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2009-03-05T08:17:00+01:00

Notre Père

Publié par sulamite -

Au milieu

du sermon sur la montagne,

Jésus donne un enseignement sur la prière,

enseignement qui se terminera

par le Notre Père.


Avant d’arriver à ce contenu,

Jésus commence par un enseignement « technique » :

qui prier, comment prier

et par cet enseignement technique

nous donne un enseignement de fond

sur le pourquoi prier qui

éclairera le Notre Père.

Qui prier ? La réponse est évidente,

pour le juif Jésus on ne peut prier que le Dieu d’Israël,

le Dieu unique.

Mais ce Dieu,

Jésus l’appelle ici « père »

ou plus exactement

ton père, votre père, notre père,


Comment prier ?

Tout d’abord la prière n’est pas un acte public,

elle se fait dans le secret d’une

chambre verrouillée.


prier dans le secret de la chambre

la plus éloignée

signifie que la prière est un acte

éminemment personnel :

ce n’est pas

pour le regard des autres

que nous prions mais pour nous.

Dans cette perspective,

prier à l’écart par peur du regard des autres

devient assez semblable à prier en public pour être vu :

c’est accorder trop d’importance

aux regard des autres

.Si je prie pour être vu,

j'ai déjà ma récompense : je suis vu.

Si je prie pour ne pas être vu,

j'ai déjà ma récompense : je ne suis pas vu.

Se cacher et se montrer

c'est se situer dans le regard des autres,

alors que la prière m'appelle à ne me placer que

par rapport au regard de Dieu.


Comment prier ?

Ensuite, il ne s’agit pas de multiplier

les litanies

Ne rabâchez pas comme le font les païens

. La prière n’est pas une répétition de formules

plus ou moins magiques

qui mettrait la divinité dans de bonnes dispositions

. D’ailleurs Jésus précise :

Votre Père sait de quoi vous avez besoin

avant que vous le demandiez.

L’enjeu de la prière

n’est donc pas de faire connaître à Dieu

nos désirs ou mêmes nos besoins,

qu’ils soient matériel

(besoin du pain quotidien)

ou spirituels

(besoin du pardon),

il les connaît.

Nous ne prions pas pour être exaucé,

nous dit Jésus.

Mais alors pourquoi prions-nous ?
nous prions pour être en présence de Dieu,

ou plus exactement

pour comprendre que nous sommes

en présence de Dieu.

La prière est d’abord un enseignement :

elle nous dit quelque chose de Dieu

et donc quelque chose de nous-même.

Puisque, pour reprendre une citation célèbre

d’un certain réformateur genevois

« La connaissance de Dieu et de nous

sont choses conjointes »

Et c’est d’abord ainsi

qu’il nous faut comprendre le Notre Père :

ce n’est pas une formule magique

qui nous ouvrirait le cœur de Dieu,

ce n’est pas non plus un mantra à réciter

pour nous mettre en bonne condition

, ce n’est pas le cri de ralliement des chrétiens

mais c’est un enseignement sur Dieu,

un enseignement

que nous pouvons recevoir dans nos cœurs

et nos intelligences.

des rabbins se sont penchés sur le Notre Père,

dans sa forme définitive,

c'est-à-dire en incluant la doxologie finale

et y ont trouvés deux choses.

Tout d’abord

on retrouve tous les éléments,

toutes les formules du Notre Père

dans d’autres prières juives :

le Notre Père

forme une sorte d’anthologie des grandes

prières du judaïsme.

Ensuite,

le Notre père est formé selon une structure

très utilisée dans le Premier Testament,

une structure que l’on retrouve du reste

dans le Nouveau Testament :

le chiasme.

c’est une forme littéraire

qui consiste à distribuer les éléments d’un passage,

de façon à ce qu’ils se correspondent

deux par deux autour d’un centre

ABCB’A’.

Mais puisqu’un petit dessin vaut mieux qu’un long discours,

voilà un chiasme

(image du chandelier à 7 branches).



Les 7 demandes du Notre Père

forment donc un chiasme précédé d’un préambule :

Notre Père dans les cieux.

Notre Père qui êtes aux cieux,
cela ne veut pas dire que Dieu habite dans le ciel.

Simplement, c’est une formule

qui exprime que Dieu se situe au-delà

de l’univers connaissable,

maîtrisable par l’homme et également

qu’il domine ce monde dans lequel nous vivons.

On surélève toujours celui qui dirige :

cela lui permet de mieux voir.

Eh bien dire que Dieu est dans les cieux,

c’est l’élever au dessus de tout.

Et l’élever au dessus de tout,

c’est dire que la force qui domine cet univers,

c’est lui, qu’il n’est soumis à rien ni à personne.

C’est donc avoir sur notre univers

un regard très différent.


Car ce Dieu qui domine et dirige,

ce Dieu très haut,

ce Dieu qui est le Seigneur, le Roi de l’Univers,

est aussi notre père,

par trois fois,

Jésus nous le répète.

Bien sûr, dans la société de Jésus,

le père est le patriarche,

celui qui donne la vie mais aussi celui qui dirige

et qui décide.

Mais cela ne doit pas nous faire oublier

qu’à l’époque de Jésus comme aujourd’hui,

le père est , ou est supposé être , celui qui aime.

En appelant Dieu « Notre Père »,

nous disons bien sûr que nous lui devons la vie,

mais nous ne l’appelons pas

« Notre créateur ».

En appelant Dieu « Notre Père »,

nous affirmons bien sûr sa supériorité

mais nous ne l’appelons pas

« Notre roi » ou « Notre Seigneur ».

C’est donc bien l’amour

qu’il nous faut souligner lorsque

nous parlons de notre père.



Avons-nous conscience

de l’audace qu’il faut pour dire le « Notre Père »,

rien que dans la première phrase,

nous osons appeler le Dieu créateur et juge de l’univers,

le Dieu maître de toutes choses :

« Notre père ».

Nous osons nous réclamer de son amour,

nous osons nous prétendre fils ou fille

nous osons nous poser comme héritiers légitimes.

En nous apprenant le Notre Père,

Jésus nous enseigne à nous présenter à Dieu

non pas tremblants de peur

comme devant un juge

mais certains de son amour,

certains de sa bonté,

certains qu’ils nous donne ce dont

nous avons besoin.
Et c’est dans la certitude de cet amour

que nous pouvons dire « Notre ».

C’est curieux, non, d’utiliser la première

personne du pluriel.?

Jésus nous a pourtant enseigné à prier loin des regards,

dans le secret de la chambre la plus éloignée.

Et là, seul avec Dieu et avec nous-même,

à dire « nous ».

Parce que si Dieu est mon père,

il est aussi celui de mon mari , de mes enfants,

de mes parents, de mes amis,

de mes voisins, de mes ennemis.

Me présenter face à Dieu

c’est déjà être relié aux autres par un lien des plus forts :

je dis à Dieu « notre Père »

et je me souviens que tous les autres

sont mes frères et sœurs.

Et l’audace qui me pousse à m’affirmer fils ou fille de Dieu

me tourne aussitôt vers les autres

non pas dans un esprit de supériorité

mais de fraternité.

« Notre père qui es aux cieux »,

en une phrase,

nous affirmons que notre univers

n’est pas un chaos incompréhensible et menaçant

mais qu’il a un maître, 

que ce maître nous déclare ses enfants chéris

et qu’ainsi,

il nous relie les uns aux autres comme

frères et sœurs.

 


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