Le roi Salomon
établit un parallélisme surprenant
entre le concept de paresse
et celui de
manque de coeur.
" je suis passé sur le champ
d'un homme paresseux et dans la vigne
d'un homme qui n'avait pas de cœur
et voilà que je l'ai trouvé complètement
en friche et que rien ne poussait
comme il le fallait et que tous les murets
faits pour protéger ce champ ou cette vigne
étaient détruits et j'ai contemplé cela,
j'ai essayé de poser dessus mon cœur,
j'ai vu et j'ai essayé d'en tirer
un enseignement ".
Pour apprendre
ce qu'est véritablement la paresse,
on ne peut pas se contenter de philosopher
sur le sujet,
se satisfaire d'une réflexion ou d'une anecdote.
Pour comprendre ce que veut dire une chose,
il faut en faire l'expérience.
Seule l'expérience
de l'implication de certains comportements
peut amener à comprendre le sens profond
de ces comportements.
Le roi Salomon
décide donc d'appréhender la paresse
en traversant le champ d'un homme paresseux
qu'il va qualifier d'homme à qui il manque du cœur,
établissant un parallélisme surprenant
entre le concept de paresse et celui
de manque de cœur.
Le paresseux est celui
qui s'empêche d'aller jusqu'au bout
de lui-même.
L'homme qui manque de cœur
refuse de voir les implications de ses actes.
Ce refus offre
une première définition de la notion de paresse.
Le paresseux rejette le caractère impliquant
de tout acte,
voire non acte et partant,
néglige l'exigence d'une réflexion préalable
à toute action.
Ainsi, la paresse n'est pas appréhendée comme un état
mais comme le fruit d'un refus
de regarder la réalité
et de considérer tout ce qu'elle implique.
Affronter la réalité
et s'interroger sur les conséquences
et l'implication de ses actes
constituent les attitudes de celui qui décidera
de ne pas se laisser pénétrer par
la notion de paresse.
La paresse
n'est donc pas un caractère inné.
Chaque individu possède des potentiels positifs
et négatifs.
La paresse n'est pas une qualité
négative intrinsèque
, mais la non volonté de faire agir des éléments
constitutifs de l'être,
tant dans un sens positif que négatif.
Le paresseux est celui qui s'empêche d'aller jusqu'au bout
de lui-même, même dans le mauvais chemin
, qui refuse d'avoir de l'ambition
car cela exigerait de lui la notion de l'effort.
Ainsi s'opposent
"celui qui a l'intelligence du cœur" et
"celui qui manque de coeur".
Le roi Salomon
emploie le verbe " é'hezé", du langage de 'hizaïon,
vision qui caractérise la prophétie.
Le prophète n'est pas voyant mais visionnaire.
Il ne se contente pas d'une vision immédiate
mais est capable de concevoir
l'implication ultérieure des actes.
Le prophète voit notre histoire future
à travers nos actions d'aujourd'hui,
car c'est ce que nous mettons en place aujourd'hui
qui va créer notre avenir.
Processus que nous percevons bien dans
l'éducation des enfants.
Le problème de la paresse
ne réside pas dans l'état présent du paresseux
mais dans l'absence de perspective
que cet état va entraîner pour lui plus tard.
D'où l'emploi du verbe " é'hezé"
qui suggère cette capacité d'anticipation.
Comprendre la paresse
c'est en saisir l'implication future
dans l'existence.
Le verset continue par l'expression
" et j'ai posé dessus mon cœur ",
qui indique l'aptitude à déduire
d'une observation, une conclusion.
Il faut être capable de ramener une connaissance
au niveau de notre cœur
pour comprendre les implications de la pensée,
de l'analyse d'une situation observée
sans se contenter d'un regard
extérieur.
"le paresseux est intelligent à ses propres yeux".
Celui qui est paresseux,
qui n'a pas envie de se bouleverser en permanence,
qui n'a pas envie de continuer cette progression
a besoin de justifier sa démarche
pour créer un système dans lequel il peut expliquer
pourquoi la notion d'effort
n'a plus sa place.
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