"Mon enfant est venu au monde l’autre jour;
il est venu au monde de façon habituelle,
mais j’avais tant d’avions à prendre,
tant de factures à régler…!
Il a appris à marcher
alors que j’étais en voyage.
Et il a su parler
avant que je ne me sois rendu compte;
en grandissant, il m’a dit :
"Je serai comme toi, papa! Tu sais, je serai comme toi."
"Quand rentreras-tu, papa ?"
"Difficile à dire,
mais nous serons bientôt réunis;
tu sais, nous passerons
des moments heureux, alors."
Mon fils a fêté ses dix ans,
l’autre jour.
Il m’a dit :
"Merci pour le ballon, papa. Viens jouer avec moi.
Pourrais-tu m’apprendre à
shooter correctement ?"
Je lui ai répondu :
"Non, pas aujourd’hui; j’ai trop à faire."
"Je comprends",
a-t-il dit tout simplement
. Et il s’est éloigné,
mais son sourire ne s’est pas effacé.
Il semblait dire : "Je serai comme lui, oui, je serai comme lui …"
Il a quitté l’université,
l’autre jour; comme un homme.
J’ai juste pu lui dire :
"Mon fils, je suis fier de toi;
veux-tu t’asseoir
un instant ?"
Il a secoué la tête et m’a dit en souriant :
"Ce que je souhaite, papa,
c’est que tu me passes les clés de ta voiture.
Je te verrai plus tard.
Puis-je les avoir
s’il-te-plaît ?"
Je suis retraité depuis longtemps,
et mon fils est parti au loin.
Je lui ai téléphoné l’autre jour; je lui ai dit :
"J’aimerais bien te revoir, tu sais !"
Il m’a répondu :
"Moi aussi j’aimerais, papa, si seulement
j’avais le temps !
Vois-tu, mon travail est si prenant,
et les petits ont la rougeole;
mais ça m’a fait plaisir de te parler, papa.
Oui, c’était vraiment chic de
t’avoir au bout du fil."
Lorsque j’ai raccroché le téléphone,
il m’a semblé que mon fils avait grandi comme moi.
Il était tout à fait comme moi.
"Quand rentreras-tu, fiston ?"
"Difficile à dire,
mais nous serons bientôt réunis, papa.
Tu sais, nous passerons
des moments heureux, alors."
Ce chant
s’est concrétisé dans la vie de Chapin,
sa femme,
qui avait écrit les paroles de ce chant,
lui avait demandé un jour quand il cesserait
de courir par monts et par vaux
pour enfin consacrer du temps à leurs enfants.
Il avait répondu :
"A la fin de cet été très chargé,
je prendrai du temps pour être avec eux."
Hélas, ce même été,
Harry Chapin se tua dans un accident de voiture
(en 1981, à l’âge de 38 ans).
Nous ne pouvons lire
la fin tragique de Chapin sans nous dire
qu’il savait ce qui était essentiel,
il y avait cru, il l’avait même "prêché"
mais ne l’avait
jamais vécu.
Si nous courons
après les lauriers humains
et sacrifions les relations inestimables
pour lesquelles Dieu nous a créés,
la vie perd son sens.
Cette tragédie inspire évidemment
notre sympathie,
mais dans notre for intérieur,
un sentiment lancinant
nous dit que l’amour a été gaspillé
lorsque l’esprit a perdu la bataille
contre la chair.
j prekel
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