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2009-04-11T07:01:00+02:00

Aveugle

Publié par sulamite -


Tuphlos

est employé

comme nom commun ou

comme adjectif.

La quasi-totalité de ses emplois

dans le N T

se trouve dans les évangiles.

Chacun des quatre évangiles

met en scène des récits de guérison

d’aveugles par Jésus,

mais également,

on découvre dans les évangiles de Matthieu,

Luc et Jean,

des discours où tuphlos

est employé comme une métaphore,

une image.


En effet, aveugle, tuphlos,

désigne une personne privée

de la vue mais aussi quelqu’un manquant

de discernement, de compréhension.

Il en est de même en français où l’expression

je ne vois pas” signifie, “je ne comprends pas”.

Le double sens est

couramment employé,

il ne nécessite aucune explication,

on voit très bien ce dont

il s’agit !
Le sens métaphorique de tuphlos

est connu largement dans l’Antiquité

dans le monde grec et aussi

dans le judaïsme.

L’image se prête

parfaitement bien au domaine de la foi,

quand il est question

par exemple de révélation,de dévoilement,

l’aveugle, l’incrédule,

ne voit pas ce qui est révélé et que

d’autres voient bien.

Toute une série d’autres métaphores

autour de la vue et des possibilités de voir

(ou pas) entrent avec tuphlos

dans ce grand champ de la compréhension

et de la foi,

comme par exemple les images

de la lumière et de l’obscurité,

du jour et de

la nuit.

Le passage

de la cécité à la vue

indique le mouvement spirituel

d’une conversion ou alors,

et c’est particulièrement le cas

dans l’évangile selon Luc,

l’entrée dans un temps nouveau.
Au chapitre 4

de l’évangile de Luc,

le ministère public de Jésus

commence à la synagogue de Nazareth.

Jésus y lit, au livre du prophète Esaïe,

le passage suivant :

« L’Esprit du Seigneur est sur moi
parce qu’il m’a conféré l’onction
pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération
et aux aveugles le retour à la vue,
renvoyer les opprimés en liberté,
proclamer une année d’accueil par le Seigneur 
».

Le texte se poursuit ainsi :

Et il roula le livre, le rendit au servant et s’assit ;
tous dans la synagogue
avaient les yeux fixés sur lui.
Alors il commença à leur dire :
«Aujourd’hui, cette Ecriture est accomplie
pour vous qui l’entendez. »”

La lecture du chapitre 61

du livre d’Esaïe est associée

au commencement de l’année du jubilée

et au jour de Kippour (=“pardon”)

dans le judaïsme.

 Par la lecture de ce texte

et la parole qui l’accompagne,

Jésus indique clairement

le commencement d’un temps nouveau,

le temps où le Royaume de Dieu

se fait proche.

Le retour à la vue des aveugles,

comme les autres missions

conférées à celui qui a reçu l’onction,

signe un changement,

une nouveauté radicale,

inimaginable, irréalisable à mesure humaine.

Le retour à la vue des aveugles devient

le signe de la présence de l’Evangile,

la Bonne Nouvelle,

en Jésus.

Un peu plus tard,

un peu plus loin dans l’évangile de Luc,

au chapitre 7,

c’est encore avec,

parmi d’autres,

le motif du retour à la vue des aveugles,

que Jésus répond aux envoyés

de Jean le Baptiste venus le trouver

avec une question : 
« Es-tu celui qui vient

ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jean le Baptiste lui-même

veut y voir clair

dans tout ce qu’il entend au sujet de Jésus,

et sa question est

directe.

La réponse de Jésus

se déploie en deux temps 

“ A ce moment-là,
Jésus guérit beaucoup de gens de maladies,
d’infirmités et d’esprits mauvais,
et il donna la vue à beaucoup d’aveugles.
Puis il répondit aux envoyés :

«Allez rapporter
à Jean ce que vous avez vu et entendu :
les aveugles
retrouvent la vue,
les boiteux marchent droit,
les lépreux sont purifiés
et les sourd entendent,
les morts ressuscitent,
la Bonne Nouvelle est annoncée
aux pauvres. »”

Les œuvres de Jésus,

éclairées par leur conformité à l’Ecriture

(toujours le livre du prophète Esaïe),

révèlent qu’il est bien le Messie,

un Messie plein de compassion

et de bonté.

Temps de proximité du Royaume,

temps de guérison

et de restauration de l’être humain,

c’est aussi pour certains

un temps de crise.

Des aveugles recouvrent la vue

dans les villes et le long des chemins,

mais lorsque la cécité est spirituelle,

la présence de Jésus en est le

révélateur sans concession.

Ainsi les pharisiens

sont-ils particulièrement

et à plusieurs reprises dans les évangiles

de Luc et Matthieu désignés

comme aveugles

et même des aveugles se complaisant

dans leur cécité.

