Comment se fait-il que l’individu
aujourd’hui souffre tant de
cette absencede communauté,
de relations ?
Je crois que l’on vit aujourd’hui
dans une société en pleine mutation,
où on communique beaucoup,
mais sans vraiment communier.
Dans le passé, la société était construite
autour du « nous collectif » :
le « nous social, ecclésial et toutes sortes de « nous ».
Cela permettait à chacun
de trouver sa place.
Aujourd’hui, la société se construit autour du « JE » :
le « JE » domine le tout,
et, par définition, il est très égoïste.
Ce qui fait que la société
dite de communication
n’est pas nécessairement une
société de communion.
Communiquer et communier
ne sont pas à confondre.
Et la solitude est précisément un manque
de communion au sens large du terme.
On peut donc dire,
sans trop se tromper,
que la société de communication rend difficile
la relation interpersonnelle.
On constate que, bien souvent,
l’homme a un profond désir d’entrer en relation,
mais qu’en fait il n’y arrive pas
et reste solitaire.
Comment expliquer
ce paradoxe ?
Cela vient du fait que l’homme
est beaucoup plus exigeant aujourd’hui
pour vivre une certaine qualité de vie,
notamment au niveau de la relation humaine.
En Occident au moins,
il semble qu’on ne veuille plus se contenter
de relations superficielles
. C’est un désir réel et profond,
c’est même une volonté assez clairement affichée.
Mais il y a un problème :
on n’a pas appris à construire
ces relations plus exigeantes,
et même c’est là que l’on confond la communication
avec la communion.
On voudrait communier
, mais on ne fait que communiquer,
et bien souvent superficiellement,
notamment avec certains
moyens technologiques actuels.
En développant les villes,
notre société de communication n’a-t-elle pas
fait disparaître les lieux ou les
rituels de communion ?
Il est clair qu’aujourd’hui,
et à condition de comprendre le terme « rituel »
dans son sens positif,
les relations rituelles ont été abolies,
et rien n’a été mis à la place.
Autrefois, aller à la messe ou au culte
constituait un rite de rencontre,
de communion.
Aujourd’hui, la télévision remplace bien souvent
de tels rites de rencontres :
or, pour la communion,
ce n’est pas précisément ce qui est le meilleur,
car, à la télévision,
on se rencontre tout seul.
Quand on regarde un office religieux
à la télévision, on a le service
, mais pas la relation qui va avec.
Jusqu’à présent
, on n’a pas su mettre en place
des rites de rencontre
: c’est une tâche qui est encore devant nous
et qui est un appel pour
chacun de nous.
Comment aider à remettre
les choses à l’endroit, en faisant en sorte que l’homme
puisse s’enrichir de ses relations
et sortir ainsi des solitudes
et de son isolement ?
Il y a ici un pari,
qui consiste à passer d’un individualisme forcené
à un individu responsable.
Pour changer quelque chose,
il faut remettre l’homme au centre,
en écoutant ses besoins relationnels.
Il ne servirait à rien de revenir à l’ancien temps
. Il faut favoriser l’émergence
d’un individu responsable
de ses relations à créer.
Mais pour cela,
il faut apprendre à construire des relations.
Et dans ce domaine,
les rites sont indispensables.
Il faut des endroits, des moments,
des lieux, où on puisse se rencontrer,
pour partager quelque chose.
C’est un des rôles que remplissait l’église
. Mais d’autres lieux peuvent y contribuer.
Par exemple la famille,
qui devrait être un lieu de rassemblement, de partage,
mais qui est parfois une juxtaposition
de solitudes.
Auriez-vous quelques
« recettes » pour remédier
à la solitude ?
Simplement il faut organiser sa vie.
Organiser sa collecte
de signes de reconnaissance positive
par rapport aux autres
. Ne pas dépendre d’une seule personne
ou d’un seul groupe de personnes,
d’un seul lieu,
pour recevoir les vitamines de vie
que sont les relations aux autres.
Il est également indispensable
de prévoir un espace de solitude,
dans le sens positif de la solitude,
c’est-à-dire quand elle me permet
de me retrouver et de ne pas être
submergé par l’environnement.
C’est une solitude choisie,
qui est occasion de silence, d’écoute de soi.
Cette solitude-là est fondamentale
pour bien vivre notre
condition humaine.
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