holà! Je blasphème. En levant
la voix contre l’indicible
mystère du dogme
économique,
je porte atteinte à la
seule chose qui soit vraiment sacrée
dans notre monde : l’argent. Son usage est
strictement règlementé par des codes
de lois et tout l’appareil
étatique et
médiatique
la
protège
des impuretés
de nos consciences.
« Les affaires sont les affaires »,
c’est le tabou de sainteté qui nous tient
à distance, qui nous empêche de
profaner le culte célébré
quotidiennement
dans l’Empire
moderne.
L’Évangile
dénonce cette logique
impérialiste En tant que guide,
l’argent est trompeur
Il engendre des liens basés sur la ruse et le
mensonge, comme l’illustre la parabole du
gérant malhonnête. C’est ça,
« les affaires »
laissées
à elles-mêmes!
L’argent est un maître
ou un faux dieu, qui nous promet
le bonheur si nous le servons, mais qui ne
livre pas la marchandise en bout de ligne
« Aucun domestique
ne peut servir deux maîtres.
Ou bien il haïra l'un et aimera l'autre,
ou bien il s'attachera à l'un
et méprisera l'autre.
Vous ne pouvez
servir Dieu et l'argent. »
Cette idole
essaie de nous
persuader qu’elle est
compatible avec notre religion du cœur
: tant que nous laissons autonomie
et priorité aux « affaires »,
nous pouvons bien
occuper notre
temps libre
à prier
le Dieu que
nous voudrons, en privé,
à nos frais. Ce faux dieu nous
inspire des habiletés de gérance
et des stratégies
de réussite
qui font de nos
proches des ennemis, ou au
mieux des étrangers, et du reste
des humains, des moyens pour s’enrichir.
L’évangéliste Luc est catégorique.
Se soumettre aveuglement
à l’impératif
économique, c’est
apostasier de la foi
au seul Dieu qui sauve.
L’argent est un moyen pour faire
du bien, pas un bien en soi. Le bien véritable
ne se compte pas, mais il se perd facilement.
Et si nous n’apprenons pas à soumettre
l’argent à l’impératif moral,
si nous ne développons
pas des habiletés
à le gérer au
lieu
de nous
laisser gérer par
lui, qui nous confiera
le bien véritable, le bonheur auquel
nous aspirons profondément
et pour toujours?
Gagner
au jeu de
l’argent, c’est investir
sur des faux amis et des fausses
demeures pour l’éternité
Les
affaires
ne sont pas que les
affaires. Il y va de
nos vies!
°°
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