Une semblable parole de Jésus

se retrouvent dans les deux évangiles

mais dans deux contextes différents.

Chez Luc,

elle est présentée explicitement

comme une parabole dans le discours

dans la plaine, Jésus s’adressant

à ses disciples et à la foule

Luc 6,39

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne tomberont-ils pas tous deux
dans un trou ? »


—Cette parabole introduit

l’enseignement suivant :

«Qu’as-tu à regarder la paille
qui est dans l’œil de ton frère ?
Et la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
Comment peux-tu dire à ton frère :
“Frère, attends,
que j’ôte la paille qui est dans ton œil !
toi qui ne vois pas la poutre
qui est dans le tien ? ”
Hypocrite, ôte d’abord la poutre
de ton œil !
Alors, tu verras clair
pour ôter la paille
qui est dans l’œil de
ton frère. »


Dans l’évangile selon Matthieu

Matthieu 15,10 et suivants

Jésus parle des pharisiens

scandalisés car Jésus a dit à la foule :

«Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche
qui rend l’homme impur,
mais ce qui sort de la bouche,
voilà ce qui rend l’homme impur.»
Jésus dit à ses disciples :
« Laissez-les

ce sont des aveugles qui guident des aveugles.
Or, si un aveugle guide un aveugle,
tous les deux tomberont
dans un trou. 
»


Cette courte

sentence d’une sagesse universelle

indique le danger

pour ceux qui prétendent conduire

qui que ce soit sur le bon chemin,

vers la lumière.

Elle invite chacun à aiguiser

son regard sur lui-même avant tout,

plutôt que de se comporter

en hypocrite.

C’est dans un long développement

au chapitre 23 de l’évangile de Matthieu

que l’hypocrisie des pharisiens

est clairement accusée.

C’est un jour d’affrontement

entre les pharisiens et Jésus dans le temple

de Jérusalem.

Jésus quittera du temple

après une longue accusation

devant l’entêtement,

l’aveuglement des pharisiens :

malheur à vous,

scribes et pharisiens hypocrites et aveugles!

Tout ce discours est rythmée

par la cadence rapide et exaspérée des

« Malheur à vous ! »,

cadence appuyée par la répétition des

« Hypocrites ! » et des « Aveugles ! »

qui alternent pour mieux dénoncer

à la fois la conduite des pharisiens

et les conséquences de leur conduite

sur ceux qu’ils doivent,

ceux qu’ils

devraient guider.

Lier ainsi l’hypocrisie

avec l’aveuglement constitue

en fait une sorte de redondance.

Car dans les textes bibliques,

l’hypocrisie est un aveuglement,

un aveuglement sur soi.

L’hypocrite est celui

qui ne voit pas la poutre dans son œil

mais voit très bien la paille dans l’œil du voisin ;

l’hypocrite est celui qui ferme l’entrée

du Royaume des cieux

à ceux qui

voudraient y entrer

et qui lui-même n’y entrera pas ;

l’hypocrite est celui qui verse

ostensiblement ses offrandes

et la dîme sans se préoccuper de mettre

en pratique la justice et

la miséricorde.

Notons également que si les pharisiens

hypocrites et aveugles

sont de plus qualifiés d’insensés,

c’est bien que leur esprit est obscurci,

enténébré,

aveuglé.

Révéler l’hypocrisie,

dévoiler l’hypocrite

(et les comportements des pharisiens

ne sont ni plus ni moins que des comportements

très très humains),

ce que Jésus fait là, c’est aussi

de donne à ces aveuglés

de quoi recouvrer la vue,

mais en passant toujours par une crise,

crise dont il a payé le prix de sa vie,

crise qui ne laisse pas indemnes

ceux qui la traversent.

A charge aussi pour les disciples

de comprendre aussi que le mépris

et la condamnation de l’autre,

même pharisien,

révèle pour soi-même,

cette satisfaction de soi que

provoque l’hypocrisie …

Autre crise

dont les enjeux sont posés

à l’occasion de la guérison d’un aveugle,

c’est celle mise en scène dans l’évangile de Jean,

au chapitre 9 :

la guérison de l’aveugle-né

Le récit de Jean est très ample.

On lit d’abord un bref dialogue

entre Jésus et ses disciples

au sujet de cet aveugle

qu’ils voient en passant.

Bref mais important dialogue

où Jésus affirme d’abord

que la cécité de l’homme

n’est pas la conséquence de ses péchés

ni de ceux de ses parents,

puis affirme ensuite qu’il est lui,

Jésus, la lumière du monde.

Lumière pour révéler

ce qui est dans le monde,

lumière pour révéler ce qui est

au-delà du monde …

°°


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