On se
souvient de l’histoire :
l’humain (en hébreu : ’aDaM)
que d’aucuns confondent
avec l’homme mâle
(même si ce n’est pas le même mot en hébreu)
se trouve bien seul.
Devant sa détresse,
l’Éternel Dieu le plonge
dans un profond sommeil,
et, selon la version la plus courante,
prélève sur son corps anesthésié
un os surnuméraire :
une côte.
À partir d’elle,
Dieu construit un clone
qui n’en est pas un
puisque présentant des caractères
sexuels différents.
Ève (le clone) est une femme
quand Adam (l’original) est un homme.
Cette histoire
laisserait entendre que l’homme mâle
était premier, que la femme a été créée
pour lui faire plaisir
et qu’il est bien le centre du monde.
Cette version des origines
a toujours rencontré de
chauds partisans.
Avec l’accent...
Le problème
dans cette lecture traditionnelle,
c’est que le mot hébreu traduit en français
dans nos Bibles par
“côte”
n’a jamais cette signification dans la
Bible hébraïque.
Partout ailleurs
ce mot signifie non pas “côte” mais “côté”
Exode 25,12 ; 26,20 ; 1 Rois 6,5…
si bien que le récit de Genèse 2
constituerait une exception.
Il se pourrait bien que les traducteurs
aient été induits en erreur par l’expression
“os de mes os”
Gen 2, 23
qui signifierait qu’à la vue de sa future,
le très perspicace monsieur Adam
reconnaîtrait une partie solide
de son individu.
Mais en hébreu,
la métaphore de l’os
sert aussi à dire l’identité :
en Genèse 7,13,
pour signifier que tout se passe le
“même jour”,
le texte hébreu
dirait alors littéralement
“dans l’os de ce jour” !
On pourrait aussi rapprocher
le passage de Genèse 2
de celui de Genèse 29,14
où, sans qu’il y soit question
de greffe osseuse,
Laban salue son neveu Jacob
par ces mots :
« tu es mon os et ma chair » !
De fait,
le mot hébreu que nous lisons
en Genèse 2
a peu de chances de désigner un os.
Il vaudrait mieux le traduire
comme partout ailleurs par
“côté”
La présence
d’un accent aigu sur un ‘e’
vient changer bien des choses.
Si, en Genèse 2,
on adopte la traduction la plus logique
en utilisant comme ailleurs le mot “côté”,
voilà ce que (re)devient ce
récit des origines :
Dieu “prit un de ses côtés
[un des côtés de l’humain]
et referma la chair à sa place.
L’Éternel Dieu forma une femme
du côté qu’il avait pris de l’humain
et il l’amena à l’humain”.
Cette traduction
pose encore quelques problèmes.
La désignation de l’homme mâle
comme “l’humain”
pourrait laisser entendre que la femme
ne le serait pas.
Mais le texte ne dit pas cela
puisqu’il fait des femmes
l’autre partie de l’humanité
. L’homme n’est ici que ce qui reste
d’un humain originel
qui aurait été à la fois homme et femme
avant que ces deux côtés
ne soient séparés.
De là naissent sa nostalgie
comme son désir de retrouver
et de serrer contre lui cette part
de lui-même :
“l’homme quittera donc père et mère
pour se souder (c’est le sens du verbe hébreu)
à sa femme et, pendant un instant,
ne plus former avec elle
qu’une seule chair”.
Si la femme
est un homme comme les autres,
l’homme avec une cicatrice
à la place du nombril
n’est pas forcément le nombril
du monde.
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