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2011-01-24T07:39:00+01:00

Adam le Rougeâtre

Publié par sulamite -

 

 

 


Le nom

du premier homme,

Adam, vient de l’hébreu ADaM,

racine verbale assez peu fréquente dans la Bible,

qui signifie « être rouge, rougeoyer,

rutiler, étinceler ».

De cette racine

sont issus les mots

suivants :


odém

nom masculin :« rubis » ou

« cornaline »

 

adam

nom masculin,

singulier ou pluriel : « hominidé(s) »,

état primitif du genre humain ;

aussi le nom propre

« Adam » ;

 

adamah

nom féminin : « terre, sol,

argile » ;

 

ademoni

adjectif : « roux, de couleur

rousse » ;


et enfin,

dernier dérivé particulièrement important :

dam - nom masculin :

le « sang ».



Dans

cette liste,

on observe que les mots

« hominidé » et « terre » sont les seuls

à ne plus véhiculer de façon évidente la qualité

d’être rouge ou de rougeoyer, qui vient

du verbe radical et qui se lit

clairement dans tous

les autres mots

issus de

cette racine.

Le sens de la racine,

sève commune à tout l’arbre,

doit pourtant rester vigoureux dans

toutes les branches : il faut

le restituer.


La terre

est la forme

ameublie de la roche.

Le rubis ou la cornaline,

précieux par leur dureté, leur richesse

en métal, sont des minerais,

c’est-à-dire des

roches

exceptionnelles

et rares dans l’immensité

des roches dures ordinaires.

Il en est de même de la adamah,

au milieu du foisonnement des roches tendres,

argiles, craies ou sables. Adamah est un sol tendre

mais de qualité rare comme un minerai, rouge

comme ces pigments que les peintres

appellent “ terre de Sienne brûlée ”

ou “ rouge d’Angleterre ”,

rouge comme

cette

terre latéritique,

très présente autour

de la Méditerranée et que les

géologues appellent précisément terra rossa.

Ce n’est que beaucoup plus tard dans l’histoire

des hommes que la terre arable a été,

par extension, elle aussi désignée

par le même mot adamah.

Mais ce n’est pas le

même matériau.

La terre

arable

n’est pas une matière

minérale pure :elle contient de grandes

quantités d’humus, composé principalement

de déchets de matières organiques,

riches en carbone, ce qui fait

tendre sa couleur vers

le noir.

Or

l’Écriture

est formelle en

nous parlant de la adamah que Yhwh Élohim

prend pour façonner

l’homme :

Aucun
arbuste des
champs n’était encore sur
la terre, et aucune herbe des
champs ne germait
encore :
car Yhwh Élohim
n’avait pas fait pleuvoir
sur la terre, et il n’y avait point
de « Adam » pour cultiver
la « adamah ».
Gn 2, 5

Il n’y avait

donc aucune vie

végétale qui puisse fournir les

déchets organiques que contient la terre arable

et qui la rendent fertile : la adamah qui va

servir à construire Adam est une

substance minérale

pure, vierge

d’humus.

Confondre la terre

arable avec la adamah relève

donc d’une double

erreur :

une erreur linguistique,

qui fait négliger la racine du mot :

la couleur rouge est

occultée ;

une erreur scripturale :

l’absence de matière organique

précisée en Gn 2, 5

est occultée.

Pour

traduire

la adamah de la Genèse

on peut donc employer des mots neutres,

tels que « sol », « argile », ou mieux, des mots plus

marqués par leur couleur, comme « latérite » ou « terre rouge ».

Mais on ne peut pas parler d’« humus » ou

de « glèbe » : ces termes ne sont

conformes ni au texte biblique

ni à la langue hébraïque.

La distinction

pourrait

paraître insignifiante ;

elle est au contraire lourde de sens

  en raison de ses implications

sur les fondements de

la vie spirituelle.

Le rouge

est la couleur

du sang : on l’a vu,

dam vient de la même racine ;

et le sang est le signe de la vie, voire le siège

de la vie pour les Hébreux. Il faut donc voir dans

l’érubescence, caractère principal retenu pour

nommer le sang, un signe puissant

de la montée vers la vie.

Le visage

d’un homme qui

s’anime devient rouge ;

seul le mouvement vers la mort

lui ôtera sa couleur. Le lever du soleil,

la naissance du feu, sont des rougeoiements :

prémices de la lumière et de la chaleur.

Partout, le rougeoiement indique

que quelque chose de nouveau,

de rare, de précieux,

va naître

de l’indistinct,

de l’immobile, de la ténèbre.

Dans le domaine minéral, il en va de même.

Non que tous les minerais soient rouges, bien sûr ;

mais le premier minerai pour le premier des métaux

 le fer — est l’hématite rouge, espèce minérale

très commune qui donne aux sols

riches en fer leur couleur

si caractéristique.

C’est le

cas de la adamah.

C’est cette matière première

que Yhwh Élohim va prendre pour façonner

toute vie, non seulement l’homme mais

aussi toute vie animale

Gn 2, 7 et 2, 19

En choisissant

cette qualité de substance

tirée de la terre, la adamah, Yhwh Élohim

pratique ce qu’on appelle une sélection. Il prend

pour « matière première de la vie »,

animale et pré-hominienne, non

pas n’importe quelle boue

comme on le dit

trop souvent,

non pas

une gangue ni

une scorie, mais bien au

contraire une roche pure, la plus proche

possible du métal, et qui soit en même temps

une matière tendre pour être docile sous

la main du potier, une substance

dont le rougeoiement

est le signe de

son avancée

C’est à

une

sélection

que Dieu procède,

comme il le fera beaucoup

plus tard en choisissant Noé, homme juste parmi

ceux de sa génération (Gn 6, 9).

La adamah, elle aussi,est une

« terre juste »parmi les

terres trop proches

de la poussière

de la mort :

elle

sera le minerai

de la vie d’où émergera

l’homme.


On

comprend

pourquoi il est essentiel

que ce « minerai de l’homme »

soit sélectionné avant que ne se mêle

à la terre aucune matière organique.

Les chaînes carbonées

de l’organique,

qui peuplent l’humus, sont

des produits de décomposition 

: décomposition du vivant par la mort.

Ce n’est pas un hasard si le charbon

a la couleur des ténèbres ;

était-il pensable que

la substance

première

de

l’humain,

sommet de la création

ait pu contenir la substance de la mort ?

Le nom d’Adam nous rappelle ainsi la vocation du vivant :

il est le minerai déjà rougeoyant.

C’est à partir de cette

matière première

que Dieu va

construire

l’Homme

poursuivre

avec lui la montée de

la création vers la lumière divine.

Si l’on veut traduire le mot en français,

plutôt que de chercher à rappeler l’origine de l’homme

dans une substance terreuse (ce qui ne deviendra

nécessaire qu’après la chute responsable

de ce retour à la terre),

il est plus juste

pour la

fidélité

au texte, mais

aussi plus enrichissant

pour la vie spirituelle, de rappeler

le critère ayant servi à la sélection de cette

substance, car il est signe pour la

vocation de l’homme.

Adam ne tire pas

son nom de

la terre

adamah mais,

comme le nom de cette terre

elle-même, il tire son origine du verbe adam

rougeoyer : Adam est le rougeoyant ,ou si l’on

préfère une nuance plus primitive pour

le premier homme :Adam

le Rougeâtre.

°°

 


 

 


 


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