existe-t-il
une joie sacrée
de nature spirituelle,
une joie qui aurait quelque chose à voir
avec Dieu et qui se vivrait uniquement
dans l’expérience de foi ?
Je crois que oui,
et c’est vers Jean et son évangile
que je me tournerai pour
explorer la question.
Voyons d’abord
la perspective de fond qui caractérise
tout le quatrième évangile.
Elle affleure
dans cette parole de Jésus
qui exhorte les Juifs
à ne plus juger d’après l’apparence
mais selon la justice
Jean 7, 24
Pour Jean,
il y a deux façons de regarder le monde
et ce qui s’y déroule.
Il y a d’abord
ceux qui voient le monde
à partir d’en bas,
avec un regard tout humain
qui se butte aux apparences
et ne dépasse pas l’aspect matériel
et superficiel de la réalité.
Tels sont ceux
qui veulent faire de Jésus
leur roi parce qu’il a miraculeusement
nourri la grande foule
6, 14-15
ils n’ont perçu que le pain,
pas la nourriture spirituelle
qu’il symbolise.
Et il y a les autres,
peu nombreux,
dont le regard est aiguisé par la foi ;
ceux-là voient les choses
d’en haut,
avec le regard de Dieu,
pourrait-on dire.
Ils peuvent discerner l’Esprit
et les réalités spirituelles
masquées par les apparences terrestres.
D’après Jean,
la foi permet de percevoir
la gloire du Fils de Dieu
derrière la chair de Jésus
1, 14
et même de voir le Fils de l’homme
remonter au ciel,
là où il était auparavant
6, 62
tandis que les autres
n’y verront qu’un blasphémateur
exécuté sur une croix.
Quant à l’Esprit de vérité,
« le monde est incapable de le recevoir,
parce qu’il ne le voit pas
et ne le connaît pas ;
mais vous, vous le connaissez,
parce qu’il demeure auprès de vous,
et qu’il est en vous. »
14, 17-18
Comment cela se peut-il ?
Le mystère du salut
veut que ceux qui croient en Jésus,
le Fils de l’homme,
soient radicalement transformés
de l’intérieur par l’Esprit :
ils sont nés de Dieu
1, 13
ils ne sont plus de ce monde,
comme Jésus n’est pas de ce monde
17, 16
De fait,
« ce qui est né de la chair
n’est que chair ;
ce qui est né de l’Esprit est esprit. »
3, 6
Autrement dit,
les croyants n’appartiennent plus
à ce monde,
ne perçoivent plus le monde
de la même façon,
ne vivent plus dans le monde
de la même manière ;
du moins, telle est la destinée du croyant :
devenir dès maintenant
des enfants de Dieu,
selon un processus de perfection
qui ne s’achèvera qu’après
la mort :
« Bien-aimés, dès maintenant,
nous sommes enfants de Dieu,
mais ce que nous serons
ne paraît pas encore clairement.
Nous le savons :
lorsque le Fils de Dieu paraîtra,
nous serons semblables à lui
parce que nous le verrons tel qu’il est. »
1 Jean 3, 2
Bref, le croyant
est encore dans le monde,
mais n’est plus de ce monde,
et ne vit plus comme
le monde.
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