Les
abandonniques
ont toujours deux
caractères en commun :
l'angoisse et l'agressivité qui
se rattachent à un état psychologique
initial, caractérisé par l'absence d'un juste
sentiment du Moi et de sa valeur propre.
C'est sur l'angoisse qu'éveille
tout abandon, sur
l'agressivité
qu'il fait
naître
et sur la
non-valorisation
de soi-même qui en découle,
que s'édifie toute la
symptomatologie
de cette
névrose.
a) les peurs et l'angoisse
Non
valorisé,
l'enfant se trouve
dans un état de faiblesse et
d'impuissance qui donne naissance
aux terreurs. L'adulte qu'il devient ne peut
s'en délivrer, il reste ce qu'il était :
un être prématuré devant
la vie, incapable de s'y
adapter
par
lui-même,
la réalité demeurant
pour lui hostile et inaccessible.
Pour Odier , les peurs et angoisses
de l'abandonnique, soit à l'état de veille,
soit à l'état de sommeil (cauchemar), ont toutes
les caractéristiques des terreurs primaires
de l'enfant en face des êtres et objets
doués par lui d'une toute-puissance
maléfique. On peut
retrouver des
peurs
cosmiques
(tremblement de terre, ...),
physiques (feu, vide, armes, animaux,
maladies, mort, ...), psychiques dont l'objet
central est la peur de manquer
d'amour ou peur de
le perdre.
Parmi
celles-ci il y a :
la peur de se montrer
tel que l'on est : l'abandonnique doute
qu'on puisse l'aimer tel qu'il est, car il a fait
la cruelle expérience de l'abandon,
alors qu'il se proposait à la
tendresse des autres,
tout petit, donc sans
artifice
- la peur
du risque affectif :
l'angoisse de l'abandon et
de la solitude entraînent une peur
intense de tout ce qui peut
comporter un risque
dans ce
sens
a) la
peur de la
responsabilité :
pour éviter ce risque,
l'abandonnique ne s'engage
affectivement vis-à-vis de rien
ni de personne à moins de garanties
sérieuses. D'une manière générale,
il redoute la responsabilité et a
tendance à la rejeter
sur autrui
Hanté
par la peur
de perdre l'amour,
l'abandonnique cherche
à se préserver de ce malheur
et de l'angoisse qui l'accompagne par
des mesures de protection, tantôt négatives
(refus de s'engager, s'infliger l'abandon
pour éviter le sentiment
d'être le jouet d'autrui :
lâcher pour
ne
pas être lâché),
tantôt positives (dévouement,
asservissement à autrui, soin
porté à préserver le
lien, ...).
L'angoisse
abandonnique
a toutes les caractéristiques
du stade de développement élémentaire
auquel elle appartient. C'est l'angoisse
primaire par excellence, liée
à l'incapacité de l'enfant
de satisfaire
ses
propres
besoins et de se
défendre contre les
menaces du monde extérieur.
Elle est immédiate et parfois très confuse,
constituée par un débordement
d'émotion que le Moi est
incapable d'endiguer.
Dès la deuxième
année,
elle
participe
au stade magique
et à la prélogique enfantine,
elle garde ces caractères, quel que
soit l'âge du sujet. Sous le coup d'une
menace de frustration, l'abandonnique
régresse immédiatement au stade
d'impuissance primaire, et
son Moi, envahi par
l'émotion
et la
peur, ressent
le malheur comme
inévitable et déjà
consommé
b) l'agressivité
Elle est
réactionnelle
, consécutive aux privations
d'amour de l'enfance et susceptible
de diminuer, puis de disparaître
au cours du traitement
. Elle se manifeste
par la
vengeance,
faire subir à l'autre
ce dont l'abandonnique a
souffert lui-même et menacer,
frustrer, abandonner. Il fait payer à autrui
ses souffrances passées de mille façons :
- par les exigences sans limite
de son besoin d'amour
Exigences liées
à la
pensée magique,
la plus grande preuve
d'amour qu'il réclame de l'objet
est non seulement d'être compris, mais
d'être deviné. Il s'agit de mettre à l'épreuve pour
faire la preuve , soit en disant le faux pour mettre
à l'épreuve le don divinatoire de l'objet,
et par là même s'assurer de
son intérêt et
de sa
compréhension,
soit de savoir si l'objet
aimera malgré tout le sujet
tel qu'il est et si désagréable qu'il
puisse se montrer, la mesure de son endurance
donnant la mesure de son amour.Exigences
liées à la méconnaissance
de l'intention,
les paroles
sont
trompeuses,
la compréhension
intérieure et les sentiments sont sujets
à caution. Il lui faut des faits, et ces faits seront
envisagés par lui à l'état brut, dépouillés
de leur contexte, des circonstances
connexes, des intentions de
l'objet : "il aurait
pu arriver
à l'heure
s'il
l'avait
réellement
voulu, s'il le désirait
vraiment, il pourrait vaincre
tous les obstacles". Le manque de sécurité
affective joint à un égocentrisme
très primitif abolit le sens
du possible, du réel
et le fait recourir
à la
croyance
magique en
la toute puissance
de l'objet.
