Le verbe grec
kaluptô
signifie
cacher, dissimuler, voiler,
Kaluptô
n’est pas très représenté
dans le Nouveau Testament,
une petite dizaine de fois
tel quel.
Deux mots lui font
de l’ombre pourrait-on dire
et le dissimulent derrière leur importance.
Le premier de ces mots
est un synonyme de kaluptô et c’est krupto,
autre verbe grec signifiant cacher.
Nous connaissons kruptô
qui s’est transmis dans toute
une famille de mot :
crypte, cryptogramme, apocryphe,
etc…,
Kruptô
est plus souvent employé
que kaluptô dans le N T
L’autre mot
dont l’importance relègue kaluptô
au second plan,
c’est son contraire,
qui est composé à partir de
kaluptô : apokaluptô (révéler),
accompagné de la célébrissime
apokalupsis, apocalypse
: révélation.
Ce dernier mot
n’est même pas traduit,
ce qui lui est finalement dommageable
puisque le sens populaire de
“fin du monde catastrophique”
qui lui est attribué est à mille lieu
de son sens véritable.
Etrange opération
qui revient à faire dire à un mot quasiment
le contraire de ce qu’il signifie, à en cacher le sens,
le dissimuler , ce qui est quand
même un comble
quand il s’agit du mot
révélation !
Comme si finalement kaluptô
avait subrepticement repris le dessus
sur apokaluptô
et recouvert la révélation
sous les voiles agités des peurs et des
violences des
hommes.
Recouvrir
est aussi une bonne traduction
de kaluptô.
Elle est par exemple
celle qui rend le mieux compte
d’un autre mot de dictionnaire
de la langue française issu de kaluptô.
C’est ‘eucalyptus’,
l’arbre australien préféré des koalas,
mais qui pousse maintenant en abondance
dans nos contrées.
Dans le mot eucalyptus,
calyptus signifie donc caché et le préfixe
eu donne l’idée de bien.
Qu’est-ce qui est donc si bien caché
dans l’eucalyptus que cela
lui vaut son nom ?
Ce sont les étamines des fleurs
qui représentent les éléments remarquables
de la floraison des eucalyptus.
Avant de s’épanouir à maturité,
ces étamines sont enfermées
dans un étui parfaitement recouvert
d’un opercule :
eucalyptus.
On retrouve des voiles
sous la plume de Paul
dans la deuxième épître aux Corinthiens,
C’est un long passage
très dense et il faudrait lire l’ensemble
des chapitres 3 et 4.
Mais plus brièvement :
il y a d’une part
un voile sur le cœur
de ceux qui lisent la Loi de Moïse
sans être tournée
vers le Christ :
Nous ne faisons pas
comme Moïse
qui se mettait un voile sur le visage
pour éviter que les Israélites
ne voient la fin d’un éclat passager.
Mais leur intelligence s’est obscurcie !
Jusqu’à ce jour,
lorsqu’on lit l’Ancien Testament,
ce même voile demeure.
Il n’est pas levé,
car c’est en Christ
qu’il disparaît.
C’est seulement
par la conversion au Seigneur
que le voile tombe
. Car le Seigneur est l’Esprit,
et là où est l’Esprit
du Seigneur,
là est la liberté.
Et nous tous,
qui, le visage dévoilé,
reflétons la gloire du Seigneur,
nous sommes transfiguré
en cette même image,
avec une gloire toujours plus grande
par le Seigneur, qui est Esprit.”
2 Co 3,12-18
Il y a d’autre part
un voile sur l’Evangile
pour les incrédules :
“…Aussi, puisque
par miséricorde nous détenons
ce ministère
, nous ne perdons pas courage.
Nous avons dit non aux procédés
secrets et honteux,
nous nous conduisons sans fourberie,
et nous ne falsifions pas
la parole de Dieu,
bien au contraire,
c’est en manifestant la vérité
que nous cherchons à gagner la confiance
de tous les hommes
en présence de Dieu.
Si cependant
notre Evangile demeure voilé,
il est voilé pour ceux qui se perdent,
pour les incrédules
dont le dieu de ce monde a aveuglé l’intelligence,
afin qu’ils ne perçoivent pas l’illumination
de l’Evangile,
de la gloire du Christ,
lui qui est l’image
de Dieu.
Non, ce n’est pas nous-mêmes,
mais Jésus-Christ Seigneur
que nous proclamons.
Quant à nous-mêmes,
nous nous proclamons vos serviteurs
à cause de Jésus.
Car le Dieu qui a dit que la lumière brille
au milieu des ténèbres,
c’est lui-même qui a brillé
dans nos cœurs
pour faire resplendir la connaissance
de la gloire qui rayonne sur
le visage du Christ.”
2 Co 4,1-7
Si l’Evangile est voilé pour les incrédules
c’est en fait parce qu’un voile
a été jeté sur leur intelligence.
C’est l’intelligence qui est voilée,
comme l’est le cœur de ceux
qui lisent la loi de Moïse
sans l’éclairage du Christ.
De l’une ou l’autre manière,
ce voile empêche de voir et surtout de comprendre
soit le sens profond de la loi de Moïse -
et Paul pense alors aux juifs-,
soit la Bonne Nouvelle
qu’annonce Paul aux païens.
A la lecture des épîtres de Paul,
nous pouvons comprendr
e que le sens de la Loi révélé par la croix du Christ,
ce n’est pas l’obéissance à toutes les prescriptions –
cela, c’est ce qui voile-,
mais c’est l’amour du prochain
qui s’inscrit dans le projet divin
de réconciliation.
La Bonne Nouvelle, elle,
n’est pas une promesse de puissance –
cela, c’est le voile-,
mais c’est le don de la grâce de Dieu
au coeur même de la
faiblesse humaine.
°°
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