Au milieu
du sermon sur la montagne,
Jésus donne un enseignement sur la prière,
enseignement qui se terminera
par le Notre Père.
Avant d’arriver à ce contenu,
Jésus commence par un enseignement « technique » :
qui prier, comment prier
et par cet enseignement technique
nous donne un enseignement de fond
sur le pourquoi prier qui
éclairera le Notre Père.
Qui prier ? La réponse est évidente,
pour le juif Jésus on ne peut prier que le Dieu d’Israël,
le Dieu unique.
Mais ce Dieu,
Jésus l’appelle ici « père »
ou plus exactement
ton père, votre père, notre père,
Comment prier ?
Tout d’abord la prière n’est pas un acte public,
elle se fait dans le secret d’une
chambre verrouillée.
prier dans le secret de la chambre
la plus éloignée
signifie que la prière est un acte
éminemment personnel :
ce n’est pas
pour le regard des autres
que nous prions mais pour nous.
Dans cette perspective,
prier à l’écart par peur du regard des autres
devient assez semblable à prier en public pour être vu :
c’est accorder trop d’importance
aux regard des autres
.Si je prie pour être vu,
j'ai déjà ma récompense : je suis vu.
Si je prie pour ne pas être vu,
j'ai déjà ma récompense : je ne suis pas vu.
Se cacher et se montrer
c'est se situer dans le regard des autres,
alors que la prière m'appelle à ne me placer que
par rapport au regard de Dieu.
Comment prier ?
Ensuite, il ne s’agit pas de multiplier
les litanies
Ne rabâchez pas comme le font les païens
. La prière n’est pas une répétition de formules
plus ou moins magiques
qui mettrait la divinité dans de bonnes dispositions
. D’ailleurs Jésus précise :
Votre Père sait de quoi vous avez besoin
avant que vous le demandiez.
L’enjeu de la prière
n’est donc pas de faire connaître à Dieu
nos désirs ou mêmes nos besoins,
qu’ils soient matériel
(besoin du pain quotidien)
ou spirituels
(besoin du pardon),
il les connaît.
Nous ne prions pas pour être exaucé,
nous dit Jésus.
Mais alors pourquoi prions-nous ?
nous prions pour être en présence de Dieu,
ou plus exactement
pour comprendre que nous sommes
en présence de Dieu.
La prière est d’abord un enseignement :
elle nous dit quelque chose de Dieu
et donc quelque chose de nous-même.
Puisque, pour reprendre une citation célèbre
d’un certain réformateur genevois
« La connaissance de Dieu et de nous
sont choses conjointes »
Et c’est d’abord ainsi
qu’il nous faut comprendre le Notre Père :
ce n’est pas une formule magique
qui nous ouvrirait le cœur de Dieu,
ce n’est pas non plus un mantra à réciter
pour nous mettre en bonne condition
, ce n’est pas le cri de ralliement des chrétiens
mais c’est un enseignement sur Dieu,
un enseignement
que nous pouvons recevoir dans nos cœurs
et nos intelligences.
des rabbins se sont penchés sur le Notre Père,
dans sa forme définitive,
c'est-à-dire en incluant la doxologie finale
et y ont trouvés deux choses.
Tout d’abord
on retrouve tous les éléments,
toutes les formules du Notre Père
dans d’autres prières juives :
le Notre Père
forme une sorte d’anthologie des grandes
prières du judaïsme.
Ensuite,
le Notre père est formé selon une structure
très utilisée dans le Premier Testament,
une structure que l’on retrouve du reste
dans le Nouveau Testament :
le chiasme.
c’est une forme littéraire
qui consiste à distribuer les éléments d’un passage,
de façon à ce qu’ils se correspondent
deux par deux autour d’un centre
ABCB’A’.
Mais puisqu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours,
voilà un chiasme
(image du chandelier à 7 branches).
Les 7 demandes du Notre Père
forment donc un chiasme précédé d’un préambule :
Notre Père dans les cieux.
Notre Père qui êtes aux cieux,
cela ne veut pas dire que Dieu habite dans le ciel.
Simplement, c’est une formule
qui exprime que Dieu se situe au-delà
de l’univers connaissable,
maîtrisable par l’homme et également
qu’il domine ce monde dans lequel nous vivons.
On surélève toujours celui qui dirige :
cela lui permet de mieux voir.
Eh bien dire que Dieu est dans les cieux,
c’est l’élever au dessus de tout.
Et l’élever au dessus de tout,
c’est dire que la force qui domine cet univers,
c’est lui, qu’il n’est soumis à rien ni à personne.
C’est donc avoir sur notre univers
un regard très différent.
Car ce Dieu qui domine et dirige,
ce Dieu très haut,
ce Dieu qui est le Seigneur, le Roi de l’Univers,
est aussi notre père,
par trois fois,
Jésus nous le répète.
Bien sûr, dans la société de Jésus,
le père est le patriarche,
celui qui donne la vie mais aussi celui qui dirige
et qui décide.
Mais cela ne doit pas nous faire oublier
qu’à l’époque de Jésus comme aujourd’hui,
le père est , ou est supposé être , celui qui aime.
En appelant Dieu « Notre Père »,
nous disons bien sûr que nous lui devons la vie,
mais nous ne l’appelons pas
« Notre créateur ».
En appelant Dieu « Notre Père »,
nous affirmons bien sûr sa supériorité
mais nous ne l’appelons pas
« Notre roi » ou « Notre Seigneur ».
C’est donc bien l’amour
qu’il nous faut souligner lorsque
nous parlons de notre père.
Avons-nous conscience
de l’audace qu’il faut pour dire le « Notre Père »,
rien que dans la première phrase,
nous osons appeler le Dieu créateur et juge de l’univers,
le Dieu maître de toutes choses :
« Notre père ».
Nous osons nous réclamer de son amour,
nous osons nous prétendre fils ou fille
nous osons nous poser comme héritiers légitimes.
En nous apprenant le Notre Père,
Jésus nous enseigne à nous présenter à Dieu
non pas tremblants de peur
comme devant un juge
mais certains de son amour,
certains de sa bonté,
certains qu’ils nous donne ce dont
nous avons besoin.
Et c’est dans la certitude de cet amour
que nous pouvons dire « Notre ».
C’est curieux, non, d’utiliser la première
personne du pluriel.?
Jésus nous a pourtant enseigné à prier loin des regards,
dans le secret de la chambre la plus éloignée.
Et là, seul avec Dieu et avec nous-même,
à dire « nous ».
Parce que si Dieu est mon père,
il est aussi celui de mon mari , de mes enfants,
de mes parents, de mes amis,
de mes voisins, de mes ennemis.
Me présenter face à Dieu
c’est déjà être relié aux autres par un lien des plus forts :
je dis à Dieu « notre Père »
et je me souviens que tous les autres
sont mes frères et sœurs.
Et l’audace qui me pousse à m’affirmer fils ou fille de Dieu
me tourne aussitôt vers les autres
non pas dans un esprit de supériorité
mais de fraternité.
« Notre père qui es aux cieux »,
en une phrase,
nous affirmons que notre univers
n’est pas un chaos incompréhensible et menaçant
mais qu’il a un maître,
que ce maître nous déclare ses enfants chéris
et qu’ainsi,
il nous relie les uns aux autres comme
frères et sœurs.
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