Exigences
liées au besoin
d'absolu : l'abandonnique
aspire à tout partager avec l'être qu'il aime,
à tout savoir, à tout faire avec lui. L'attachement
abandonnique est exclusif, il n'admet
ni l'absence, ni le partage,
c'est tout ou
rien.
c) par une attitude passive
Demeuré
fixé au stade
réceptif et captatif
de l'enfance, il attend tout
d'autrui. Dans les cas aigus, il demeure
passif dans tous les domaines de la vie.
Cette lacune est exploitée par
l'abandonnique
dans le
sens
de sa névrose,
pour prolonger la
jouissance d'un état infantile
d'irresponsabilité et pour avoir barre
sur autrui en l'asservissant à ses besoins.
On retrouve ici le déplacement
d'agressivité tendant à
faire supporter par
les objets
actuels
les fautes
commises par les
parents, et leurs nombreuses
conséquences.
d) par
ses interprétations
"fantaisistes et son comportement
masochique
Il
s'agit
dans ce cas
d'un masochisme
affectif
On
peut observer
trois groupes de manifestations
masochiques selon
Guex G.
- les
manifestations
masochiques liées au
besoin de mettre à l'épreuve
pour faire la preuve : résultat de ses
fausses attitudes, ses faux refus, …
qui le privent sans cesse
de ce qu'il souhaite,
de ce à quoi
il aspire.
Ils
accentuent
sa situation d'infériorité,
son état de dépendance
et aboutissent à
l'échec
- les
manifestations
masochiques explosives :
scènes de désespoir, crise de
dévalorisation dirigées contre l'objet
, accès d'angoisse plus ou moins spectaculaires
. Plutôt qu'à se faire consoler et rassurer,
le sujet vise à blesser l'objet,
à le désemparer, à lui
donner de la
culpabilité,
car
le propre
de ces crises est de mettre
en évidence l'irresponsabilité du sujet
et la complète responsabilité
de l'objet
- les
manifestations
masochiques secrètes :
rêveries et fantasmes
masochiques de caractère affectif,
non sexuel. L'agressivité est présente
car dans ses fantasmes, l'objet devient capable
de tout, c'est-à-dire du pire :
tromperies, infidélité,
abandon
e) la non-valorisation
Les
circonstances
traumatisantes qui
ont privé l'enfant de sécurité
affective se sont produites dans
ses premières années, alors que tout son
développement était encore à faire
et que, par conséquent,
l'acquisition
du
sentiment
de la valeur de soi-même
était à venir. Il ne s'agit donc pas ici d'un
sentiment de valeur perdu, mais d'un
sentiment de valeur
non-acquis.
Cette
non-valorisation
de l'abandonnique en
tant qu'objet d'amour s'exprime
en premier lieu par des doutes multiples
envers lui-même : "je ne vaux pas qu'on m'aime"
. Ces doutes ont tendance à se fixer sur des
manifestations extérieures
de la personnalité
ou sur quelque
défaut
physique, autour
duquel se cristallise toute
l'insécurité du sujet. Le mécanisme
de défense en jeu est le rejet de la responsabilité
par la projection à l'extérieur
des causes du
trouble.
Il
arrive
parfois que
des abandonniques
se rendent compte de certaines
lacunes intérieures, c'est à elles que s'accroche
et s'alimente leur sentiment d'impuissance :
manque d'intelligence, de culture, ...
Ce sont alors ces manques
illusoires ou réels
qui justifient
pour
eux leurs
échecs affectifs,
leurs déceptions en amitié
ou en amour. Les doutes de l'abandonnique
quant à lui-même sont renforcés
par un mécanisme qui procède
de la même cause,
c'est-à-dire
de la
non-valorisation,
consistant à survaloriser
autrui dans la mesure même
où l'on se sait dévalorisé. A son tour, la
survalorisation des autres engendre
la tendance à se comparer
sans cesse à eux,
à son propre
détriment.
Cercle
fermé, où
un mal fait naître
un plus grand
mal.
La
non-valorisation
affective amène toujours
l'abandonnique à un sentiment extrêmement
pénible et obsédant d'exclusion,
de n'avoir nulle part
sa place.
De
cette
non-valorisation
découle une fausse notion
de soi-même, un manque de respect
et d'un juste intérêt pour
soi-même.
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