Le récit de Babel
Genèse 11
se situe entre deux alliances :
• l’alliance avec Noé précédée
d’un jugement
• et l’alliance avec Abraham
débutant par une bénédiction.
L’épisode de Babel
interrompt la généalogie des descendants de Noé
qui énumère, au chapitre 10,
la dispersion des clans
et des langues.
Projet des hommes
Genèse 11,1-4
Une première période se situe dans
un monde unifié où
“la terre entière se servait de la même langue
et des mêmes mots ;
les hommes y coexistent
en un ensemble indifférencié.
Cette masse humaine décide
de se sédentariser dans la vallée de Shinear,
en Mésopotamie
l'Irak actuelle
Un projet est énoncé :
« Bâtissons-nous une ville
et une tour dont le sommet
touche le ciel »,
projet fermé, centré sur eux-mêmes,
et répété de l’un à l’autre :
« Moulons des briques,
faisons-les cuire au feu ».
La brique
est en effet l’élément traditionnel de
la construction mésopotamienne,
symboliquement ,
elle représente l'uniformité des gens qu'on met
dans un moule
alors que la pierre est utilisée par
les Israélites.
Symboliquement , la pierre représente
une identité propre
les pierres vivantes que Dieu ,
lui , taille comme
Il veut
• Ce projet est énoncé
à l’impératif pluriel, ordre reçu
que chacun admet et répète ;
il se précise :
« Faisons-nous un nom ».
Or pour un hébreu,
le nom exprime l’identité de la personne ;
alors pourquoi “se faire un nom” ?
pour éviter la dispersion
qui semble la grande peur
de cette masse humaine ou encore
pour imiter “le NOM”
une des manières juives de mentionner
Dieu sans le nommer
et se diviniser ?
• De ce projet,
Dieu est totalement écarté.
Même la tour a perdu sa finalité religieuse :
le dernier étage des ziggourats
de Mésopotamie
était le lieu de rendez-vous du dieu de la cité
et du roi.
Rien de tel ici,
cette tour doit toucher le ciel
et ainsi faire incursion dans le
monde de Dieu.
• L’unité des hommes
est réalisée, mais dans une uniformité
de pensée et de culture,
où aucune singularité ne peut s’exprimer.
Symboliquement
Babylone,
est le régime autoritaire qui a
imposé aux peuples dominés la servitude
des travaux et la langue
du conquérant …
Décision de Dieu
Genèse 11,5-8
La deuxième période
de ce récit concerne Dieu :
l’homme n’y apparaît pas.
Il n’est donc aucun dialogue possible
entre eux.
Dieu se comporte comme un homme ;
Il regarde, réfléchit, constate :
« Tous sont un seul peuple, et ont
une seule langue,
rien… ne sera irréalisable
pour eux ».
• Ce projet est dangereux
pour les hommes
dont la puissance est devenue redoutable
du fait de leur langage unique
. Aussi, devant ce projet inauguré
par la démesure humaine,
la décision de Dieu est-elle prise
«Mélangeons leur
langue ;
qu’ils ne s’entendent plus … »
et Dieu les dispersa
et ils cessèrent de bâtir
la ville.”
• Comme les ruines visibles
de la ziggourat de Babylone,
la tour semble être restée inachevée …
“la ville est nommée Babel”,
que l’étymologie fait dériver du verbe
BâLaL, ‘embrouiller’, ‘mélanger’ !
Le nom ‘Babylone’
signifiant en akkadien
“porte des dieux”,
on mesure l'ironie ...
Ainsi, le mélange des langues
et la dispersion
des peuples peuvent être lus
comme la punition
de l’orgueil des grands empires
qui veulent tout dominer et rivaliser avec Dieu.
C’est aussi le moyen radical
de libérer les peuples asservis,
et de les laisser vivre leur singularité ;
libérer les humains de leurs fantasmes
de puissance,
et leur permettre de vivre comme
créatures de Dieu ;
°°
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