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Jacques Poujol,
vaut-il mieux parler de solitude au singulier,
ou au contraire des solitudes multiples
qui apparaissent au grand jour ?
Je crois personnellement
qu’il vaut mieux parler des solitudes que de solitude.
Car il y a au moins deux formes de solitudes.
Il y a la solitude existentielle,
liée à la condition humaine,
et due au problème de la mort que l’on doit gérer
. Le conscient de l’homme
sait qu’il va mourir,
mais son inconscient n’a jamais intégré la mort
. Il y a un décalage entre les deux,
provoquant la solitude que l’homme
ressent devant l’existence,
et devant le fait de devoir affronter seul
(parfois avec l’aide de la foi)
ce problème
de la mort.
L’autre solitude
est la solitude relationnelle :
« il n’est pas bon que l’homme soit seul »
. Le pire serait de croire
qu’on peut gérer la solitude existentielle
en sortant de la solitude relationnelle.
Croire qu’en se mettant en couple
ou en vivant ensemble,
on peut gérer la solitude existentielle,
est un leurre.
D’ailleurs, c’est au sein
de cette solitude relationnelle
que prend naissance le sentiment d’isolement
, un sentiment ressenti différemment
par chacun, puisque lié à l’histoire de chacun
. Ainsi, quelqu’un pourra ressentir
ce sentiment, alors qu’il a une
famille proche.
Dans la vie,
on évoque moins souvent l’isolement,
mais plutôt les solitudes,
dont on a souvent honte de parler.
Est-ce que cette honte n’augmente
pas la solitude ?
Il est certain
qu’avoir honte d’être seul n’arrange pas les choses
. Parce que derrière la honte
se cache la culpabilité.
Il s’agit, bien sûr, d’une culpabilité non-dite
, pas évidente et qui se cache :
« est-ce que j’ai fait tout ce qu’il fallait,
est-ce que j’ai été un bon père,
une bonne mère, un bon frère, une bonne sœur,
est-ce que j’ai su mettre en place
ce qu’il fallait ? »
De telles questions,
et bien d’autres, dévoilent une culpabilité
bien réelle,
celle de ne pas se sentir à la hauteur
, de n’avoir pas su répondre aux attentes
de l’entourage.
Il faut même ajouter que,
derrière la honte, il n’y a pas seulement la culpabilité,
mais aussi un peu de colère,
la honte étant toujours un subtile mélange des deux :
culpabilité et colère.
Une telle colère,
évidemment cachée et non-exprimée,
s’exerce contre ce ou ceux
qui ne nous ont pas permis d’arriver
à construire une
relation gratifiante.
Quelles sont les principales causes
pouvant engendrer la solitude ?
Je distinguerais essentiellement
deux sortes de causes :
les causes psychologiques
et les causes relationnelles.
Etre dans le deuil, vivre un deuil
, n’est pas d’abord un problème psychologique,
mais relationnel
. Gérer un deuil et réorganiser sa vie
en conséquence, cela s’apprend.
Mais il faut bien avouer
que certaines personnes sont dans la solitude,
parce qu’elles ont une construction
psychologique déficiente :
elles ne savent pas tisser
des relations avec
les autres.
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